dimanche, mai 06, 2007

Petite explication de la mondialisation

Je profite de mes connaissances acquises au cours de mon année d’agrégation pour expliquer de façon simple la mondialisation. Pour les chiffres exacts et des analyses plus complexes, je vous invite à lire des ouvrages de géographes (Pierre Veltz, Olivier Dollfuss et Laurent Carroué et pour les effets destructeurs et pervers de la mondialisation les livres du suisse Jean Ziegler.
dimanche 6 mai 2007 par rikomer / Altermonde-levillage

La mondialisation a pour définition première : "l’extension du système capitaliste à l’échelle du globe". Il y a eu plusieurs mondialisations avant celle que nous connaissons aujourd’hui mais cette dernière est loin d’être un discours, elle repose depuis une trentaine d’années sur des faits concrets qui méritent d’être exposés.
La mondialisation actuelle a démarré avec Margaret Thatcher et Ronald Reagan à la fin des années 70. Il s’agit d’une déréglementation mondiale décidée par les puissances anglo-saxonnes (le fameux groupe des Chicago Boys) et étendue à toute l’Europe grâce (ou à cause) de l’Union Européenne. Pour le reste du monde, la mondialisation est subie différemment ; la déréglementation s’opère via le FMI et la Banque mondiale sous couvert de venir en aide aux pays surrendettés. La mondialisation s’est ensuite renforcée avec les progrès des communications, la chute du communisme et surtout la création de grands marchés internationaux (l’Union Européenne, l’ALENA ...) désarmant les nations en matière économique. La mondialisation est d’abord financière : le capital est libéré (d’où "libéralisme", il peut franchir toutes les frontières, quasi instantanément. Se multiplient zones franches et paradis fiscaux. Priorité est donnée à l’investissement par actionnariat. Explosent alors les revenus du capital. Des entreprises transnationales deviennent plus puissantes que la majorité des Etats (en 2003, sur les 100 premiers Etats et entreprises mondiales du point de vue des revenus, 51 sont des entreprises !). Le phénomène est tel qu’aujourd’hui les géographes ont abandonné le "PNB" comme indicateur fiable concernant les pays (le produit national brut ne veut plus rien dire car des entreprises françaises peuvent aujourd’hui avoir l’essentiel de leurs salariés, de leurs capitaux et de leurs bénéfices à l’étranger, la nationalité n’étant plus qu’une étiquette). La mondialisation a également rendu complètement irréalistes les indicateurs macro-économiques. En effet, un pays comme le Mexique peut avoir d’excellents résultats économiques sur le plan des échanges mondiaux (exportations multipliées du fait des maquiladoras, zones franches où les entreprises états-uniennes produisent sans être taxées et avec une main-d’oeuvre mexicaine sans droits sociaux, docile et sous-payée) et pourtant, ces bons résultats ne profitent pas dans la réalité au pays, les bénéfices des exportations n’étant pas redistribués et se concentrant aux Etats-Unis, au Japon ou en Europe Occidentale. Ce phénomène concerne aussi la France ; il est désormais inutile de regarder notre fameuse "croissance" et cela est dit par des économistes très sérieux. Selon Dollfus, les centres mondiaux qui accumulent le capital sont "déterritorialisés", la Défense, la City, Mannhattan peuvent s’enrichir et la misère à quelques km se multiplier. La misère est désormais plus difficile à vivre dans les pays riches réglementés et fliqués à l’extrême que dans les pays pauvres où on peut "se débrouiller" pour survivre.
Pour éviter le jargon des économistes, on peut dire que la mondialisation consiste en la mise en concurrence globale de tous les individus, de toutes les régions et de toutes les villes dans tous les domaines. Progressivement tout devient marchandise et ouvert à la concurrence (énergie, cinéma, autoroutes, etc...). Il faut donc mettre fin à tous les monopoles d’Etat et à tout domaine public. Cela est la politique de l’Union Européenne.
Cette mise en concurrence globale donne aux entreprises transnationales, celles qui fonctionnent en réseau sur toute l’étendue de la planète, la liberté totale de choisir entre les individus et les sites selon les coûts salariaux, le coût du transport, les taxes, le niveau de formation des populations, les infrastructures, la qualité des services disponibles.
