lundi, juin 23, 2008

Légaliser l’occupation : la dernière combine de Bush en Irak

Destruction d'un Hummer
et de ses occupants par la résistance irakienne à Mossoul, fin 2007
L'administration Bush veut maintenant s'assurer que le futur de l'Irak sera autant dominé qu'aujourd'hui par la violence, l'humiliation et la guerre, écrit Ramzy Baroud.
22 juin 2008 - RamzyBaroud /ramzybaroud.net /
Quand les forces des Etats-Unis ont envahi Bagdad il y a cinq ans, elles semblaient ne pas pouvoir être stoppées. L'arrogance militaire avait atteint des sommets, et cela ne semblait qu'une question de temps avant que la même frénésie ne touche Téhéran, Damas et ailleurs.
Alors que tout cela se déroulait, les festivités ont commencé à diminuer à peine après qu'elles étaient lancées. On pourrait dire que le jour même où la statue de Saddam était renversée au sol, l'armée américain faisait face à sa vraie bataille en Irak, laquelle continue de gêner toute planification stratégique sur le long terme si ce n'est tous les projets américains pour le Moyen-Orient.
Cinq ans de massacres et de bains de sang continuels ont peut-être déçu les attentes de Bush. Le croisé solitaire qui s'était par le passé voué à combattre la tyrannie à n'importe quel coût essaye maintenant de mettre au point un traité qui assoirait indéfiniment les intérêts des Etats-Unis en Irak. Son administration peut tout au plus espérer réaliser ce qu'il considère comme le moins mauvais résultat possible dans la pire des situations possibles.
La cooptation des Nations Unies a aidé à fournir une légitimité provisoire à l'occupation. L'organisation internationael, après avoir été laissée de côté, est devenue un point de passage important pour la diplomatie américaine qui cherche à légitimer son occupation dans un pays qui refuse de céder. Même des dirigeants irakiens bien disposés [à l'égard de l'occupant], des élections et des meurtres à grande échelle n'ont apporté ni la stabilité ni la légitimité voulues.
Naturellement, la Maison Blanche, le département d'état et les porte-parole militaires américains se répandent en discours sans fin sur la démocratie, la liberté, et de la sécurité afin de faire la cour à un public américain de plus en plus inquiet. Mais l'action des Etats-Unis sur le terrain est le reflet d'une autre réalité : une quête impériale, avec un monopole sur la violence et une négligence du droit international, de la souveraineté nationale de l'Irak, et un mépris presque total des droits de l'homme à l'égard des citoyens irakiens.
A présent l'administration Bush est prête à couronner sa parodie en Irak avec une stratégie à long terme qui permettrait à l'occupation de durer. Les Etats-Unis sont « en pourparlers » avec le gouvernement irakien au sujet d'un traité qui remplacerait le mandat des Nations Unies et légaliserait l'occupation américaine de l'Irak d'une façon permanente.
Le temps joue en effet contre Bush. Si aucun traité n'est signé avant la fin de l'année, son administration pourrait se trouver obligée de plaider au Conseil de sécurité pour une autre prolongation du mandat. Ce serait un scénario embarrassant et dangereux pour la diplomatie américaine parce qu'il permettrait à la Russie et à la Chine de réapparaître en tant que joueurs importants pouvant utiliser leur pouvoir de veto qui est tant à craindre.
En signant un traité à long terme, l'administration Bush limiterait n'importe quelle possibilité d'action pour un futur président irakien désigné démocratiquement.
Lorsque le Conseil de Sécurité des Nations Unies a voté à l'unanimité en novembre 2005 la prolongation de la présence en Irak des forces multinationales dirigées par les Etats-Unis, ces derniers ont présenté la décision comme le signe d'un appui international à la transition politique en Irak.
John Bolton, alors ambassadeur des Etats-Unis aux Nations Unies, avait à plusieurs reprises fustigé ces mêmes Nations Unies pour ensuite considérer que « l'adoption unanime de cette résolution est une vivante démonstration du large soutien international pour un Irak fédéral, démocratique, pluraliste et unifié. » Dans la foulée le Pentagone avait fait savoir que « les Etats-Unis prévoient de diminuer l'année prochaine le nombre de troupes. » Depuis lors, c'est tout l'opposé qui s'est produit. Les troupes irakiennes n'ont pas réussi leur premier examen sérieux — en échouant à vaincre l'armée d'Al Mahdi — et les forces américaines ont au contraire augmenté en nombre.
