samedi, janvier 23, 2010

Rapport mondial 2010 : Les auteurs de violations s’en prennent aux messagers des droits humains

En couverture du Rapport mondial 2010, une photo de Tamouls sri lankais regroupés dans le camp de Menik Farm, lors de la visite du Secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon en mai 2009. Le gouvernement sri lankais y avait interné des centaines de milliers de personnes déplacées au cours des derniers mois de la guerre menée contre les rebelles séparatistes « Tigres tamouls ».


Les gouvernements respectueux des droits humains devraient plaider pour la protection des défenseurs de ces droits
Washington, le 20 janvier 2010) - Les gouvernements qui se sont rendus coupables de graves violations des droits humains au cours de l'année passée ont intensifié leurs attaques contres les défenseurs et les organisations de défense des droits humains qui rendent compte de ces violations, a déclaré Human Rights Watch aujourd'hui lors de la publication de son Rapport mondial 2010.

Le rapport de 612 pages, qui constitue le 20e bilan annuel rédigé par l'organisation au sujet des pratiques en matière de droits humains dans le monde, résume les principales tendances relatives aux droits humains dans plus de 90 nations et territoires, reflétant le travail d'enquête considérable réalisé en 2009 par les équipes de Human Rights Watch. Dans le chapitre introductif qu'il a rédigé, le Directeur exécutif, Kenneth Roth, soutient que la capacité du mouvement des droits humains à faire pression au nom des victimes s'est considérablement accrue ces dernières années, et que cette évolution a engendré de la part des gouvernements responsables d'abus une réaction qui s'est particulièrement intensifiée en 2009.« Les attaques contre les défenseurs des droits humains pourraient être interprétées comme un hommage involontaire au mouvement des droits humains, mais cela n'amenuise pas le danger qu'elles représentent », a déclaré Kenneth Roth. « Sous divers prétextes, les gouvernements responsables d'abus sont en train d'attaquer les fondements mêmes du mouvement pour les droits humains. »Les attaques contre les défenseurs des droits humains ne sont pas le seul fait de gouvernements autoritaires tels que la Birmanie et la Chine, a indiqué Human Rights Watch. Dans plusieurs pays où des gouvernements élus sont confrontés à des insurrections armées, il y a eu une forte hausse du nombre d'attaques armées contre des défenseurs des droits humains. Malgré l'accalmie dans le conflit armé en Tchétchénie, une série dévastatrice de meurtres et de menaces contre des avocats et des militants luttant contre l'impunité a eu lieu dans le Nord-Caucase. Human Rights Watch a observé que certains gouvernements sont si répressifs à l'encontre de personnes et d'organisations qu'aucun mouvement des droits humains ne peut effectivement fonctionner dans les pays concernés, notamment l' Érythrée, la Corée du Nord et le Turkménistan. L'introduction du rapport précise que des observateurs des droits humains ont été assassinés, afin de les réduire au silence, en Russie et au Sri Lanka, ainsi que dans plusieurs autres pays dont le Kenya, le Burundi et l'Afghanistan. Human Rights Watch cite le Soudan et la Chine comme des pays dont les gouvernements interdisent régulièrement des organisations de défense des droits humains, ainsi que l'Iran et l'Ouzbékistan parmi les pays qui harcèlent ouvertement et détiennent arbitrairement des défenseurs des droits humains et d'autres personnes exprimant des critiques. La Colombie, le Venezuela et le Nicaragua menacent et harcèlent les défenseurs des droits humains. Ces derniers sont également en butte à des violences dans des pays tels que la République démocratique du Congo et le Sri Lanka. Des gouvernements comme ceux de l'Ethiopie et de l'Egypte recourent à des réglementations extrêmement restrictives pour entraver les activités des organisations non gouvernementales. Pour faire taire les voix dissidentes, d'autres pays recourent à la radiation des avocats (la Chine et l'Iran par exemple), à des accusations criminelles basées dans de nombreux cas sur des agressions montées de toutes pièces (l'Ouzbékistan et le Turkménistan), ainsi qu'à des lois pénales contre la diffamation (la Russie et l'Azerbaïdjan).
