mardi, février 09, 2010

Pourquoi les USA ferment-ils les yeux sur les bulldozers israéliens ?

Alors même que vous lisez ces mots, les bulldozers israéliens et les ordres de démolition sont en train de réduire à néant la dernière chance de paix .


La « Palestine » n’est plus. Appelons-la « processus de paix » ou « feuille de route » ; et reprochons-le à la faiblesse de Barack Obama, à son aveu pathétique, puéril - tel un médecin optimiste qui rend un enfant malade sans espoir de guérison à ses parents - qu’une paix au Moyen-Orient était « plus difficile » à réaliser qu’il ne l’avait imaginé.

Mais le rêve d’une solution à « deux Etats », israélien et palestinien, règlement sécuritaire inoculé mais noble à des décennies de guerre entre Israéliens et Palestiniens, ce rêve est pour ainsi dire mort.
Tant les Etats-Unis que l’Europe se tiennent maintenant les bras croisés pendant que le gouvernement israélien anéantit avec zèle tout espoir d’Etat palestinien ; alors même que vous lisez ces mots, les bulldozers israéliens et les ordres de démolition sont en train de réduire à néant la dernière chance de paix ; non seulement dans le centre symbolique qu’est Jérusalem elle-même mais - et stratégiquement c’est beaucoup plus important - dans 60% des vastes terres bibliques de la Cisjordanie occupée, dans cette plus grande zone où les juifs désormais sont deux fois plus nombreux que les musulmans.
Cette plus grande partie de la Cisjordanie - connue avec les défunts Accords d’Oslo sous le sobriquet sinistre de « zones C » - est déjà tombée sous une législation israélienne, véritable apartheid par décret : un ensemble de lois israéliennes qui interdisent pratiquement toute construction palestinienne ou aménagement de villages, qui enfoncent sans vergogne les maisons palestiniennes pour lesquelles les permis de construire ont été impossibles à obtenir, ordonnent la destruction même des réseaux d’assainissement que les Palestiniens ont restaurés. Les colons israéliens ne connaissent pas de tels problèmes : c’est pourquoi 300 000 Israéliens vivent maintenant - dans 220 colonies, toutes illégales selon le droit international - sur les terres palestiniennes occupées les plus riches et les plus fertiles.
Quand le vieil envoyé d’Obama, George Mitchell, a repris dans l’humiliation le chemin du retour, cette semaine, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a fêté son départ en plantant des arbres dans deux des trois plus grandes colonies israéliennes autour de Jérusalem. Avec ces arbres, à Gush Etzion et à Ma’aleh Adumim, il a déclaré envoyer un « message clair : nous sommes ici, nous y faisons des projets et nous y construisons ». Ces deux énormes colonies, avec celle d’Ariel au nord de Jérusalem, sont « une part indiscutable d’Israël et pour toujours ».
C’était ainsi fêter la victoire de Netanyahu sur ce président américain arriviste qui avait osé défier la puissance d’Israël, non seulement au Moyen-Orient mais jusqu’en Amérique. Et pendant que le monde, cette semaine, écoutait Netanyahu commémorer la mémoire de l’Holocauste pour le génocide de six millions de juifs, injuriant l’Iran en le qualifiant de nouvelle Allemagne nazie - supposant le farfelu président d’Iran aussi maléfique qu’Hitler -, pendant que le monde l’écoutait, l’espoir d’un avenir pour la Palestine continuait de partir en miettes. Le président Ahmadinejad d’Iran n’est pas plus Adolf Hitler que les Israéliens sont des nazis. Mais la « menace » de l’Iran distrait le monde. Comme Tony Blair hier, qui essaie de se défiler devant sa responsabilité sanguinaire dans le désastre iraquien.
La véritable catastrophe, pourtant, se poursuit, aux abords de Jérusalem, au milieu des terres, des collines pierreuses et des grottes ancestrales, de la plus grande partie de la Cisjordanie.

Robert Fisk
8 janvier 2010 - The Palestine Telegraph - traduction : JPP
mardi 9 février 2010 / Info-palestine

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dimanche, février 07, 2010

Que font les pays arabes ?

