samedi, décembre 19, 2009

Les journalistes qui couvrent la question environnementale sont censurés et agressés

La question des journalistes qui sont menacés parce qu’ils couvrent les questions environnementales doit être incluse dans le débat sur le changement climatique.
Franck Robichon via EPA



Partout à travers le monde, les journalistes risquent leur vie pour couvrir les nouvelles sur la dégradation environnementale, rapportent ARTICLE 19 et Reporters sans frontières (RSF). Dans la lutte contre le réchauffement du climat, les médias servent de chiens de garde et surveillent les gouvernements corrompus qui font obstacle aux efforts en vue de protéger l’environnement. Les médias jouent aussi un rôle critique en soulevant l’intérêt du public par des histoires et de la recherche. Mais les journalistes qui couvrent les coupes de bois illégales et la pollution des cours d’eau sont de plus en plus censurés, incarcérés, agressés et, parfois, assassinés, disent RSF et ARTICLE 19.

Quelques-uns des délégués à la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique qui se déroule cette semaine à Copenhague viennent de pays qui ne respectent pas la liberté de la presse, et où le journalisme environnemental est réduit au silence. Selon RSF, si l’Ouzbékistan, la Russie, la Chine, la Birmanie et l’Indonésie « ne respectent pas le droit de leurs médias de rapporter la nouvelle sur des questions aussi cruciales, comment nous attendre d’eux qu’ils s’engagent vraiment à combattre le changement climatique ? »
RSF fait partie d’un groupe de six membres de l’IFEX qui se sont joints à vingt autres groupes de défense des médias et de la liberté de la presse pour presser tous les gouvernements de faire preuve de transparence dans l’accès à l’information, et de protéger les journalistes qui enquêtent sur les questions environnementales et le changement climatique.
Le travail des journalistes maintient la pression sur les gouvernements pour qu’ils confirment leurs engagements de réduire les émissions de gaz à effet de serre, disent les 26 organisations. Si on empêche les journalistes d’accéder à tous les faits concernant différents types de pollution, alors le public ne changera pas de comportement, ne demandera pas non plus davantage de comptes des autorités sur la protection de la planète : « La coupe de bois illégale ne sera pas dénoncée, encore moins arrêtée. »
Les médias présentent des analyses indépendantes du changement climatique qui peuvent influencer les décideurs, comme ceux qui sont à Copenhague, pour qu’ils adoptent des politiques menant à un véritable changement. Les journalistes et les blogueurs sont aussi d’une valeur inestimable dans la divulgation des abus de pouvoir et de la négligence qui contribuent au réchauffement de la planète. Dans un rapport rendu public le 9 décembre, ARTICLE 19 fait valoir que sans la libre circulation de l’information et la transparence dans l’élaboration et la mise en oeuvre de stratégies pour combattre le changement climatique, la réponse au réchauffement de la planète sera inefficace. « À travers le monde, nous relevons des cas couvrant le changement climatique qui sont réduits au silence; des scientifiques censurés; des manifestations de protestation contre le changement climatique réprimées; des militants qui enquêtent sur des désastres environnementaux intimidés, arrêtés ou même assassinés.
Même la quantité, l’origine et l’utilisation des fonds consacrés au changement climatique sont entourés de mystère », dit ARTICLE 19. Le dossier d’ARTICLE 19, intitulé « Changing the Climate for Freedom of Expression and Freedom of Information » (Changer le Climat de la liberté d’expression et de la liberté d’information), constate que le débat sur le changement climatique n’inclut pas la liberté d’expression, et que cela se vérifie dans les réponses régionales au changement climatique. En juillet 2009, le journaliste français Cyril Payen a été arrêté parce qu’il enquêtait sur des coupes de bois illégales menées par un important groupe industriel indonésien à Sumatra. Au Brésil, Vilmar Berna, rédacteur en chef du quotidien environnementaliste « Jornal do Meio Ambiente », basé à Niterói, qui couvre la question de la surpêche clandestine et les dangers que courent la faune et la flore marines protégées dans la baie de Rio de Janeiro, reçoit depuis mai 2006 d’innombrables menaces.
Le rapport contient 34 recommandations adressées aux États, aux médias et à la société civile, dont la divulgation proactive et des mises à jour de renseignements de haute qualité sur le changement climatique; le renforcement du cadre législatif qui assure la protection des droits à l’information et d’expression; enfin, des systèmes transparents de reddition de comptes aux échelons national et international.
L’Association mondiale des radiodiffuseurs communautaires (AMARC), qui diffuse en direct de Copenhague, demande un meilleur accès à l’information et que la radio communautaire sensibilise encore davantage aux dangers environnementaux. L’AMARC affirme dans une déclaration s’engager à « protéger et à exercer le droit à la liberté d’opinion, d’expression, d’association et de dissidence pour repenser des modèles de développement plus justes, plus équitables et plus durables ». Lors de manifestations à Copenhague le 13 décembre, une journaliste de radio indépendante a été agressée et arrêtée, selon ce que rapporte l’Association de la radio libre d’Allemagne (BFR). La jeune journaliste et son collègue, qui travaillent pour la BFR, ont été arrêtés tandis qu’ils s’affairaient à capter des séquences d’une manifestation.

16 décembre 2009 / ifex.org/fr/

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