Les organisations locales et internationales de défense des droits humains travaillant en Israël ont connu un climat plus hostile que jamais après avoir documenté les abus commis tant par le gouvernement que par le Hamas au cours des combats de décembre 2008 - janvier 2009 à Gaza et en Israël, et en relation avec le blocus actuel de Gaza par Israël. Kenneth Roth a déclaré que le seul moyen de mettre fin à la répression des défenseurs des droits humains par les gouvernements responsables d'abus serait que d'autres gouvernements qui soutiennent ces droits en fassent une partie centrale de leurs relations bilatérales. « Les gouvernements qui soutiennent les droits humains doivent prendre la parole et faire du respect de ces droits humains la pierre angulaire de leur diplomatie, et de leur propre pratique politique », a affirmé Kenneth Roth. « Ils doivent exiger un véritable changement de la part des gouvernements responsables d'abus. » Kenneth Roth a indiqué que l'administration Obama, en particulier, était confrontée au défi de restaurer la crédibilité de l'Amérique en matière de droits humains. Jusqu'ici, a-t-il déclaré, les résultats sont mitigés, avec une amélioration notable des discours présidentiels, mais une traduction incomplète des paroles en actes dans le cadre des politiques et des pratiques de l'administration américaine. Le gouvernement américain a mis un terme au programme d'interrogatoires coercitifs de la CIA, mais il devrait en outre respecter les lois nationales et internationales contre la torture en ouvrant des enquêtes et en menant des poursuites contre les individus qui ont ordonné, facilité ou exécuté des actes de torture et autres mauvais traitements, a insisté Kenneth Roth. Le délai fixé pour la fermeture du centre de détention à Guantanamo a déjà été repoussé, mais un point encore plus important est la façon dont ce centre sera fermé. Human Rights Watch et d'autres organisations ont exhorté l'administration soit à faire juger les suspects détenus devant des tribunaux fédéraux ordinaires, soit à les rapatrier ou à les réinstaller en sécurité ailleurs. L'administration Obama a persisté à maintenir des commissions militaires dont les normes judiciaires sont insuffisantes, et à maintenir indéfiniment des suspects en détention sans chef d'accusation ni procès - deux mesures qui selon Kenneth Roth risquent de perpétuer l'esprit de Guantanamo.Human Rights Watch a par ailleurs expliqué dans l'introduction de son Rapport mondial que l'émergence d'un système de justice internationale, dont la Cour pénale internationale (CPI), avait été la cible d'attaques. Ces attaques se sont produites après que la Cour a émis un mandat d'arrêt en mars contre le Président Omar el-Béchir du Soudan pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis par les forces soudanaises et leurs milices alliées contre les populations civiles du Darfour.Après l'émission du mandat par la CPI, de nombreuses démocraties africaines ont initialement choisi le confort de la solidarité régionale plutôt que d'adopter une position de principe de soutien à la justice internationale, note Human Rights Watch dans l'introduction au rapport.Au lieu de féliciter la CPI pour son action visant à accorder réparation pour les tueries et les déplacements forcés de tant d'Africains au Darfour, l'Union africaine a décidé en juillet de ne pas coopérer à l'exécution du mandat d'arrêt visant le président soudanais, et plusieurs dirigeants africains se sont associés à cette décision de protéger el-Béchir plutôt que les victimes d'abus au Darfour. Les enquêtes menées par Human Rights Watch au cours de l'année dernière ont porté sur une gamme étendue de violations commises dans pratiquement chaque région du monde.L'un des chapitres publiés dans le Rapport mondial, intitulé « Abusing Patients » (« Abus commis à l'encontre de patients », décrit les politiques gouvernementales en matière de santé qui soumettent les patients à des actes de torture ou à des mauvais traitements, et met en avant l'incapacité des associations médicales nationales et internationales à empêcher la complicité des prestataires de soins dans ces maltraitances. Ce chapitre s'appuie sur les recherches menées par Human Rights Watch en Egypte, en Libye, en Jordanie, au Kurdistan irakien, en Chine, au Cambodge, en Inde et au Nicaragua.
Dans de nombreux pays, Human Rights Watch a documenté les violations de droits humains infligées aux femmes et aux filles, notamment les violations liées à la grossesse, à la naissance, et au rôle des femmes comme prestataires de soins. Par exemple, la mortalité et l'invalidité maternelles évitables découlant de lois et de politiques négligentes tuent et entrainent l'incapacité de plus de femmes annuellement que l'impact des conflits armés, a expliqué Human Rights Watch. En Iran, Human Rights Watch a effectué des recherches sur la répression gouvernementale en cours contre les activistes pacifiques après l'élection présidentielle contestée de juin 2009. Human Rights Watch a documenté les arrestations de milliers de personnes ordinaires et éminentes, fournissant des éléments