samedi, mai 05, 2007

Du fond de mon coeur : lettre à mes amis juifs

PAR NAHIDA IZZAT
Traduit par Fausto Giudice / mercredi 2 mai 2007 / Mehr Licht /
Revoltes

Les gens parlent en toute liberté d'extrémistes musulmans et de fondamentalistes chrétiens, mais dès qu'il s'agit de prononcer l'expression "extrémistes juifs", il y a un blocage.
Nous qui désirons la justice et rêvons de paix, nous qui sommes humains, ne pourrons jamais atteindre l'égalité si nous n'appliquons pas les mêmes critères et les mêmes normes à TOUS. Et cela devrait inclure tout autre idéologie, pas seulement religieuse : il nous faut reconnaître qu'il existe aussi des extrémistes laïcs, des athées fondamentalistes, des marxistes extrémistes etc.
L'autre point important qu'il nous fait reconnaître c'est que l'holocauste a été "kidnappé" par les sionistes, et est devenu une propriété presque exclusivement juive, ce qui, nous le savons tous, ne correspond pas à la vérité historique de la deuxième guerre mondiale.
Ce n'est pas seulement devenu exclusivement juif, mais il y a une aura de sainteté et de sacré autour de ce sujet, qui est enveloppé de révérence.
Cela n'est pas sans poser de sérieux problèmes, dans la mesure où cela peut apparaître aux yeux d'observateurs non juifs comme du favoritisme : « Les juifs ont droit à un traitement spécial, vu leur insistance à exiger que le monde reconnaisse leur souffrance comme unique, sacrée et spéciale. »
Toute l'humanité a souffert à travers l'histoire, récemment, dans le passé et dans les temps anciens.
Personne ne peut revendiquer que la souffrance d'un groupe soit plus spéciale, unique ou sacrée que celle d'autres. Si les juifs continuent à insister pour que le monde considère leur souffrance comme "spéciale", "unique" et "au-delà de la souffrance des autres", ils ne peuvent que conformer les visions de certains, qui perçoivent les juifs comme se voyant eux-mêmes comme « spéciaux », « uniques » ou « choisis ».
Voyez-vous, cher ami, les gens sont libres de critiquer et de désapprouver l'Islam et les musulmans, et c'est leur droit. Les gens peuvent émettre des jugements sur la chrétienté et les chrétiens sans craindre de reproches, et c'est leur droit. Les gens sont libres de désapprouver les communistes, les marxistes, les anarchistes etc. et c'est leur droit. Mais si vous osez exprimer la moindre critique des juifs ou du judaïsme, vous aurez de gros ennuis. L'étiquette « antisémite » vous restera collée pour toujours.
Les gens peuvent aussi dire, sans craindre d'être accusés, blâmés ou criminalisés, qu'ils n'aiment pas les extrémistes musulmans, ou le Hamas ou le Hezbollah, ou les fondamentalistes chrétiens. Mais si vous osez dire la même chose sur les fondamentalistes juifs, vous risquez d'être accusés d'antisémitisme.
La gauche juive n'hésite pas à critiquer le sionisme, mais ils ont une attaque si vous qualifiez les sionistes de fondamentalistes juifs, de terroristes juifs, d'extrémistes juifs, ce que, malheureusement, ils sont. Pourquoi en est-il ainsi ?
Qu'est ce donc qui rend les gens si sensibles, avec un vrai point aveugle, dès qu'on aborde cette question ? Pourquoi ne peuvent-ils pas se sentir libres d'examiner et d'exprimer leur désaccord avec certains aspects de la vie juive ou du judaïsme comme ils le feraient avec d'autres idéologies ? (Bien sûr, tant que cela reste sur un plan intellectuel, avec des manières académiques, et non dans un but d'outrager,d'insulter ou de ridiculiser).
Faire de ces questions un tabou forcera les gens à commencer à poser des questions : la liberté de pensée permet aux gens de douter/remettre en cause l'existence de Dieu, qui pour beaucoup de gens est ce qu'il y a de plus sacré. Mais pourquoi donc le judaïsme, les juifs et l'holocauste – à la différence de tout autre sujet – sont-ils si sacrés qu'il n'est permis à personne de douter, d'examiner ou de critiquer ? Si qui que ce soit essaye d'inclure la souffrance d'autres groupes dans les célébrations holocaustiques, ou essaye de comparer la souffrance d'autres groupes à celles des juifs, il y aura un tumulte d'indignation.