C’est pourquoi il est apparu vital aux politiques de tous les pays, régions ou villes occidentaux d’abaisser les taxes et droits de douanes à presque rien sur tous les produits (au cours des cycles du GATT aujourd’hui OMC), de réduire les coûts des infrastructures portuaires (en privatisant, modernisant pour accueillir des porte-conteneurs géants, et en diminuant le nombre de fonctionnaires), de diminuer les coûts salariaux et les contraintes liées au droit du travail, d’investir dans les infrastructures (ports, aéroports, autoroutes) et les services de qualité (universités, centres de recherche, hôpitaux, etc.). Le capital désormais compare avant d’investir et le local cherche à l’attirer à tous prix. Il peut venir très rapidement dans une région (on l’a dit "branchée) et en partir aussi très vite quand les avantages sont meilleurs ailleurs ou bien parce que le pays n’est plus aussi avantageux (réformes sociales, guerre, etc.). Sont avantagés les "villes-mondes" comme Paris, Tokyo, Londres ou New-York, villes populeuses qui cumulent les avantages : connectées entre elles, capital concentré, classes moyennes réservoir de consommation pour les entreprises, universités prestigieuses, grandes écoles, population bien formée utile pour les services aux entreprises, le markéting, assurances, recherche, conception, finance. Ces villes ont un pourcentage important d’emplois dits "stratégiques" : ingénieurs, chercheurs, etc. La France, contrairement aux idées reçues a dans ce domaine des gens compétents et sous-payés (ingénieurs payés 2000-3000 euros à Paris, une misère par rapport aux autres pays, surtout quand le loyer dépasse les 1000 euros !). Les prix explosent dans les centres mondiaux. Mais pour les autres, la concurrence sur le marché du travail exclut un nombre croissant de gens, condamnés au R.M.I., au S.M.I.C. et aux logements sociaux. Ces dix dernières années, les ventes de produits de luxe (la plupart importés : porches, ferraris, montres suisses...) ont progressés et le nombre de "travailleurs pauvres" aussi.
Ainsi nous voici condamnés à deux choix : soit "se vendre" en faisant des populations les travailleurs les plus dociles, les mieux formés, les plus productifs et les moins payés possibles dans les régions les mieux desservies, etc. soit refuser la logique libérale et être alors évité par le capital ("débranché", marginalisé par le reste du monde, voire subir des sanctions économiques (comme Cuba).
La mondialisation libérale engendre un phénomène de prostitution des populations, se vendant au plus offrant pour espérer gagner des miettes de consommation. Une analyse de Ziegler dit que le libéralisme n’a pu être total jusqu’en 1989 à cause de la concurrence du communisme. Depuis, ils se lâchent totalement et n’ont plus besoin d’assurer aux populations un minimum de niveau de vie. Cela se traduit par une explosion des échanges marchands, une concentration des multinationales et la répartition globale des différents sites des entreprises transnationales selon une logique inégalitaire : la production simple là où ça coûte le moins cher (en Chine), la recherche, les directions, la conception dans les pôles occidentaux, les matières premières pillées dans les pays les plus pauvres où tout se vend à pas cher (l’Afrique). Par exemple le Centrafrique, pays qui n’a pratiquement plus d’Etat, géré par le FMI, vend toutes ses ressources aux firmes transnationales : toutes ses forêts sont données en concessions forestières et aucune règle de gestion harmonieuse des forêts n’est appliquée, le pillage est total. De même les diamants sont achetés des bouchées de pain par la mafia russe qui utilise cette liberté pour blanchir l’argent sale. Tous les pays qui vendent leurs ressources aux plus offrants sont pillés sans voir les bénéfices leur revenir (scandale d’Elf au Congo Brazzaville). En Europe ou en France, ce phénomène se traduit par la multiplication des rentes offertes à quelques uns : autoroutes, énergie, téléphone, internet, tout est fait pour rendre dépendants les gens. Le cas des autoroutes est éclairant : les privatisations de secteurs qui ne peuvent pas se concurrencer aboutissent à l’augmentation des prix et à la détérioration du réseau. A Londres, capitale de la mondialisation, on ne peut pas emprunter le métro du nord au sud de la ville sans changer de station car des entreprises différentes se sont partagées le gâteau.
Les conséquences sont mondiales : augmentation spectaculaire (mesurée) du nombre des riches, explosion de la pauvreté et du nombre d’exclus y compris proches des zones les plus riches de la planète (les banlieues des métropoles mondiales), disparition des classes moyennes. Les riches se barricadent de plus en plus et développent la sécurité pour se protéger des autres, pillage de la planète, etc.
Je tiens à signaler que toutes mes remarques ne sont pas les élucubrations d’un anti-libéral primaire mais les observations de tout scientifique qui s’intéresse à la mondialisation (les géographes notamment).
6.5.07 11:52
Petite_explication_de_la_mondialisation

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