samedi, juillet 15, 2006

Le Hezbollah en «guerre ouverte»

Un Égyptien hurle des slogans anti-israéliens dans une mosquée du Caire où vient de se terminer la prière du vendredi. La rue arabe a manifesté dans plusieurs villes du Proche-Orient, hier, contre l’offensive militaire israélienne à Gaza et au Liban. Des manifestations ont également eu lieu dans la bande de Gaza, en Jordanie, en Irak et en Iran. -->Agence France-Presse

Beyrouth -- Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a déclaré hier soir une «guerre ouverte» contre Israël peu après avoir échappé à un raid israélien à Beyrouth, alors que l'armée israélienne poursuivait ses attaques destructrices au Liban.

«Vous vouliez une guerre ouverte, vous l'aurez», a déclaré cheikh Nasrallah, s'adressant à Israël, dans un discours retransmis par la chaîne de télévision al-Manar, peu après avoir échappé à un raid israélien ayant détruit ses bureaux et son domicile. Il a aussi affirmé que la branche armée du Hezbollah avait détruit hier un bâtiment de guerre israélien au large de Beyrouth, tandis que l'armée israélienne a reconnu des «dégâts légers». La police libanaise a rapporté que deux missiles, tirés depuis la banlieue sud de Beyrouth, avaient visé ce bâtiment de guerre, alors que le quotidien israélien Haaretz parlait d'«un drone chargé d'explosifs» qui aurait touché le navire. La chaîne satellitaire arabe al-Jazira a indiqué pour sa part que quatre soldats israéliens étaient portés disparus après cette attaque. Devant cette escalade de la violence qui fait craindre un conflit régional, à New York, le Conseil de sécurité de l'ONU a tenu une réunion d'urgence. La réunion s'est achevée sans demande de cessez-le-feu, qui avait été réclamé par le Liban. Les débats ont illustré les divisions au sein du Conseil, les États-Unis s'abstenant de critiquer Israël et même d'appeler à la retenue, tandis que la France condamnait «le caractère disproportionné de la riposte» de l'État hébreu. L'Arabie Saoudite a critiqué indirectement les agissements du Hezbollah, qualifiant ceux-ci «d'aventurisme».
Le premier ministre israélien, Éhoud Olmert, qui a donné hier soir son feu vert à l'armée pour la poursuite des attaques au Liban contre de nouvelles cibles, avait posé trois conditions à un cessez-le-feu : la libération des deux soldats enlevés, l'arrêt des tirs de roquettes vers Israël et l'application d'une résolution de l'ONU sur le désarmement du mouvement chiite.
Lors d'une interview télévisée, à l'occasion de la fête nationale française, le président français, Jacques Chirac, s'est demandé hier s'il n'y avait «pas une volonté de détruire le Liban», tout en dénonçant le Hamas palestinien et le Hezbollah libanais et les pays qui les soutiennent dans la région.
M. Chirac s'est déclaré «consterné par ce qui se passe actuellement au Proche-Orient» et a qualifié de «disproportionnées» les «réactions actuelles» dans la région.
«On peut se demander s'il n'y a pas une volonté de détruire le Liban, ses équipements, ses routes, ses communications, son énergie, son aérodrome, et pourquoi ?», a dit M.
Chirac, en référence aux bombardements israéliens en territoire libanais, qui ont visé notamment l'aéroport de Beyrouth. «Tout le monde est responsable» de l'escalade de la violence, a toutefois ajouté le président. Il a vivement dénoncé les initiatives «prises de manière tout à fait irresponsables» par le Hamas palestinien, organisation considérée comme terroriste par l'UE et les États-Unis, et le Hezbollah chiite libanais, accusé d'être soutenu par l'Iran et la Syrie. Mercredi, deux soldats ont été enlevés par le Hezbollah et huit ont été tués à la frontière libanaise, entraînant le déclenchement d'une offensive au sud du Liban.

Une première offensive de l'armée israélienne avait été lancée le 27 juin contre la bande de Gaza, au surlendemain de l'enlèvement d'un caporal par un commando palestinien à la lisière de la bande de Gaza. Les trois soldats israéliens enlevés sont «vivants» et leur état de santé est «acceptable», a déclaré le chef d'état-major israélien Dan Haloutz.
Les ravisseurs réclament un échange entre les soldats capturés et des détenus palestiniens et libanais en Israël, ce que le gouvernement israélien refuse.
Par ailleurs, le ministère palestinien de l'Économie à Gaza a été gravement endommagé la nuit dernière par un raid aérien israélien, selon des sources de sécurité palestiniennes. Depuis son début, l'offensive a fait 66 morts et 193 blessés au Liban.
En Israël, quatre civils ont été tués depuis mercredi par des tirs de roquettes depuis le sud du Liban. Israël a intensifié et étendu ses raids au Liban, soumis à un blocus aérien, maritime et terrestre quasiment étanche. Des avions israéliens ont bombardé à plusieurs reprises hier la banlieue sud de Beyrouth, où se trouve le commandement du Hezbollah.
L'aviation, l'artillerie et la marine israéliennes ont détruit une vingtaine de ponts, coupé des routes et incendié des dépôts de carburants de la centrale électrique de Jiyé, sur le littoral au sud de Beyrouth. La route Beyrouth-Damas, l'une des seules voies qui restaient pour sortir du pays, a été bombardée à plusieurs reprises et coupée à la circulation.
Les Libanais et les touristes s'y sont retrouvés bloqués, alors que plus de 12 000 ressortissants du Golfe avaient pu l'emprunter jeudi. Des passages par la montagne semblaient être les dernières voies possibles pour quitter le pays.
L'aéroport international de Beyrouth, fermé depuis un premier bombardement jeudi, a été de nouveau visé par l'armée israélienne. Ont également été touchés l'aéroport militaire de Rayak (près de la frontière syrienne), un camp palestinien prosyrien à proximité, des bases du Hezbollah et de l'armée libanaise et de nombreuses habitations.
Des milliers de Libanais chiites ont fui hier en début de soirée des villages frontaliers d'Israël à la suite des ultimatums de l'armée israélienne et des tirs provenant des bâtiments de guerre. Des responsables militaires israéliens ont indiqué qu'ils comptaient créer une zone tampon au Liban-Sud pour empêcher le Hezbollah d'opérer à partir de la zone frontalière et pour mettre les agglomérations du nord d'Israël hors de portée des tirs de roquettes.
Selon l'armée israélienne, plus de 100 roquettes ont été tirées hier en direction d'Israël par le Hezbollah. Hier dans la soirée, une délégation dépêchée par le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, est arrivée au Caire «pour aider à désamorcer la crise majeure».
La délégation a eu un entretien avec le secrétaire général de la Ligue arabe.
Elle doit également se rendre en Israël, dans les territoires palestiniens, au Liban, en Syrie et en Jordanie.

Édition du samedi 15 et du dimanche 16 juillet 2006
ledevoir.com/2006/07/15/113796.html

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