mercredi, septembre 20, 2006

Prison de Guantanamo : A quand la fermeture ?

Cinq ans après les attentats de New York qui ont frappé les tours jumelles du World Trade Center, l’administration Bush semble déterminée à ne pas fermer la très controversée prison de Guantanamo malgré les nombreuses pressions des organisations de défense des droits de l’homme.

Alors que partout dans le monde, les Américains commémorent ce triste anniversaire, la polémique ne cesse d’enfler sur le maintien de cette prison.
Engagée dans une logique de guerre mondiale contre le terrorisme international depuis le 11 septembre 2001, la Maison-Blanche sous la pression des faucons du Pentagone et des nombreux lobbies, a réaffirmé la nécessité de garder les prisonniers en lieu sûr, ce lieu étant, selon George Bush, la prison de Guantanamo.
Cette prison, pour lui, permet de garder des hommes dangereux dans un lieu d’où ils ne pourraient pas s’enfuir.Pourtant, de plus en plus de voix s’élèvent pour réclamer la fermeture de cette prison pour l’instant sans succès.
C’est en fait la crise des fusées qui permit aux Américains d’intervenir sur l’île de Cuba. A l’époque (en 1961), le président américain John Kennedy ne supportait pas d’avoir des fusées braquées sur son pays par l’Union Soviétique dirigée par Nikita Khroutchev. On frôle alors la guerre nucléaire et on parle d’équilibre de la terreur. Prenant prétexte de vieux conflit et même après le retrait des fusées soviétiques, les Américains vont y rester au motif de surveiller les activités militaires, sachant que le président cubain, Fidèle Castro est un pro-soviétique. En échange de leur présence sur l’île, les Américains vont proposer de verser annuellement une somme d’argent à Cuba, proposition balayée du revers de la main par le leader cubain. Mais cela n’a pas empêché les Américains de se maintenir sur l’île pour y installer une base militaire puis aujourd’hui, une prison qui accueille les prisonniers capturés lors de la guerre d’Afghanistan en 2001.
Pourtant, les nombreuses violations du droit international humanitaire notamment les conventions de Genève sur la protection des prisonniers de guerre ont interpellé l’opinion internationale. Les récents « suicides suspects » de prisonniers (morts par pendaison malgré tout l’armada sécuritaire) ont attisé les soupçons sur les traitements subis par ces prisonniers. Certains d’entre eux sont libérés blanchis mais au compte-gouttes. D’autres inculpés, de nationalité étrangère sont jugés. Mais tous ceux qui y sortent, rapportent des traitements dégradants, des traumatismes, psychiques visant à démoraliser complètement les détenus. Ajouté à cela le fait que beaucoup d’entre eux ne savent même pas ce qui leur est reproché puisque n’étant pas inculpés. Qualifiés de terroristes, ils n’ont pas de statut et ne peuvent donc pas bénéficier des protections accordées par les conventions internationales. Ils sont donc exposés à toutes sortes de sévices.
D’ailleurs, deux Français d’origine maghrébine, ex-détenus de cette prison et récemment jugés puis condamnés en France, ont révélé à la stupeur de l’opinion internationale, que certains prisonniers de Guantanamo reçoivent la visite des agents de la DST (Direction de la surveillance du territoire). Cette révélation a surpris plus d’un, car les autorités françaises officiellement réclament la fermeture de cette prison. Mais cela montre en effet tout le décalage entre les discours officiels et la réalité de la politique internationale.
Pour la plupart, les prisonniers de Guantanamo sont des combattants talibans formés par la CIA (Central Intelligence Agency) à l’époque pour combattre les Soviétiques en Afghanistan. Mais, elle abrite aussi des prisonniers accusés d’être des terroristes dangereux, membres du réseau Al Quaïda et des personnes arrêtées sur la foi des renseignements de la CIA ou des forces spéciales américaines déployées, notamment en Afghanistan et en Irak, des renseignements pas forcément exacts.
Cette prison qui est le symbole même de la violation du droit international rentre dans le cadre d’un mouvement plus vaste déclenché par les stratèges de la Maison-Blanche contre Oussama Ben Laden et son réseau Al Quaïda. Mais les résultats sont plus que mitigés car cette prison continue d’apporter de l’eau au moulin des fondamentalistes musulmans.
Ces personnes qui prêchent quotidiennement la destruction des Etats Unis et de l’Etat sioniste peuvent compter sur Guantanamo pour rallier des milliers de jeunes à l’intégrisme religieux.
Ces jeunes utilisés comme des bombes en circulation continuent de semer la mort,que ce soit en Irak, en Espagne, en Angleterre, en Afghanistan ou dans les territoires palestiniens. Cette montée en puissance du fanatisme religieux, alimenté par les nombreuses injustices comme la prison de Guantanamo, est ignorée par l’administration Bush. Car en réalité, la pression des familles des victimes des attentats de New York est toujours assez forte. Cette prison permet de nourrir l’espoir d’une sorte de justice pour les familles car, rappelons-le, le principal suspect, Oussama Ben Laden est toujours en cavale. On se souvient encore que sous la pression des familles des victimes et à défaut de preuves, les juges avaient fini par condamner à la prison à vie, Zakarias Moussaoui, seul prévenu dans les attentats du 11 septembre 2001.
Plus récemment encore, le président américain avait signé une loi qui créait des tribunaux à Guantanamo pour y juger les détenus. Mais un recours de l’ancien chauffeur d’Oussama Ben Laden détenu sur l’île, avait donné l’occasion à la Cour suprême américaine d’annuler cette loi car jugée contraire à la Constitution fédérale. La Cour suprême est allée même plus loin en estimant que George Bush a excédé ses pouvoirs en prenant cette loi.
Selon la Cour, seuls des tribunaux situés sur le sol américain peuvent juger ces prisonniers (le président américain estimait que le transfert des prisonniers aux USA serait dangereux). Cette décision permet de constater qu’il reste encore des partisans du respect du droit international dans un pays où on conditionne l’aide aux pays africains par la démocratie et le respect des droits de l’homme.
Les révélations des tortures pratiquées sur les prisonniers irakiens à Abou Qaïb et la fermeture récente de cette prison permettent d’espérer une prochaine fermeture de Guantanamo. De même, les révélations des prisons secrètes de la CIA en Europe (Pologne, République Tchèque) permettent d’entretenir cet espoir même si interpellé sur la question le 8 septembre dernier, George Bush semblait toujours inflexible sur sa position.
En effet, pendant combien de temps le président américain résistera-t-il aux pressions de la communauté internationale, lui qui reproche à l’Iran de ne pas respecter le traité de non prolifération nucléaire et de vouloir se doter de la bombe atomique ?
Pierre Claver MILLOGO (Stagiaire) / Sidwaya / mercredi 20 septembre 2006.

http://www.lefaso.net/
Droits de l'Homme

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