vendredi, septembre 12, 2008

L'Afghanistan s'enfonce dans le chaos

Une femme afghane et sa fille pleurent la mort d'un parent - Photo : Associated Press

Juillet a été un mois particulièrement sanglant, avec 326 tués dans différentes interventions militaires, le chiffre le plus élevé depuis le renversement du régime taliban.
vendredi 12 septembre 2008 / Angel Espino /

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Peut-être ne découvrirons-nous jamais ce qui s'est exactement passé à Azizabad au petit matin du 22 Août dernier. Toutefois, le bombardement de ce village de la province d'Herat est en passe de devenir le point de non-retour dans les relations entre le Gouvernement de l'Afghanistan et la communauté internationale. Ce jour-là, une patrouille conjointe des forces américaines et afghanes a suivi la piste d'un partisan d'Al-Qaida. Ils sont arrivés avant l'aube à Azizabad. Les militaires insistent sur le fait qu'ils ont tiré en premier et affirment que, en plus d'une trentaine de Talibans, entre cinq et sept civils ont été tués, mais les autorités afghanes affirment que l'attaque était une erreur et qu'elle a fait 96 morts civils, dont 60 enfants et 15 femmes. L'ONU soutient la version des autorités afghanes.
C'était la goutte qui a fait déborder le vase. Après des mois de plaintes du nombre élevé de victimes civiles causées par des troupes étrangères dans leur lutte contre les insurgés, le gouvernement de Hamid Karzai a annoncé une révision des accords concernant les forces opérant en Afghanistan. "La présence de la communauté internationale en Afghanistan doit être réglementée sur la base de traités bilatéraux », selon le communiqué du Conseil des ministres afghans. Il appelle également à fixer des limites aux forces militaires et à « cesser immédiatement toute attaque aérienne contre des cibles civiles, les fouilles des maisons et les mises en détention illégales ».
En juillet, un autre bombardement américain a atteint une noce et a causé 47 morts, dont la mariée. Ce n'est pas la première fois que des bombes massacrent un mariage. Après le démenti officiel, l'armée a présenté ses excuses. Mais si dans la tuerie d'Azizabad la mort de 96 civils est confirmée, ce serait la plus grave depuis le renversement du régime taliban en 2001.
« Nous devons aller au fond de la question, » dit le représentant du secrétaire général de l'ONU pour l'Afghanistan, Kai Eide. « Pas sur le nombre de décès, mais sur la façon dont a pu se produire une chose pareille et sur ce que nous faisons maintenant », prévient ce diplomate norvégien, qui ordonne immédiatement sa propre enquête. La rapidité et la fermeté du rapport, qui à la base soutient la version du gouvernement afghan en parlant de « preuves crédibles » pour la mort de 90 civils, a secoué les chancelleries des pays occidentaux à Kaboul.
« C'était un pari risqué de Eide », explique un ambassadeur européen. « S'il gagne, nous serons obligés de repenser une stratégie pour laquelle nous n'avons pas suffisamment de soldats, et nous ne sommes pas disposés non plus à subir de nouvelles pertes, mais s'il ne gagne pas, sa crédibilité en pâtira », a ajouté la même source. Eide assume le risque. « Si je n'avais pas réagi rapidement à un évènement de cette ampleur, j'aurais été critiqué. Je pense que c'était la bonne décision », a t-il fait valoir, sans cacher qu'il se trouve sous pression autant de Karzaï que des États-Unis.
« Si des civils innocents meurent, les gens demandent pourquoi au gouvernement, et nous devons poser la même question à nos alliés », a déclaré le ministre sans portefeuille, Hedayat Amin Arsala. « Non seulement on crée des tensions avec la communauté internationale, mais aussi avec notre opinion publique, cela rend la lutte contre le terrorisme beaucoup plus difficile car cela donne des arguments à ceux contre lesquels on lutte. » Par conséquent, je défends la nécessité de « parvenir à un règlement qui permette de lutter contre le terrorisme et l'insurrection, tout en minimisant les pertes civiles. »
« Le président Karzai a droit à de meilleurs accords et peut compter sur mon soutien total », reconnaît le représentant de l'ONU après avoir rappelé que, malgré la faiblesse de l'Afghanistan comparée au poids de la communauté internationale , « nous parlons d'un État souverain ». Entrer dans ce débat est ouvrir la boîte de Pandore de l'immunité des troupes étrangères et du sort des prisonniers que les États-Unis maintiennent dans les limbes juridiques à Bagram, deux questions que Washington, le principal défenseur du président afghan, préfère ne pas aborder.