Est-ce qu"Israël a définitivement gagné le combat et a soumis la force américaine à son profit de façon à pouvoir continuer son projet dans la région ?...Quel est le rôle des Arabes dans l’impasse dans laquelle se trouve Obama ?...Est-ce que les Arabes veulent vraiment soutenir la cause palestinienne ?"
Etait-il surprenant de savoir que l’enthousiasme d’Obama pour un règlement juste en Palestine n’était autre qu’une expression de bonnes intentions dans le meilleur des cas, ou bien encore un plus de tromperie envers les Arabes qui veulent être dupés ? Or, il semble que les Arabes ne ressentent pas qu’ils ont été trompés, bien au contraire. En effet, de jeunes responsables arabes ont fait des déclarations à travers lesquelles ils ont exprimé leur compassion envers Obama qui, selon eux, est victime d’un environnement compliqué. Or, chez ces jeunes responsables, l’aide qu’on peut attribuer à Obama signifie la reconnaissance par les Arabes d’Israël. C’est-à-dire tomber entre les mains de Netanyahu et donner plus de force à Obama dans sa position pro-israélienne. La position de ces jeunes responsables peut avoir une de deux significations : ou bien ils exagèrent dans leurs bonnes intentions loin de toutes considérations politiques, ou bien ils se trompent eux-mêmes et trompent les Arabes en négligeant la nature d’Israël et son projet dans la région.
De mon côté, j’ai toujours pensé qu’Obama, qui était loin des cercles politiques étrangers et qui a vécu dans un contexte de principes juridiques et de postes non-politiques au Congrès, voulait réaliser un miracle : la paix avec la Palestine sans fâcher Israël. Ce miracle est, en soi, absurde puisque c’est toujours Israël qui crée les chances lui permettant de pratiquer encore plus d’hégémonie sur la région et d’étendre son projet sioniste. Effectivement, chaque responsable sioniste qui détient le pouvoir se lance dans une course acharnée contre la montre pour inscrire son nom au tableau d’honneur sioniste. Plus il réussit à confisquer des territoires, à soumettre le monde arabe, à l’éloigner de ses revendications, c’est-à-dire réclamer des droits palestiniens, et plus il fait couler du sang arabe et musulman, plus son nom brille dans ce registre.
Obama a essayé l’affrontement avec Israël et a baissé les armes de façon humiliante dès le premier affrontement. Il est le premier président qui reconnaît avoir échoué à réaliser son rêve, ce qui constitue une excuse satisfaisante pour les Arabes et les musulmans, puisque les vagues ont été plus fortes que lui. Est-ce que ceci signifie qu’Israël a définitivement gagné le combat et a soumis la force américaine à son profit de façon à pouvoir continuer son projet dans la région ?
Et si Obama s’est trouvé incapable d’obliger Israël à accepter une paix qui convient à l’intérêt américain comme il le dit, pourquoi n’arrête-t-il pas de soutenir l’oppression israélienne contre les Arabes ? Pourquoi n’arrête-t-il pas les plans israéliens visant à enflammer la région ? Quel est le rôle des Arabes dans l’impasse dans laquelle se trouve Obama ? Est-ce qu’ils ont pensé qu’Obama allait faire la guerre par intérim sans qu’ils ne bougent de leur place ? Cependant, en quoi consistait l’aide que réclamait Obama ? Il réclamait encore plus de concessions : c’est-à-dire la reconnaissance d’Israël, sans que l’Etat hébreu n’exprime même une quelconque intention de réagir avec une paix réelle.
En réalité, le nœud du problème n’est ni Israël ni Washington. C’est plutôt les Arabes qui pensent qu’ils ont parfaitement accompli leur devoir en proposant une initiative et qu’ils sont victimes de circonstances plus fortes qu’eux. Avec cette façon de raisonner, que peuvent faire les Arabes ? Pour répondre à cette question, il faut avant tout remettre en cause certaines vérités premières. Avant tout, est-ce que les Arabes veulent vraiment soutenir la cause palestinienne ? Est-ce que les Arabes comprennent, de façon unie, les points pour lesquels il faut lutter dans cette cause qui est sur le point d’être liquidée totalement ? Et ce, en considérant que la liquidation signifie la transformation d’un conflit arabo-israélien en conflit amer entre des parties palestiniennes, nourri par une impuissance arabe et une insistance israélienne à effacer tout ce qui est palestinien, le dernier rempart qui persiste dans cette cause.
La vérité est que les Arabes ont laissé Israël faire ce qu’il veut sur le champ palestinien. C’est alors que les Palestiniens se sont divisés et leur sang a coulé alors que la puissance sioniste a protégé le sang israélien. Et pour diverses raisons, les Arabes n’ont pas insisté à réaliser une conciliation palestinienne sérieuse et à employer les cartes de force contre Israël et les Etats-Unis. Tel-Aviv et Washington ont détecté le manque de sérieux chez les Arabes. Les Arabes ne connaissent pas bien les cartes de jeu en leur possession et ne savent pas comment jouer avec ces cartes capables de changer l’équilibre des coalitions internationales. Bref, les Arabes souffrent d’un manque de volonté dans la prise de décisions. Cette volonté, les Arabes l’ont mise en gage chez leur ennemi en voulant avoir confiance en ses bonnes intentions. Et c’est ainsi qu’ils perdent leurs patries.

publié par al-Ahram hebdo en français / Abdallah Al-Achaal http://hebdo.ahram.org.eg/arab/ahra...
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jeudi, février 04, 2010

28 pays en situation d'extrême urgence [Unicef]

Distribution d'eau potable auprès des populations déplacées, au Pakistan.
© UNICEF/NYHQ2009-0565/Marta Ramoneda


L'Unicef publie son rapport consacré aux urgences dans le monde. Outre Haïti, de nombreux pays, du Soudan au Sri Lanka, des Territoires palestiniens au Yémen, nécessitent une aide immédiate pour la survie des enfants.

Le rapport de l'Unicef
L'actualité haïtienne nous rappelle cruellement que les enfants sont les plus vulnérables en situation d'urgence. Dans son rapport Action humanitaire 2010 (téléchargeable ci-contre), l'Unicef attire l'attention sur 28 pays en situation d'urgence, pour lesquels 1,160 milliards $ (plus de 834 millions eurosont réclamés.
Les messages clés du rapport.
L'Unicef, acteur de l'urgence
L'Unicef, agence des Nations unies dédiée à l'enfance, est l'un des premiers acteurs de l'urgence.
En situation de crise, la coordination entre agences onusiennes et ONG réserve à l'Unicef le rôle de leader sur l'eau, l'hygiène et l'assainissement ainsi que sur la nutrition. L'Unicef est co-leader sur l'éducation (avec l'ONG Save the Children) et la protection de l'enfance (avec le Haut Commissariat aux Réfugiés).
Concrètement, cela suppose que l'Unicef est reponsable de l'approvisionnement en eau potable par camion citerne ou par bouteilles, de la distribution de moyens de purification des points d'eau, de la distribution de kits de secours avec jerrycans et matériel d'urgence, de l'installation de latrines...
L'Unicef approvisionne en produits de nutrition thérapeutique les familles et les centres de santé afin de subvenir aux besoins des enfants en situation de malnutrition aiguë : biscuits protéinés, plumpy nut, lait thérapeutique...
Sont aussi du ressort de notre agence : les campagnes de vaccination ; la recherche des enfants séparés, dans le but de les réunifier à leur famille ; le soutien psychoscial auprès des enfants traumatisés et de leurs familles ; les efforts pour restaurer la scolarité et l'équilibre que cela entraîne dans le quotidien des enfants...
Fiche générique : "L'intervention de l'Unicef en situation d'urgence".
L'Unicef délivre des secours grâce à sa "Division des approvisionnements" dont le centre principal est situé à Copenhague.
Télécharger le dernier rapport annuel Supply division (version anglaise)
Les kits qu'envoie l'Unicef en situation d'urgence

jeudi 04 février 2010 / Unicef
4.2.10 21:58
http://basta.20six.fr/basta/art/174432003

