samedi, août 05, 2006

Liban: le pays vit sa pire journée de bombardements, pas de trêve en vue


Le Liban sud a vécu samedi sa pire journée de bombardements depuis le 12 juillet, sans espoir d'une trêve à brève échéance entre le Hezbollah et Israël, dont les commandos de marine ont mené une délicate opération contre les miliciens chiites dans le port de Tyr.
Un texte demandant "un arrêt complet des hostilités" doit être présenté dès ce samedi au Conseil de sécurité de l'Onu à New York.
Après plusieurs jours de négociations entre Français et Américains, un accord a été trouvé "sur le projet de résolution sur le Proche-Orient préparé par la France pour demander un arrêt complet des hostilités et travailler à un cessez-le feu permanent et à une solution à long terme", a annoncé la présidence française.
Un ministre libanais membre du Hezbollah a affirmé samedi que son parti respecterait un cessez-le-feu s'il "ne reste plus un seul soldat israélien au Liban", réagissant à l'accord entre les Etats-Unis et la France à l'Onu.
4.000 obus israéliens s'étaient déjà abattus à la mi-journée sur le Liban sud, tirés lors de 250 raids aériens.
Selon la police libanaise, ces bombardements sont les plus lourds depuis le début de l'offensive israélienne contre le parti chiite Hezbollah, qui a fait presque mille morts, en majorité civils, et qu'aucune des multiples initiatives diplomatiques mises en oeuvre n'est parvenue à contrer.
Un émissaire de Washington, le secrétaire d'Etat adjoint pour le Proche-Orient David Welch, a assuré que les Etats-Unis étaient déterminés à clore "pour toujours" l'actuelle période de violence au Liban, lors d'une visite samedi à Beyrouth.
Mais alors que les discussions s'éternisent au Conseil de sécurité de l'Onu entre Français et Américains sur un projet de résolution visant à faire cesser les hostilités, l'aviation israélienne avait déjà étendu vendredi ses bombardements à travers le Liban, et les raids ont redoublé d'intensité samedi dans le sud.
Les infrastructures du pays et l'habitat sont d'ores et déjà très lourdement atteints, avec 73 ponts et 72 bretelles routières détruites, ainsi que 6.800 habitations, selon un bilan annoncé samedi par le Haut comité de secours libanais.
Témoin de l'aggravation de la situation humanitaire dans un pays où 800.000 personnes ont été déplacées par le conflit, le ministre de la Santé, Mohamad Khalifé, a affirmé samedi que les hôpitaux du Liban ne disposaient plus que d'une semaine de carburant.
Samedi à l'aube, des commandos de marine israéliens ont mené une opération sur la ville portuaire de Tyr, à environ 80 kilomètres au sud de Beyrouth.
L'armée israélienne a annoncé que huit soldats ont été blessés dans l'opération, qui visait notamment des rampes de missiles du Hezbollah, et qu'un "grand nombre" d'hommes du Hezbollah avaient été tués.
Ce nouveau raid, le deuxième en une semaine, a conjugué un débarquement de commandos de marine et l'atterrissage d'hélicoptères à proximité de Tyr, qui a résonné à l'aube du fracas des explosions et des échanges de tirs.
Un responsable de la marine a annoncé la mort dans l'opération de trois chefs du Hezbollah, responsables d'un tir de missile vendredi contre la ville israélienne de Hadera, à 40 kilomètres au nord de Tel Aviv, la localité la plus éloignée jamais atteinte par un tir depuis le Liban.
Le parti chiite a au contraire assuré avoir fait échouer ce raid, tuant un assaillant et en blessant trois autres, alors que la police a annoncé la mort d'un militaire libanais.

L'opération a été accompagnée par d'intenses bombardements de la région de Tyr, où des dizaines de localités du sud et de l'est de la ville, abandonnées par la grande majorité de leurs habitants, ont été la cible de raids aériens et maritimes, selon un médecin de la région.
Les secteurs les plus visés samedi, selon la police libanaise, sont le sud et l'est de Tyr, ainsi que la localité d'Aaitaroun, près de la frontière israélienne, qui a été noyée en quelques heures sous 2.000 obus.
Selon la police, une quinzaine de villages, distants d'environ 5 kilomètres de la frontière, sont en train d'être systématiquement détruits par les bombardements. 14 blessés seulement ont été recensés, car la quasi-totalité des habitants ont déserté la région, mais l'aviation israélienne a largué samedi des tracts annonçant de nouveaux bombardements.
Au 25ème jour de l'offensive, lancée après la capture par le Hezbollah de deux soldats israéliens à la frontière israélo-libanaise, les incursions terrestres se poursuivaient parallèlement, plus à l'est, le long de cette frontière.
Israël a déployé au Liban sud environ 10.000 soldats pour tenter d'établir une zone de sécurité, mais se heurte toujours à la résistance de la milice chiite et les dirigeants israéliens affirment avoir besoin de plusieurs jours encore pour neutraliser le Hezbollah.
Un responsable militaire a néanmoins affirmé samedi que ses forces contrôlaient désormais au Liban sud "une zone profonde de 5 à 8, voire 10 kilomètres". L'armée israélienne a annoncé avoir perdu un soldat dans la nuit de vendredi à samedi dans le secteur de Taïbé, dans l'est de la zone des combats.
Jeudi, l'armée israélienne avait indiqué avoir reçu l'ordre du ministre de la Défense Amir Peretz de se tenir prête pour une éventuelle prise de contrôle du Liban sud jusqu'au fleuve Litani, distant de 5 à 30 km de la frontière, selon les endroits.
Côté israélien, 35 roquettes tirées à partir du Liban sud se sont abattues samedi sur le nord du pays, a annoncé la police, dont onze sur la banlieue nord de Haïfa, troisième ville d'Israël. La police n'a pas fait état de victimes, alors qu'une source médicale avait annoncé dans la matinée cinq blessés. Le Hezbollah avait tiré vendredi 220 roquettes sur le nord d'Israël.
A New York, l'adoption par le Conseil de sécurité de l'Onu d'une résolution sur l'arrêt des combats semble désormais peu vraisemblable avant la semaine prochaine, Français et Américains n'étant toujours pas parvenus à un accord.
La France et les Etats-Unis ont tenté ces derniers jours de rapprocher leurs positions, Paris réclamant un arrêt immédiat des hostilités et un accord politique, préalables au déploiement d'une force internationale, alors que Washington souhaitait voir une telle force opérationnelle le plus rapidement possible.

Courrier international 2006

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