mardi, juillet 18, 2006

"Israël accuse les autres de terrorisme, alors qu'il le pratique dans ses formes les plus dures"

Au sixième jour de la guerre dont le Liban est le théâtre, qu'entendez-vous faire ?
-Nous tentons de trouver un moyen de sortir de cette situation lourde de destructions et de malheurs. Nous cherchons à obtenir un cessez-le-feu immédiat et total, afin de traiter les causes et les conséquences de la capture de deux soldats israéliens (par le Hezbollah, le 12 juillet) et de régler la question des Libanais détenus en Israël depuis trente ans.
L'Etat est par ailleurs déterminé à étendre son autorité exclusive sur la totalité du territoire libanais, avec l'aide des Nations unies et de tous les pays frères et amis, et à aplanir parallèlement tous les problèmes qu'Israël refuse de régler et qui sont à l'origine des crises et des tensions.

Est-ce à dire que vous faites vôtre la demande du Hezbollah d'un échange de prisonniers ?
-La libération de détenus libanais est une demande légitime libanaise. Pourquoi l'attribuer au seul Hezbollah ? Comment pourrais-je ne pas me soucier de Libanais détenus dans les prisons israéliennes ? Lorsque je demande la cessation des violations de l'espace aérien par Israël, cela signifie-t-il que je fais mien le point de vue du Hezbollah ? Israël prétend qu'il veut en finir avec l'armement du Hezbollah. Je lui réponds : il existe un moyen simple d'y parvenir, c'est de trouver une solution aux problèmes.
Israël accuse les autres de terrorisme, alors qu'il le pratique lui-même dans ses formes les plus dures. Il crée des problèmes qu'il maintient à l'état de plaies ouvertes pour en faire usage comme moyen de pression. Je veux parler des Libanais qu'il détient, des mines qu'il a plantées au Liban sud et dont il refuse de nous donner les cartes, alors que des dizaines de personnes sont tuées et des dizaines d'autres sont défigurées depuis des années par l'explosion de tels engins.
Israël viole systématiquement notre espace aérien et nos eaux territoriales, continue d'occuper les fermes de Chebaa, un territoire libanais de 45 km2, dont il sait qu'il appartient au Liban. Comment expliquer un tel comportement sinon par la volonté de maintenir un état de tension et de faire pression sur le Liban ? L'absence de règlement définitif de ces problèmes endémiques favorise l'extrémisme. Les solutions à la va-vite et superficielles ne font qu'envenimer les choses.
Nous avons dit et répété que nous n'étions pas préalablement informés de la capture des deux soldats israéliens, que nous n'assumons pas la responsabilité de cet acte ni ne le faisons nôtre.

Les tueries et les destructions auxquelles se livre Israël pour les deux soldats capturés sont-elles acceptables ?
-Aujourd'hui, il y a eu un massacre dans le village de Aïtaroun et dans la ville de Tyr. Hier c'était dans les localités de Bayada et de Mirouahine. Les vies libanaises valent-elles si peu cher ?
Pourrez-vous convaincre le Hezbollah de votre démarche ? Etes-vous en contact avec lui ?
Il y aura des contacts. Les contacts n'ont jamais été interrompus et nous continuerons d'oeuvrer sans relâche, sur la base d'une position claire, en gardant à l'esprit les intérêts des Libanais et des Arabes. Nous sommes responsables du peuple libanais et nous nous emploierons à obtenir un cessez-le-feu, l'arrêt des massacres et de la machine infernale israélienne. Nous avons les idées claires, notre détermination est sans faille et nous défendons une cause juste.

Comment jugez-vous la responsabilité des casques bleus de la Force intérimaire des Nations unies pour le Liban (Finul), qui ont refusé, samedi 15 juillet, d'accueillir dans leurs locaux des habitants du village de Mirouahine qui, dans leur fuite, ont ensuite été tués par un bombardement ciblé israélien ?
-Nous enquêtons sur cette affaire. Mais les représentants de l'ONU m'ont dit que le groupe de citoyens assassinés par les Israéliens n'était pas celui que les casques bleus avaient refusé d'accueillir faute d'informations suffisantes. Quoi qu'il en soit, ne nous trompons pas de coupable : le coupable est Israël. C'est Israël qui a commis ce crime.
Le Conseil de sécurité de l'ONU n'a pas réussi à s'entendre sur un appel au cessez-le-feu, à cause notamment de l'attitude des Etats-Unis qui disent pourtant qu'ils sont les amis du Liban...
Ils sont nos amis mais leur amitié pour d'autres (Israël) est plus grande.

Que pensez-vous de l'attitude de la France ?
-Je me suis entretenu avec le premier ministre (Dominique de Villepin) et le ministre des affaires étrangères (Philippe Douste-Blazy) et leur ai exposé nos demandes légitimes. Nous apprécions beaucoup le soutien que la France n'a cessé d'apporter au Liban et l'amitié de l'administration et du peuple français pour le peuple libanais.
Nous savons gré au président Chirac de ses efforts pour aider le Liban, qu'il porte dans sa conscience aux côtés de la France. Nous sommes convaincus qu'il ne ménagera aucun moyen ni aucune occasion pour soutenir nos demandes.

Qu'en est-il d'une proposition israélienne que vous aurait transmise votre homologue italien, Romano Prodi, et qui prévoirait un cessez-le-feu sous condition du déploiement de l'armée libanaise au sud et le repli du Hezbollah ?
-Soyons clairs : M. Prodi, qui est un ami de longue date du Liban, m'a simplement rapporté le contenu d'une conversation qu'il a eue avec M. Olmert (premier ministre israélien). Il n'était pas question d'une proposition officielle.

Propos recueillis par Mouna Naïm
Article paru dans l'édition du 18.07.06
© Le Monde.fr

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