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Lire aussi
L’inévitable régime binational
La stratégie du « diviser pour régner » est un moyen notoire de domination colonialiste ; toutefois, nous sommes au XXIe siècle et aujourd’hui les traditions impérialistes sont considérées comme un chapitre infâme de l’histoire du monde occidental, écrit Meron Benvenisti.
L’article ci-dessous, extrait d’un livre, a été publié aujourd’hui dans l’édition de Haaretz en hébreu. Il n’a pas été publié dans l’édition anglaise du journal, mais il a été traduit par les professeurs Zalman Amit and Daphna Levitt et circule par courriel.

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mardi, février 02, 2010

Israel-Palestine : les réponses au rapport Goldstone

A cinq jours de l’expiration du délai fixé par les Nations Unies à Israël et aux Palestiniens pour qu’ils s’engagent à ouvrir des investigations sur les accusations portées par le rapport Goldstone, le gouvernement israélien s’interroge toujours sur l’opportunité d’enquêter sur des accusations qu’il a rejetées en dénonçant la partialité du rapport des Nations-Unies. Selon ce document, l’armée israélienne et les combattants du Hamas se seraient rendus coupables pendant l’offensive lancée par Israël contre la bande de Gaza, il y a un an, de « crimes de guerre » voire de « crimes contre l’humanité ».
Le 5 novembre, l’Assemblée générale des Nations Unies avait décidé à une large majorité de donner à Israël et aux Palestiniens un délai de trois mois [s’achevant donc le 5 février] pour mettre en œuvre des « investigations crédibles » sur les accusations portées par le rapport Goldstone
D’après des collaborateurs du premier ministre israélien qui se sont confiés au quotidien Haaretz, Benyamin Netanyahou envisagerait désormais de ne pas se limiter à communiquer aux Nations Unies les résultats de l’enquête interne, conduite au sein de l’armée israélienne, mais d’ouvrir une investigation sur les faits qui ont été qualifiés de « crimes de guerre » voire de « crimes contre l’humanité » par le rapport Goldstone.
Le ministère de la Défense et l’Armée, dont les investigations ne confirment pas ou contredisent les affirmations du rapport Goldstone seraient hostiles à une enquête destinée à établir si l’armée a eu recours à des « tirs délibérés contre les civils ».
La décision finale du gouvernement israélien sera probablement rendue publique vendredi lorsque le secrétaire général de l’ONU, Ban ki-Moon informera l’Assemblée générale des Nations Unies de l’application par les deux parties des recommandations du rapport Goldstone.
Le cabinet Netanyahou est devant un choix difficile : écarter toute enquête sur les faits contestés, c’est-à-dire ne pas appliquer les recommandations du rapport Goldstone, c’est choisir de se placer en marge de la communauté internationale, laisser entendre qu’Israël a des choses à cacher, et assumer une position diplomatique difficile.
Ouvrir une enquête, c’est aller à l’encontre de la volonté des militaires et d’une bonne partie de l’opinion publique israélienne qui a soutenu l’opération « plomb durci ». C’est aussi courir le risque de voir une instance officielle reconnaitre certaines des « bavures » dénoncées par les organisations de défense des droits de l’homme, et affaiblir le crédit de l’Etat d’Israël et de son armée.
Dans le camp d’en face, le représentant de la Palestine à l’ONU, Riyad Mansour a annoncé vendredi dernier qu’il avait remis un rapport initial à l’ONU dessinant les grandes lignes que l’enquête que l’Autorité palestinienne - qui n’a pas pris part aux combats de la bande de Gaza, contrôlée par le Hamas - entend mener sur les crimes imputés aux palestiniens. Signée par le premier ministre de l’Autorité palestinienne Salam Fayyad, ce document comporte plusieurs annexes. L’une contient le décret présidentiel ordonnant la formation d’une commission d’enquête composé de cinq juges et juristes qui examineront les accusations du rapport Goldstone.
Le Hamas, qui a été accusé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité a fait savoir qu’il était, de son côté, en train de terminer un document de 52 pages qui sera communiqué à l’ONU dans les jours qui viennent.

publié sur le blog du NouvelObs " Israël-Palestine le CHRONOBLOG"
http://renebackmann.blogs.nouvelobs...
le mardi 2 février 2010 René Backmann / France-Palestine
2.2.10 22:54
http://basta.20six.fr/basta/art/174362235

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dimanche, janvier 31, 2010

Quel avenir pour le rapport Goldstone ?


