mardi, août 01, 2006

Après Cana, Israël "continue le combat" --Par Thomas Wagner et Kathy Gannon--


Une accalmie provisoire dans le ciel libanais: des milliers de civils ont fui lundi les combats dans le sud du pays, profitant d'une pause des raids aériens consentie par Israël au lendemain du bombardement de Cana. Mais l'Etat hébreu refuse un cessez-le-feu immédiat, avec l'appui des Etats-Unis, qui donnent toutefois quelque signes d'impatience. "Israël continue le combat", a prévenu lundi le Premier ministre israélien Ehoud Olmert. Plus tôt, son ministre de la Défense Amir Péretz avait répondu aux députés arabes israéliens réclamant une cessation de l'offensive que celle-ci serait au contraire "étendue et renforcée".

Face à l'indignation de la communauté internationale, et apparemment sous la pression de Washington, l'aviation israélienne avait tout de même suspendu ses raids aériens sur le Liban pour 48 heures, le temps de mener l'enquête sur la frappe de Cana et d'ouvrir pour 24 heures des couloirs permettant l'évacuation des civils encore coincés au Sud-Liban.
Cette pause a apporté un calme relatif dans une grande partie du sud du Liban. D'abord hésitants, les milliers de Libanais qui se terraient chez eux, dans des écoles ou des hôpitaux dans les villages de montagne, ont saisi l'occasion de fuir. En début d'après-midi, les routes reliant les villages au port de Tyr, puis remontant vers le Nord le long de la côte étaient bondées.

Au 20e jour de son offensive contre le Hezbollah, l'armée israélienne a toutefois mené une frappe aérienne, après qu'un missile anti-char eut atteint un char israélien près de Taibeh. Une deuxième a coûté la vie à un soldat libanais aux environs du port de Tyr, dans le Sud-Liban. L'armée israélienne croyait, a-t-elle expliqué, que le véhicule transportait un haut responsable du Parti de Dieu, et non des militaires libanais. "Ils n'étaient, évidemment, pas visés, et nous regrettons cet incident", a fait savoir Tsahal. Autour de Taibeh et d'autres villages frontaliers dans le nord-est du Liban-Sud, des combats intenses se poursuivaient, l'artillerie israélienne pilonnant sans relâche la zone.
Les miliciens du Hezbollah ont de leur côté tiré des obus de mortier sur Misgav Am, près de Kiryat Shemona, selon l'armée israélienne qui avait d'abord parlé d'une attaque de roquettes. En milieu d'après-midi, la milice chiite pro-iranienne n'avait toujours pas procédé à des tirs de roquettes, quotidiens depuis le début de l'offensive israélienne le 12 juillet.
Mais la chaîne du Hezbollah, Al Manar, a affirmé que la guérilla avait tiré des missiles sur un navire de guerre israélien au large de Tyr, information démentie par l'armée israélienne. D'après Al Manar, ce tir marquait "le début de notre vengeance pour les enfants de Cana".

Les images des ruines de Cana, où au moins 56 personnes ont péri, dont une trentaine d'enfants, ont déclenché une vague de condamnations dans la communauté internationale et de protestations dans le monde arabe.
La France, qui avait "condamné" la veille une opération jugée "injustifiable" par le président Jacques Chirac, a jugé lundi insuffisante la suspension des raids aériens. C'est "pour la France un premier pas, mais un pas insuffisant au regard des enjeux actuels", a lancé Dominique de Villepin.
Le chef du gouvernement français a réclamé une "cessation immédiate des hostilités" et un accord politique préalablement au déploiement d'une force internationale au Liban-Sud. Le ministre français des Affaires étrangères Philippe Douste-Blazy l'a aussi rappelé lors de ses entretiens avec les responsables libanais à Beyrouth, où il effectuait une "visite de solidarité", sa troisième depuis le début de l'offensive.
Mais les Etats-Unis restent opposés à un cessez-le-feu immédiat. George W. Bush l'a répété lundi: tout cessez-le-feu au Liban doit être accompagné d'un accord plus large et "durable". "Nous allons travailler au Conseil des sécurité des Nations unies à un plan qui traite la racine du problème", a-t-il expliqué. Avant de quitter le Moyen-Orient pour regagner les Etats-Unis, la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice a annoncé que Washington souhaitait obtenir cette semaine une résolution, ce qui pourrait laisser entendre que les Etats-Unis sont moins disposés à laisser du temps à Israël. L'offensive a fait au moins 519 morts côté libanais, selon le ministère libanais de la Santé, et 51 côté israélien dont 33 soldats.

XHM109-0731061306
Nouvel Observateur

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