Vous rendez-vous compte, cher ami, de l'hypocrisie et du deux poids-deux mesures ?
Ce qui me préoccupe, c'est que la gauche juive, en ignorant ces questions, est vraiment contre-productive et que cela ne fait qu'accroître la suspicion et l'inconfort – c'est le moins qu'on puisse dire – face à la demande de traitement spéciale émanant des juifs. Si les juifs veulent éradiquer ou réduire au minimum l'antisémitisme, ils doivent tout d'abord accepter d'être traits sur un pied d'égalité avec le reste de l'humanité :
1) Ils doivent accepter avec tolérance toute critique intellectuelle d'Israël comme État juif, du sionisme comme idéologie extrémiste juive, du judaïsme comme religion. Car c'est de cela qu'il s'agit avec la liberté d'expression, qui doit inclure tout le monde, tant que cette liberté n'est pas utilisée pour outrager, insulter mentir, diffamer ou ridiculiser l'autre.
2) Ils doivent cesser de revendiquer l'exclusivité de leur "souffrance", que ce soit dans l'histoire ou plus récemment (l'holocauste), car c'est toute l'humanité qui a souffert à travers les âges et durant la deuxième Guerre mondiale.
3) Ils doivent arrêter de diviniser l'holocauste en en faisant un thème exclusivement juif, intouchable et au-delà de toute étude scientifique, ce qui le convertit en une religion sacrée.
4) Ils doivent accepter de vivre sous le parapluie des mêmes principes qui s 'appliquent au reste de l'humanité.
Cher ami,
Les deux poids-deux mesures et l'hypocrisie suscitent la colère des gens. Le fait d'avoir un jeu de règles pour le monde et un autre jeu pour les juifs rend les gens suspicieux et paranoïaques, car ils se demandent pourquoi les juifs refusent d'être traités comme le reste du monde. Les extrémistes juifs (sionistes) croient et veulent faire croire au monde que les juifs sont choisis, spéciaux, uniques, la lumière des nations. Les peuples du monde ont le droit de ne pas croire que les juifs sont choisis, uniques, ou la lumière des nations, car TOUS LES PEUPLES SONT ÉGAUX.
La gauche juive croit et veut faire croire au monde que les souffrances des juifs et le racisme contre eux sont uniques, mais tous les peuples ont souffert et souffrent encore du racisme auxquels ils ont fait face et font encore face. Les peuples du monde ont le droit de croire que les souffrances des juifs ne sont pas uniques.
Il est aussi très important de reconnaître que l'antisémitisme existe mais qu'il est une forme et non la forme unique de racisme. C'est pourquoi il est vital que les juifs progressistes qui élèvent leur voix reconnaissent que les juifs ne sont ni pires ni meilleurs que les autres humains, et que leurs souffrances ne sont ni pires ni meilleures que celles des autres humains.
Plus vite les juifs reconnaîtront ces faits et mieux ce sera. Plus vite ils accepteront d'être traités exactement comme n'importe qui, et non comme un cas unique en toute chose, et mieux ce sera, pour les juifs d'abord et pour notre monde.
Avec tout mon amour
Nahida
original : peacepalestine
Nahida Izzat est Palestinienne, née à Jérusalem, contrainte de quitter sa terre natale à l'âge de sept ans, par la Guerre des six jours. Mathématicienne, elle consacre tout son temps libre à l'art, en premier lieu la poésie, et anime notamment un blog, poetryforpalestine, d'où est tiré ce texte.
Traduit de l'anglais par Fausto Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l'intégrité et d'en mentionner sources et auteurs.
4.5.07 23:02

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