Accusés de crimes de guerre lors de la guerre de Gaza il y a un an, les responsables d’Israël et du Hamas traînent des pieds pour mener des enquêtes crédibles. Au point d’enterrer le rapport du juge sud-africain Richard Goldstone ?
Lors de la guerre de Gaza (décembre 2008-janvier 2009), Tsahal n’a pas « tué intentionnellement des civils » palestiniens et Israël n’a fait qu’exercer « son droit d’auto-défense » face à des « attaques terroristes » contre son territoire. C’est la ligne de défense qu’adopte l’État hébreu dans un document justificatif sur le rapport Goldstone, qui devrait être remis à l’ONU ce vendredi.
Publié en septembre dernier, le rapport Goldstone, un document de 575 pages commissionné par l’ONU, accuse Israël et le Hamas de « crimes de guerre » voire de « crimes contre l’humanité » durant la guerre de Gaza.
L’offensive israélienne aurait également, selon le rapport du juge sud-africain, ciblé de manière « intentionnée et préméditée » la population civile gazaouie. Le bilan de l’opération « Plomb durci » s’était soldé par plus de 1400 morts côté palestinien, en majorité des civils, et 13 côté israélien.
Ce rapport de Richard Goldstone embarrasse de plus en plus l’État hébreu, qui craint de voir certains de ses responsables traduits devant la justice internationale.
Explications.
Depuis de longs mois, les responsables israéliens fustigent dans le texte son « parti-pris anti-israélien ». En octobre, le vote d’une résolution en faveur du rapport au Conseil des droits de l’Homme de l’ONU de Genève (composé notamment d’États comme la Russie, la Chine ou Cuba) avait suscité une déception certaine, voire ironique, dans le pays.
Les critiques se sont faites encore plus virulentes ces derniers jours. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a laissé entendre le week-end dernier que le rapport Goldstone avait alimenté un « antisémitisme [qui] vise à priver l’État juif de son droit à l’autodéfense ».
Concernant le fond du dossier, les responsables politiques et militaires israéliens affirment que le rapport Goldstone souffre de plusieurs erreurs. Dans le New York Times, le général Avichaï Mandelblit a expliqué la semaine dernière que pas moins de 140 plaintes visant des soldats israéliens avaient été examinées, et que plusieurs documents et films prouvent que beaucoup d’accusations du rapport Goldstone sont « mensongères ».
Pour l’historien du CNRS François Lafon, actuellement en délégation au Centre de Recherche Français à Jérusalem, « le rapport est perçu de façon unanime comme biaisé » par la société israélienne. « Même l’intelligentsia de gauche partage ce constat », précise-t-il. Richard Goldstone, pourtant lui-même juif et se disant « sioniste », n’échappe pas aux critiques. « Le fait que Goldstone soit un juge anti-apartheid est perçu comme une caution, souligne François Lafon. Chez certains Israéliens, cela veut dire que l’on considère Israël aussi comme un État apartheid ».
Dans le détail, « les Israéliens jugent le texte déséquilibré et sous-estimant le rôle du Hamas », dit l’historien. « Certaines choses choquent : par exemple, le fait que l’on prenne comme preuves les témoignages de personnes soumises à des pressions (page 12, paragraphe 35 du rapport) pour expliquer que les groupes armés palestiniens n’ont pas utilisé de boucliers humains. »
Pourquoi ce texte inquiète Israël ?
« C’est Israël qui a le plus à pâtir du rapport, le mouvement islamiste palestinien étant déjà assimilé par les Occidentaux à une organisation terroriste », expliquait Libération en septembre. Surtout que le rapport Goldstone ne s’est pas contenté d’un constat.
Il a aussi formulé une recommandation, celle de saisir la Cour pénale internationale (CPI) si Israël et les Palestiniens n’annoncent pas d’ici fin janvier leur intention de mener des enquêtes « crédibles » sur la conduite du conflit. « Il y a une crainte réelle des dirigeants israéliens de se retrouver devant la CPI », explique François Lafon. L’annulation du voyage de Tzipi Livni à Londres a aussi été très mal perçue, voire considérée comme une théorie du complot », précise-t-il.
En décembre dernier, un tribunal britannique, évoquant la compétence universelle, avait prévu d’arrêter l’ancienne ministre des Affaires étrangères israélienne. Enfin, les remous provoqués par ce rapport peuvent avoir des conséquences désastreuses en terme d’image pour Israël, qui apparaît réticent à mener toute enquête crédible. Le rapport risque-t-il d’être enterré ?
Côté israélien, le flou demeure sur la stratégie à adopter. La réponse fournie ce vendredi à l’ONU (Israël n’a fait que se défendre, en substance) représente une ligne de défense classique. Mais elle ne répond pas aux injonctions des Nations unies sur la nécessité d’une enquête indépendante et conforme aux standards internationaux sur la guerre de Gaza. Si le ministre de l’Information, Youli Edelstein, a affirmé cette semaine que son pays refuserait de créer une telle commission, le gouvernement semble de plus en plus partagé sur cette question.
« Chez certains responsables israéliens - Barak, Ashkenazi - commence à poindre l’idée que ne pas avoir participé à une enquête était contre-productif », avance François Lafon. Dans une interview au quotidien israélien Haaretz ce vendredi, l’ex-conseiller juridique du gouvernement, Menahem Mazuz, affirme qu’une commission s’impose afin que « le rapport Goldstone ne continue pas à hanter Israël en détruisant sa légitimité ».
Selon la presse, Israël pourrait accepter de mettre en place une commission, aux pouvoirs limités, chargée d’auditionner certains dirigeants politiques et chefs militaires. Haaretz explique ainsi que cette commission « ne serait pas autorisée à questionner officiers et soldats qui ont pris part à l’offensive contre Gaza ». Le quotidien Yediot Aharonot précise qu’elle se bornerait à examiner les consignes données par le commandement, dans le but de disculper Israël de toutes les allégations de crimes de guerre.
De son côté, le Hamas, lui aussi visé par le rapport Goldstone, a absous mercredi les groupes armés palestiniens, dont son bras armé, de tout crime de guerre durant le conflit à Gaza l’an dernier, en indiquant avoir mené ses propres enquêtes conformément aux recommandations du rapport.
Accusé d’avoir tiré plus de 800 roquettes et obus de mortier contre le territoire israélien pendant le conflit, le Hamas rétorque que « (les groupes armés) ont frappé des cibles militaires et ont évité les cibles civiles, et toutes les accusations dans ce sens concernent des balles perdues ».
Réponse de Michel Morzière, de la coordination Israël, Territoires palestiniens occupés, à Amnesty International France : « L’enquête du Hamas n’a pas été faite selon des critères internationaux. Des roquettes envoyées sur des civils, ce sont des crimes de guerre. »
Et maintenant ? « Amnesty refuse des marchandages inacceptables », interpelle Michel Morzière. Pourtant, il se pourrait bien que le rapport Goldstone soit enterré. Responsables israéliens et du Hamas, par leur attitude, lui ôtent sa crédibilité. La création éventuelle d’une commission d’enquête interne en Israël, qui mettrait plusieurs mois à rendre ses conclusions, pourrait ajouter de la confusion.
« Le rapport Goldstone n’a pas pu interviewer toute les chaînes de commandement, c’est pour cela qu’il faut de nouvelles enquêtes. Il y a peut-être des choses discutables dans ce rapport, voire des erreurs, mais quand on est de bonne foi, on accepte d’en discuter », veut croire Michel Morzière. Qui dénonce aussi l’attitude israélienne : « Quand on parle de bombes au phosphore dans des zones à forte densité de population ce sont des faits établis, et par plusieurs associations ».
On devrait en savoir plus d’ici au 5 février (c’est la date limite à laquelle le conseil de sécurité de l’ONU doit examiner la résolution prise à Genève en octobre). « Le veto américain sur la saisine de la CPI est probable, explique Michel Morzière. Autre clé d’entrée, que Ban interpelle directement la CPI. La compétence universelle peut aussi être utilisée. »