Pour que les Etats-Unis signent un traité stratégique à long terme avec le gouvernement irakien, il faut un certain niveau de stabilité. Les militaires américains devraient pouvoir contrôler l'Irak à grande échelle tandis que les troupes se replieraient sur leurs bases permanentes — 50 selon un article de Patrick Cockburn paru dans « The Independent » — tandis que leurs alliés irakiens donneraient une illusion de souveraineté en faisant face aux problèmes au jour le jour en Irak. Le problème des Etats-Unis est que cette stabilité souhaitée est nulle part en vue.
Depuis 2007, les officiels américains, les Nations Unies et l'Irak ont affirmé n'avoir aucune intention de rechercher un nouveau mandat onusien. Le traité américano-irakien serait ainsi la seule option qui légaliserait l'occupation américaine. L'idée du traité est de donner l'impression que le rapport entre les deux n'est pas celui d'un occupé avec son occupant, mais celui de deux partenaires indépendants avec des intérêts communs et des droits identiques.
Sans surprise, les Irakiens sont furieux à propos de ce que les Etats-Unis attendent du traité. Selon Cockburn, « les responsables irakiens craignent que l'accord, sous le régime duquel les troupes américaines occuperont des bases permanentes, conduiront des opérations militaires, arrêteront des Irakiens et bénéficieront de l'immunité par rapport à la loi irakienne, déstabilisera la position de l'Irak dans le Moyen-Orient et sera la base d'un conflit sans fin à l'intérieur de leur pays. »
Ali Al Dabbagh, porte-parole du cabinet irakien, a été cité par la télévision irakienne comme déclarant que le gouvernement ne compromettra pas la souveraineté de l'Irak, et qu'il s'est engagé à « sauvegarder la pleine souveraineté de l'Irak en conformité avec les résolutions internationales. »
Bien qu'il soit difficile de croire à un engagement à la « pleine souveraineté » venant du premier ministre Al Maliki, on ne peut pas sous-estimer la pression qu'il subit au parlement — des alliances sous conditions, des nationalistes de divers milieux, un front chiite instable, une direction sunnite sceptique. Aljazeera a rendu compte de la façon dont deux de ces députés ont témoigné devant le sous-comité des Affaires Etrangères à la chambre des députés : « les troupes des Etats-Unis devraient quitter l'Irak avant que des discussions sur un pacte de sécurité à long terme puissent être engagées. »
Khalaf Al-Ulayyan, le fondateur du Conseil National pour le Dialogue veut que les entretiens soient repoussés « jusqu'à ce qu'il y ait une nouvelle administration aux Etats-Unis, » le scénario exact que l'administration de Bush espère éviter. Les Etats-Unis veulent un accord en juillet, qu'il serait difficile d'annuler même pour un président du parti démocrate.
Pour éviter les ennuis, « il est tout à fait possible que l'administration Bush, par exemple cet été, force le faible régime du premier ministre Maliki à se soumettre à un diktat sur un accord américano-irakien. » (Robert Dreyfuss, « The Nation ». « Si Maliki signe l'accord et ignore l'opposition du parlement, il perdra immédiatement le peu de crédibilité qu'il lui reste en tant que dirigeant irakien, » ce qui mènera à plus de violence en Irak à la veille des élections américaines. « Ce n'est pas un scénario réjouissant, » affirme Dreyfuss.
On pourrait imaginer que du fait d'une présence militaire américaine, aucun scénario déplaisant n'est possible en Irak à aucun moment. Les trésors du passé de l'Irak ont été dispersés juste après sa « libération » par les forces des Etats-Unis, et son présent est dominé par le carnage et l'incertitude. L'administration Bush veut maintenant s'assurer que le futur de l'Irak sera également dominé par la violence, l'humiliation et la guerre.

(*) Ramzy Baroud est l'auteur de « The Second palestinian Intifada : A Chronicle of a People's Struggle » et rédacteur en chef de « PalestineChronicle.com »
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