détaillés sur la violence de l'Etat contre des protestataires pacifiques, sur la détention arbitraire de défenseurs des droits humains, ainsi que sur des abus et des actes de torture perpétrés dans les centres illégaux de détention iraniens. En Chine, au-delà de son travail régulier visant à documenter les attaques contre les défenseurs des droits humains et leur emprisonnement, Human Rights Watch a publié un rapport décrivant l'existence secrète de « prisons noires », où les autorités incarcèrent des personnes qu'elles enlèvent dans les rues de Pékin et d'autres grandes villes chinoises. La plupart des personnes détenues sont des pétitionnaires qui demandent réparation pour des abus allant de la corruption du gouvernement à des tortures infligées par la police. À Cuba, Human Rights Watch a documenté la façon dont le gouvernement de Raul Castro, au lieu de démanteler les dispositifs répressifs des années Fidel Castro, les a fermement maintenus en place, gardant en détention un grand nombre de prisonniers politiques et arrêtant des dizaines d'autres dissidents.Au Zimbabwe, les chercheurs de Human Rights Watch ont continué à observer et rendre compte des violations des droits humains commises par l'ancien parti au gouvernement du Président Robert Mugabe contre ses partenaires et leurs partisans au sein du gouvernement decoalition. Human Rights Watch a aussi documenté les méthodes brutales employées par l'armée et par la police dans les mines de diamants de Marange pour contrôler l'accès aux mines et pour s'emparer de l'exploitation et du commerce non autorisés des diamants.Un rapport sur la Birmanie a présenté les cas de dizaines d'activistes politiques de premier plan, de moines bouddhistes, de militants ouvriers, de journalistes et d'artistes arrêtés depuis les manifestations pacifiques de 2007 et condamnés à des peines de prison draconiennes à l'issue de procès inéquitables.À Gaza et en Israël, Human Rights Watch a documenté des violations des lois de la guerre commises tant par Israël que par le Hamas. L'attaque militaire d'Israël contre Gaza il y a un an a comporté l'utilisation illégale de munitions au phosphore blanc, des meurtres de civils avec des missiles lancés par des drones, et des tirs dirigés contre des civils arborant des drapeaux blancs. Le Hamas ainsi que d'autres groupes armés palestiniens ont tiré des roquettes contre des centres de population israéliens ; le Hamas a tué des collaborateurs présumés et s'est rendu coupable d'abus contre des opposants politiques pendant la guerre.En Libye, Human Rights Watch a publié un rapport contenant des critiques envers le gouvernement lors d'une conférence de presse à Tripoli. Il s'agissait de la première conférence de presse ouverte en Libye. Le rapport expliquait que malgré la mise en place de certaines améliorations limitées, comme l'élargissement de l'espace de liberté d'expression, des lois répressives continuent à entraver les libertés d'expression et d'association, et les abus commis par l'Agence de sécurité intérieure demeurent la norme.
En République démocratique du Congo, Human Rights Watch a documenté les meurtres délibérés de plus de 1 400 civils, la récurrence de viols brutaux, ainsi que d'autres exactions commises par les forces gouvernementales et rebelles lors de deux opérations successives de l'armée congolaise contre une milice hutue rwandaise dans l'est du pays. Human Rights Watch a aussi rendu compte de graves défaillances dans l'opération de maintien de la paix de l'ONU au Congo qui ont limité sa capacité à protéger efficacement les civils. En Guinée, Human Rights Watch a publié un rapport détaillé sur les meurtres, les agressions sexuelles et autres exactions commises majoritairement par des membres de la Garde présidentielle d'élite lors de la répression d'un rassemblement de l'opposition dans la capitale. Les preuves recueillies laissent supposer que les attaques étaient planifiées à l'avance et correspondent à des crimes contre l'humanité.Human Rights Watch a conclu qu'en dépit du développement du mouvement des droits humains, les défenseurs de ces droits demeurent vulnérables et ont urgemment besoin du soutien des gouvernements respectueux des droits humains.« Les gouvernements qui se considèrent comme des partisans des droits humains restent trop souvent silencieux face à des exactions commises par des gouvernements alliés, invoquant des priorités diplomatiques ou économiques », a déploré Kenneth Roth. « Mais ce silence les rend complices des abus commis. La seule réponse appropriée aux graves violations des droits humains est d'exercer une plus grande pression sur leurs auteurs. »

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