Libération le 29 01 / Par SYLVAIN MOUILLARD
http://www.liberation.fr/monde/01Par ...
31.1.10 21:43
http://basta.20six.fr/basta/art/174271719/

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jeudi, janvier 28, 2010

Rapport mondial 2010 / Afrique du Nord : Une nette détérioration des droits humains en 2009


La situation des droits humains s'est essentiellement dégradée en Afrique du Nord, conclut le rapport

Le Maroc a réprimé durement les personnes qui ont brisé les tabous en exprimant des critiques à propos de la monarchie, de l'Islam et du Sahara occidental. Les présidents algérien et tunisien, tous deux réélus après l'amendement des constitutions respectives de leurs pays pour leur permettre de se représenter, n'ont permis aucun élargissement de l'espace accordé à l'opposition.
Sarah Leah Whitson, directrice pour le Moyen Orient et l'Afrique du Nord à Human Rights Watch

(Rabat) - La situation des droits humains s'est détériorée à travers l'Afrique du Nord en 2009, où les procès inéquitables dans les affaires politiques ont été la règle et où les journalistes et associations indépendants ont dû fonctionner dans un espace de plus en plus étroit, a observé Human Rights Watch aujourd'hui dans son Rapport mondial 2010.
Le Maroc, l'Algérie et la Tunisie font partie des 15 pays de l'Afrique du Nord et du Moyen Orient, et des plus de 90 pays du monde analysés dans le Rapport mondial 2010, qui constitue le 20ème bilan annuel de Human Rights Watch des pratiques en matière de droits humains dans le monde et dont l'édition anglaise fait 612 pages. Le rapport affirme que les gouvernements qui se sont rendus coupables de graves violations des droits humains au cours de l'année passée ont intensifié leurs attaques contre les militants des droits humains, ainsi que les organisations de défense des droits humains qui rendent compte de ces violations.
« Le Maroc a réprimé durement les personnes qui ont brisé les tabous en exprimant des critiques à propos de la monarchie, de l'Islam et du Sahara occidental », a déclaré Sarah Leah Whitson, directrice pour le Moyen Orient et l'Afrique du Nord à Human Rights Watch. « Les présidents algérien et tunisien, tous deux réélus après l'amendement des constitutions respectives de leurs pays pour leur permettre de se représenter, n'ont permis aucun élargissement de l'espace accordé à l'opposition. »

