dimanche, juillet 30, 2006

Liban : la sale guerre d’Israël.

Plus de 400 morts, 3500 blessés, des dizaines de milliers de logements détruits, des ponts et des routes éventrés, plus de vingt usines rasées dont des centrales électriques, des voitures et camions disloqués, des milliers d’hectares de cultures incendiés; les crimes de l’armée israélienne se poursuivent sous prétexte de libérer deux de ses soldats enlevés par le Hezbollah libanais.

Devant l’évident déséquilibre des forces en présence, la question sans cesse reposée est: que cherche donc le gouvernement israélien? Briser le Hezbollah libanais comme le Hamas palestinien, sans aucun doute! Mais pour l’heure, force est de constater que malgré des moyens militaires considérables déployés par Israël, le Hezbollah tient tête, au point que les hésitations de l’armée israélienne à pénétrer le Liban sont sans doute dues à cette résistance. C’est pourquoi d’ailleurs, l’idée formulée par tous ceux qui soutiennent le gouvernement Olmert, dont Condoleezza Rice, de déployer une force d’interposition au Sud-Liban serait un soutien apporté à Israël. Des troupes européennes, américaines ou autres, en contrôlant ou repoussant les combattants du Hezbollah, agiraient en fait pour le compte de l’État israélien. Seulement, ce dernier entend rester maître du contrôle des territoires libanais proches de sa frontière, et le récent bombardement d’un poste de l’ONU (la FINUL) que Kofi Annan a jugé «délibéré» est certainement là pour le rappeler.

Mais pour l’heure, aussi bien Israël que ses soutiens internationaux préfèrent encore attendre pour voir si l’évolution de la situation militaire pourrait leur être encore plus favorable. Le temps que les grandes puissances ont mis à se réunir, probablement pour décider de ne rien décider, laisse à Israël tout le temps nécessaire à la poursuite de sa guerre et à la recherche de solutions satisfaisantes pour le gouvernement Olmert dont la politique suit les traces de celle menée par Sharon en 1982. À cette époque, l’armée israélienne avait massivement envahi le Liban pour s’en prendre aux combattants de l’OLP et installer à Beyrouth un gouvernement pro-israélien. Mais tout comme en 1982, la politique israélienne risque fort de déboucher sur un échec.

Dans les pas de Sharon

Entre ces deux périodes et situations, il y a bien des similitudes. En 1982, il s’agissait de chasser l’OLP de Beyrouth; aujourd’hui, c’est au Hezbollah du Sud-Liban qu’Israël s’en prend. En 1982, le secrétaire d’État américain Alexander Haig avait dit à Sharon que pour justifier son invasion, il faudrait qu’il ait un prétexte clair. Le prétexte était venu après que le groupe terroriste d’Abou Nidal eut essayé d’assassiner l’ambassadeur israélien à Londres. Cela n’avait aucun rapport avec le Liban et encore moins avec l’OLP qui se déclarait adversaire d’Abou Nidal. Mais qu’importait, le prétexte était là. Aujourd’hui c’est la capture de deux soldats israéliens qui justifie des jours et des jours de bombardements contre des populations qui ne sont en rien responsables. Si ce n’est pas là du terrorisme, alors les mots ne veulent plus rien dire.

En 1982, un des buts de l’opération «Paix en Galilée» était soi-disant de «repousser les Katioucha à 40 kilomètres de la frontière». C’était un mensonge. Au cours des onze mois précédents, pas une seule fusée n’avait été tirée du Liban. Très récemment encore, la frontière israélo-libanaise était relativement calme (si ce n’est des incursions permanentes de l’aviation israélienne), depuis qu’Israël s’était retiré du Sud-Liban en 2000.

En 1955 déjà, Ben Gourion avait eu l’idée d’installer un «officier chrétien» à la tête d’un gouvernement libanais ami d’Israël. Poursuivant cette idée, Sharon soutint en 1982 l’élection du dirigeant d’extrême-droite libanais Béchir Gemayel à la présidence de la République. Mais celui-ci fut assassiné quelque temps plus tard. À la fin de la guerre civile libanaise, en 1990, les gouvernements de Beyrouth revinrent à une politique plus distante à l’égard d’Israël, en fonction des relations avec les différents pays arabes et du fragile équilibre établi dans le pays entre les différentes forces politiques et les communautés religieuses.

Le rejet de l’arrogance et de la violence israéliennes

Aujourd’hui, la politique de bombardements tous azimuts menée par l’armée israélienne au Liban contribue plutôt à souder contre Israël la plupart des forces politiques libanaises, y compris celles qui leur avaient été les plus favorables. Elle contribue également à accroître la popularité du Hezbollah, y compris au sein d’une frange importante de la population chrétienne libanaise, qui lui serait pourtant à priori la plus hostile. C’est le cas en tout cas d’un politicien comme le général Aoun qui préfère maintenir son accord avec le Hezbollah plutôt que de se commettre avec les Israéliens.

Les guerres coloniales, celles d’Israël ou des autres, se suivent et se ressemblent, sans que les stratèges militaires parviennent à comprendre que toutes leurs exactions ne servent qu’à lever contre eux de nouveaux combattants, et en l’occurrence, malheureusement, qu’à renforcer les organisations intégristes islamistes.

Dans cette comparaison entre la situation présente et celle de 1982, il est impossible de ne pas rappeler les massacres de Sabra et Chatila dans lesquels périrent des centaines de Palestiniens, sous le regard complice de l’armée israélienne. Ces massacres avaient révulsé les opinions publiques, y compris celle d’Israël. Il reste à espérer qu’il en sera de même aujourd’hui avec les crimes commis par l’armée israélienne au Liban et dans les Territoires de Gaza et de Cisjordanie.

Georges LATTIER
Lutte Ouvrière n°1982 du 28 juillet 2006

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