Le rapport estime que la situation des droits humains s'est globalement détériorée au Maroc, sapant les progrès réalisés au début de la décennie. Le gouvernement a incarcéré le rédacteur en chef d'un magazine ainsi qu'un militant des droits humains pour avoir évoqué des sujets sensibles ; il a multiplié pour des raisons politiques les restrictions du droit des militants sahraouis de voyager librement, et condamné des militants politiques lors de procès inéquitables.
Le Président tunisien Zine El-Abidine Ben Ali, réélu pour la cinquième fois sans aucune opposition véritable, n'a toléré pratiquement aucune forme de contestation, recourant à des procès inéquitables et à des policiers en civil omniprésents pour étouffer la capacité des Tunisiens à s'exprimer et à s'associer librement.
Le Président algérien Abdelaziz Bouteflika, lui aussi largement réélu, a maintenu l'état d'urgence en Algérie, dans le cadre duquel les libertés civiles, notamment le droit d'organiser des réunions et des manifestations, sont étroitement contrôlées.
Maroc
Une législation répressive punit ceux qui critiquent le gouvernement Le Maroc conserve une société civile dynamique et une presse indépendante. Toutefois le gouvernement, aidé par des tribunaux complaisants, a recours à une législation répressive pour punir et emprisonner des opposants non violents, en particulier ceux qui violent les tabous en critiquant le roi ou la monarchie, en contestant la « marocanité » du Sahara occidental, ou en « dénigrant » l'Islam.
Le gouvernement s'appuie sur des lois prévoyant des peines de prison pour diffusion de propos « diffamatoires » ou de « fausses informations » pour poursuivre en justice les auteurs d'articles et de reportages critiques. Driss Chahtane, éditeur de l'hebdomadaire al-Mish'al, est en prison depuis le mois d'octobre pour avoir publié un article sur la santé du roi. Un militant des droits humains, Chekib el-Khayari, de Nador, achève de purger la première année d'une peine de trois ans de prison pour « outrages aux institutions de l'Etat » après qu'il eut accusé certains fonctionnaires marocains de complicité dans le trafic de stupéfiants. Le 14 novembre, les autorités marocaines ont expulsé sommairement une militante sahraouie, Aminatou Haidar, sous le prétexte qu'elle aurait renoncé à sa citoyenneté marocaine par la façon dont elle avait rempli sa fiche d'entrée à la frontière. Cédant aux pressions internationales, le gouvernement l'a autorisée à rentrer chez elle au bout de 33 jours.
Le 28 juillet, la Cour d'appel de Rabat a déclaré les 35 accusés dans l'affaire « Belliraj » coupables de constitution d'un réseau terroriste, basant les verdicts de culpabilité presqu'entièrement sur les déclarations attribuées aux accusés par la police, même si la plupart des accusés avaient désavoué ces déclarations devant le juge d'instruction et que tous les avaient désavouées lors du procès. Le tribunal a refusé d'enquêter sur les allégations de torture et les déclarations falsifiées. Les chefs de deux partis et quatre autres personnalités politiques bien connues figuraient parmi les accusés.
« Le recul du Maroc en matière de droits a été évident pour tous en 2009 », a souligné Sarah Leah Whitson. « Les événements en 2010 montreront si les autorités cherchent à renforcer cette tendance négative ou à remettre le pays sur la voie du progrès en matière de droits humains. »
Human Rights Watch a indiqué que les deux principales mesures que le Maroc pouvait prendre afin de renouer avec les progrès seraient d'abroger les lois qui sanctionnent les propos pacifiques ou les revendications qui franchissent les « lignes rouges »: critiquer la monarchie, la revendication par le Maroc du Sahara occidental, ou l'Islam ; et de mettre en application l'appel du Roi Mohammed VI à la consolidation de l'indépendance judiciaire en garantissant que les tribunaux respectent les droits des accusés de contester les pièces à conviction, notamment leurs déclarations à la police, et de présenter des témoins pertinents et d'autres preuves pour leur propre défense.
Tunisie
Aucun espace pour les voix de l'oppositionLe Président Ben Ali a été réélu pour un cinquième mandat lors d'une campagne qui n'a autorisé aucun espace aux voix de l'opposition sur des questions cruciales. Les autorités ont empêché les organisations des droits humains et les journalistes indépendants tunisiens d'exercer librement leurs activités, et la police a imposé des restrictions sévères et arbitraires aux libertés des prisonniers politiques libérés.
Le pays, détenteur des plus longues traditions de la région en matière d'activités indépendantes des droits humains, ne dispose aujourd'hui d'aucun groupe d'observation des droits humains autorisé à agir tant légalement que librement. L'année s'est terminée avec l'emprisonnement des journalistes Taoufik Ben Brik et Zouhair Makhlouf pour avoir exprimé des critiques dans leurs reportages et leurs articles, et des centaines de jeunes hommes purgent des peines de prison, condamnés en vertu de la loi antiterroriste, bien que n'ayant jamais été accusés d'avoir projeté ou commis des actes spécifiques de violence.
« L'intolérance de la Tunisie à l'égard de ceux qui défendent les droits humains font de ce pays un excellent exemple d'une tendance mondiale parmi les pays répressifs à couvrir les abus commis en essayant de réduire le messager au silence », a poursuivi Sarah Leah Whitson.
La principale priorité de la Tunisie pour 2010 devrait être le renforcement de l'indépendance judiciaire en garantissant que les procès sont équitables, que les accusés bénéficient de tous leurs droits à présenter des preuves pertinentes, et que les juges rendent des verdicts basés sur les preuves qui leur sont présentées au tribunal, a indiqué Human Rights Watch.
Algérie
Des restrictions limitent les libertés civilesSous l'état d'urgence qui s'est poursuivi pour la 18ème année consécutive, l'Algérie continue de subir des restrictions des libertés civiles. Les autorités ont interdit des rassemblements publics, par exemple des manifestations de rue et même des séminaires organisés par des organisations de défense des droits humains. Les familles des milliers d'Algériens victimes de « disparition » aux mains des agents de l'Etat durant le conflit politique des années 90 ont reçu peu ou pas d'informations sur le sort de leurs proches. En même temps, la loi de 2006, dite Charte pour la paix et la réconciliation nationale, a fourni un cadre juridique pour l'impunité dont bénéficient de facto les auteurs de « disparitions » et autres atrocités commises dans les années 90, et pour la pénalisation des critiques de l'État pour la façon dont il a géré les violences politiques durant cette période. En outre, tout comme au Maroc et en Tunisie, les journalistes ont risqué des peines de prison à cause de lois qui entravent la liberté d'expression en prévoyant des sanctions pénales pour diffamation.
« En Algérie, les violences politiques ont diminué en comparaison à 1999, quand le Président Bouteflika a pris le pouvoir », a ajouté Sarah Leah Whitson. « Mais si les Algériens bénéficient aujourd'hui d'une sécurité physique accrue, ils restent moins libres de critiquer et de contester les politiques gouvernementales. »
Human Rights Watch a exhorté l'Algérie à lever les restrictions qui musèlent les médias indépendants et la société civile, et qui criminalisent toute critique concernant la façon dont l'Etat a géré les violences politiques durant les années 90.

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samedi, janvier 23, 2010

Rapport mondial 2010 : Les auteurs de violations s’en prennent aux messagers des droits humains

En couverture du Rapport mondial 2010, une photo de Tamouls sri lankais regroupés dans le camp de Menik Farm, lors de la visite du Secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon en mai 2009. Le gouvernement sri lankais y avait interné des centaines de milliers de personnes déplacées au cours des derniers mois de la guerre menée contre les rebelles séparatistes « Tigres tamouls ».


Les gouvernements respectueux des droits humains devraient plaider pour la protection des défenseurs de ces droits
Washington, le 20 janvier 2010) - Les gouvernements qui se sont rendus coupables de graves violations des droits humains au cours de l'année passée ont intensifié leurs attaques contres les défenseurs et les organisations de défense des droits humains qui rendent compte de ces violations, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui lors de la publication de son Rapport mondial 2010.

Le rapport de 612 pages, qui constitue le 20e bilan annuel rédigé par l'organisation au sujet des pratiques en matière de droits humains dans le monde, résume les principales tendances relatives aux droits humains dans plus de 90 nations et territoires, reflétant le travail d'enquête considérable réalisé en 2009 par les équipes de Human Rights Watch. Dans le chapitre introductif qu'il a rédigé, le Directeur exécutif, Kenneth Roth, soutient que la capacité du mouvement des droits humains à faire pression au nom des victimes s'est considérablement accrue ces dernières années, et que cette évolution a engendré de la part des gouvernements responsables d'abus une réaction qui s'est particulièrement intensifiée en 2009.« Les attaques contre les défenseurs des droits humains pourraient être interprétées comme un hommage involontaire au mouvement des droits humains, mais cela n'amenuise pas le danger qu'elles représentent », a déclaré Kenneth Roth. « Sous divers prétextes, les gouvernements responsables d'abus sont en train d'attaquer les fondements mêmes du mouvement pour les droits humains. »Les attaques contre les défenseurs des droits humains ne sont pas le seul fait de gouvernements autoritaires tels que la Birmanie et la Chine, a indiqué Human Rights Watch. Dans plusieurs pays où des gouvernements élus sont confrontés à des insurrections armées, il y a eu une forte hausse du nombre d'attaques armées contre des défenseurs des droits humains. Malgré l'accalmie dans le conflit armé en Tchétchénie, une série dévastatrice de meurtres et de menaces contre des avocats et des militants luttant contre l'impunité a eu lieu dans le Nord-Caucase. Human Rights Watch a observé que certains gouvernements sont si répressifs à l'encontre de personnes et d'organisations qu'aucun mouvement des droits humains ne peut effectivement fonctionner dans les pays concernés, notamment l' Érythrée, la Corée du Nord et le Turkménistan. L'introduction du rapport précise que des observateurs des droits humains ont été assassinés, afin de les réduire au silence, en Russie et au Sri Lanka, ainsi que dans plusieurs autres pays dont le Kenya, le Burundi et l'Afghanistan. Human Rights Watch cite le Soudan et la Chine comme des pays dont les gouvernements interdisent régulièrement des organisations de défense des droits humains, ainsi que l'Iran et l'Ouzbékistan parmi les pays qui harcèlent ouvertement et détiennent arbitrairement des défenseurs des droits humains et d'autres personnes exprimant des critiques. La Colombie, le Venezuela et le Nicaragua menacent et harcèlent les défenseurs des droits humains. Ces derniers sont également en butte à des violences dans des pays tels que la République démocratique du Congo et le Sri Lanka. Des gouvernements comme ceux de l'Ethiopie et de l'Egypte recourent à des réglementations extrêmement restrictives pour entraver les activités des organisations non gouvernementales. Pour faire taire les voix dissidentes, d'autres pays recourent à la radiation des avocats (la Chine et l'Iran par exemple), à des accusations criminelles basées dans de nombreux cas sur des agressions montées de toutes pièces (l'Ouzbékistan et le Turkménistan), ainsi qu'à des lois pénales contre la diffamation (la Russie et l'Azerbaïdjan).
Les organisations locales et internationales de défense des droits humains travaillant en Israël ont connu un climat plus hostile que jamais après avoir documenté les abus commis tant par le gouvernement que par le Hamas au cours des combats de décembre 2008 - janvier 2009 à Gaza et en Israël, et en relation avec le blocus actuel de Gaza par Israël. Kenneth Roth a déclaré que le seul moyen de mettre fin à la répression des défenseurs des droits humains par les gouvernements responsables d'abus serait que d'autres gouvernements qui soutiennent ces droits en fassent une partie centrale de leurs relations bilatérales. « Les gouvernements qui soutiennent les droits humains doivent prendre la parole et faire du respect de ces droits humains la pierre angulaire de leur diplomatie, et de leur propre pratique politique », a affirmé Kenneth Roth. « Ils doivent exiger un véritable changement de la part des gouvernements responsables d'abus. » Kenneth Roth a indiqué que l'administration Obama, en particulier, était confrontée au défi de restaurer la crédibilité de l'Amérique en matière de droits humains. Jusqu'ici, a-t-il déclaré, les résultats sont mitigés, avec une amélioration notable des discours présidentiels, mais une traduction incomplète des paroles en actes dans le cadre des politiques et des pratiques de l'administration américaine. Le gouvernement américain a mis un terme au programme d'interrogatoires coercitifs de la CIA, mais il devrait en outre respecter les lois nationales et internationales contre la torture en ouvrant des enquêtes et en menant des poursuites contre les individus qui ont ordonné, facilité ou exécuté des actes de torture et autres mauvais traitements, a insisté Kenneth Roth. Le délai fixé pour la fermeture du centre de détention à Guantanamo a déjà été repoussé, mais un point encore plus important est la façon dont ce centre sera fermé. Human Rights Watch et d'autres organisations ont exhorté l'administration soit à faire juger les suspects détenus devant des tribunaux fédéraux ordinaires, soit à les rapatrier ou à les réinstaller en sécurité ailleurs. L'administration Obama a persisté à maintenir des commissions militaires dont les normes judiciaires sont insuffisantes, et à maintenir indéfiniment des suspects en détention sans chef d'accusation ni procès - deux mesures qui selon Kenneth Roth risquent de perpétuer l'esprit de Guantanamo.Human Rights Watch a par ailleurs expliqué dans l'introduction de son Rapport mondial que l'émergence d'un système de justice internationale, dont la Cour pénale internationale (CPI), avait été la cible d'attaques. Ces attaques se sont produites après que la Cour a émis un mandat d'arrêt en mars contre le Président Omar el-Béchir du Soudan pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis par les forces soudanaises et leurs milices alliées contre les populations civiles du Darfour.Après l'émission du mandat par la CPI, de nombreuses démocraties africaines ont initialement choisi le confort de la solidarité régionale plutôt que d'adopter une position de principe de soutien à la justice internationale, note Human Rights Watch dans l'introduction au rapport.Au lieu de féliciter la CPI pour son action visant à accorder réparation pour les tueries et les déplacements forcés de tant d'Africains au Darfour, l'Union africaine a décidé en juillet de ne pas coopérer à l'exécution du mandat d'arrêt visant le président soudanais, et plusieurs dirigeants africains se sont associés à cette décision de protéger el-Béchir plutôt que les victimes d'abus au Darfour. Les enquêtes menées par Human Rights Watch au cours de l'année dernière ont porté sur une gamme étendue de violations commises dans pratiquement chaque région du monde.L'un des chapitres publiés dans le Rapport mondial, intitulé « Abusing Patients » (« Abus commis à l'encontre de patients », décrit les politiques gouvernementales en matière de santé qui soumettent les patients à des actes de torture ou à des mauvais traitements, et met en avant l'incapacité des associations médicales nationales et internationales à empêcher la complicité des prestataires de soins dans ces maltraitances. Ce chapitre s'appuie sur les recherches menées par Human Rights Watch en Egypte, en Libye, en Jordanie, au Kurdistan irakien, en Chine, au Cambodge, en Inde et au Nicaragua.
Dans de nombreux pays, Human Rights Watch a documenté les violations de droits humains infligées aux femmes et aux filles, notamment les violations liées à la grossesse, à la naissance, et au rôle des femmes comme prestataires de soins. Par exemple, la mortalité et l'invalidité maternelles évitables découlant de lois et de politiques négligentes tuent et entrainent l'incapacité de plus de femmes annuellement que l'impact des conflits armés, a expliqué Human Rights Watch. En Iran, Human Rights Watch a effectué des recherches sur la répression gouvernementale en cours contre les activistes pacifiques après l'élection présidentielle contestée de juin 2009. Human Rights Watch a documenté les arrestations de milliers de personnes ordinaires et éminentes, fournissant des éléments détaillés sur la violence de l'Etat contre des protestataires pacifiques, sur la détention arbitraire de défenseurs des droits humains, ainsi que sur des abus et des actes de torture perpétrés dans les centres illégaux de détention iraniens. En Chine, au-delà de son travail régulier visant à documenter les attaques contre les défenseurs des droits humains et leur emprisonnement, Human Rights Watch a publié un rapport décrivant l'existence secrète de « prisons noires », où les autorités incarcèrent des personnes qu'elles enlèvent dans les rues de Pékin et d'autres grandes villes chinoises. La plupart des personnes détenues sont des pétitionnaires qui demandent réparation pour des abus allant de la corruption du gouvernement à des tortures infligées par la police. À Cuba, Human Rights Watch a documenté la façon dont le gouvernement de Raul Castro, au lieu de démanteler les dispositifs répressifs des années Fidel Castro, les a fermement maintenus en place, gardant en détention un grand nombre de prisonniers politiques et arrêtant des dizaines d'autres dissidents.Au Zimbabwe, les chercheurs de Human Rights Watch ont continué à observer et rendre compte des violations des droits humains commises par l'ancien parti au gouvernement du Président Robert Mugabe contre ses partenaires et leurs partisans au sein du gouvernement decoalition. Human Rights Watch a aussi documenté les méthodes brutales employées par l'armée et par la police dans les mines de diamants de Marange pour contrôler l'accès aux mines et pour s'emparer de l'exploitation et du commerce non autorisés des diamants.Un rapport sur la Birmanie a présenté les cas de dizaines d'activistes politiques de premier plan, de moines bouddhistes, de militants ouvriers, de journalistes et d'artistes arrêtés depuis les manifestations pacifiques de 2007 et condamnés à des peines de prison draconiennes à l'issue de procès inéquitables.À Gaza et en Israël, Human Rights Watch a documenté des violations des lois de la guerre commises tant par Israël que par le Hamas. L'attaque militaire d'Israël contre Gaza il y a un an a comporté l'utilisation illégale de munitions au phosphore blanc, des meurtres de civils avec des missiles lancés par des drones, et des tirs dirigés contre des civils arborant des drapeaux blancs. Le Hamas ainsi que d'autres groupes armés palestiniens ont tiré des roquettes contre des centres de population israéliens ; le Hamas a tué des collaborateurs présumés et s'est rendu coupable d'abus contre des opposants politiques pendant la guerre.En Libye, Human Rights Watch a publié un rapport contenant des critiques envers le gouvernement lors d'une conférence de presse à Tripoli. Il s'agissait de la première conférence de presse ouverte en Libye. Le rapport expliquait que malgré la mise en place de certaines améliorations limitées, comme l'élargissement de l'espace de liberté d'expression, des lois répressives continuent à entraver les libertés d'expression et d'association, et les abus commis par l'Agence de sécurité intérieure demeurent la norme.
En République démocratique du Congo, Human Rights Watch a documenté les meurtres délibérés de plus de 1 400 civils, la récurrence de viols brutaux, ainsi que d'autres exactions commises par les forces gouvernementales et rebelles lors de deux opérations successives de l'armée congolaise contre une milice hutue rwandaise dans l'est du pays. Human Rights Watch a aussi rendu compte de graves défaillances dans l'opération de maintien de la paix de l'ONU au Congo qui ont limité sa capacité à protéger efficacement les civils. En Guinée, Human Rights Watch a publié un rapport détaillé sur les meurtres, les agressions sexuelles et autres exactions commises majoritairement par des membres de la Garde présidentielle d'élite lors de la répression d'un rassemblement de l'opposition dans la capitale. Les preuves recueillies laissent supposer que les attaques étaient planifiées à l'avance et correspondent à des crimes contre l'humanité.Human Rights Watch a conclu qu'en dépit du développement du mouvement des droits humains, les défenseurs de ces droits demeurent vulnérables et ont urgemment besoin du soutien des gouvernements respectueux des droits humains.« Les gouvernements qui se considèrent comme des partisans des droits humains restent trop souvent silencieux face à des exactions commises par des gouvernements alliés, invoquant des priorités diplomatiques ou économiques », a déploré Kenneth Roth. « Mais ce silence les rend complices des abus commis. La seule réponse appropriée aux graves violations des droits humains est d'exercer une plus grande pression sur leurs auteurs. »

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