Sans aucun doute, le coup de colère de Karzai a beaucoup à voir avec les élections de l'année prochaine. Le soutien des Afghans à la présence des forces internationales est usé par les attaques contre les civils, ainsi que par l'infiltration et la propagande des insurgés. Tous les soirs depuis l'évènement de Azizabad, la télévision nationale recueille des témoignages d'anti-américanisme. En même temps, un consensus se dégage sur l'opportunité d'introduire plus de transparence et de coordination dans la manière dont fonctionnent ces forces.
« Ceci et d'autres cas antérieurs montrent que nous devons aller dans cette direction », admet Eide, convaincu que « certains d'entre eux auraient pu être évités avec une plus grande coordination et transparence entre forces armées ou groupes de sécurité ». Il sait de quoi il parle puisqu'il a été pendant six ans ambassadeur de son pays à l'OTAN. « Il y a tellement de forces sur le terrain ... et avec la complexité d'un grand nombre de ces opérations, je suis même surpris que nous opérions sans le niveau de coordination dont nous avons besoin. C'est surprenant et il faut y remédier », confie t-il avec un accent particulier sur le dernier mot qu'il prononce syllabe par syllabe.
En Afghanistan se déroulent deux opérations militaires en même temps et indépendante l'une de l'autre, bien que parfois difficiles à différencier. D'une part, la Force internationale d'assistance à la sécurité (mieux connu sous son sigle anglais, ISAF), établie dans les Accords de Bonn de décembre 2001 et en vertu de plusieurs résolutions de l'ONU, a étendu sa zone d'opérations à tout le pays depuis Kaboul. Depuis 2003, elle est sous le commandement de l'OTAN, bien qu'elle compte des troupes de 40 pays, dont les États-Unis. D'autre part, l'opération « Liberté durable », initiée par les États-Unis en Octobre 2001 contre al-Qaida et ses protecteurs Talibans, a continué sur le terrain en collaboration avec les forces de sécurité afghanes et la participation symbolique d'autres pays. C'est cette dernière par sa nature guerrière qui a causé le plus de victimes parmi la population civile et a subi le plus de pertes.
On parle de la nécessité d'unifier le commandement des deux opérations, mais plusieurs pays se montrent réticents. « Il est vrai que l'ISAF a la folie du pilotage des opérations et des mises en garde, mais 'Liberté durable' aussi, tandis que l'opération antiterroriste proprement dite, impliquant la CIA et les opérations spéciales des groupes agissent pour leur propre compte », justifie l'ambassadeur européen cité ci-dessus. « En outre, qui prendrait en charge Bagram. »
« Pour les Afghans, il n'existe aucune différence entre l'ISAF et 'Liberté durable' », note le prince Mustafa. « Tous les soldats portent un uniforme et ressemblent à des Européens, lorsque des erreurs surviennent, il faut les blâmer tous les deux. » Pour le petit-fils de feu le roi Zaher, qui a sauté dans l'arène politique au cours des derniers mois, ce qui s'est passé est intolérable.
La crise a mis en lumière les différences croissantes du gouvernement afghan avec ses alliés occidentaux. Tant par ce qu'elle perçoit comme un manque d'objectifs politiques de leur part, que par la déception de leur propre opinion publique. « La communauté internationale a mis l'accent sur l'intervention militaire et au sein du gouvernement, plutôt que sur la société civile, ce qui contribue à creuser la brèche entre les Afghans et leurs dirigeants qui augmente de jour en jour », analyse Aziz Rafiee, directeur du Forum pour la société civile afghane.
Certaines voix vont même plus loin en appelant ouvertement au retrait des troupes. « Les soldats étrangers sont victimes des mauvaises politiques de leur pays. Ils doivent quitter l'Afghanistan », a déclaré la députée Joya Malalai, indifférente à ceux qui craignent que cela conduise à une guerre civile. « La situation actuelle ne peut pas être pire. La communauté internationale ne nous a apporté ni la sécurité ni la liberté », maintient-elle. L'opinion de Malalai, (une femme expulsée du Parlement pour avoir insulté ses collègues) est encore minoritaire, mais elle progresse, en particulier dans les zones rurales du sud, où on a presque pas bénéficié de ces changements.
« Peut-être sommes-nous dans l'erreur depuis le début, » admet le ministre Arsala. « La décision [américaine] de faire passer la lutte contre le terrorisme avant le développement du pays a contribué à la situation que nous vivons aujourd'hui. » A son avis, « la priorité aurait dû être donnée au contraire à l'Afghanistan ». Le ministre est convaincu que si l'État avait été plus fort, les Talibans n'auraient pas gagné de terrain ou seraient devenus un obstacle mineur. « Ils n'ont pas gagné. Seulement ils nous rendent les choses plus difficiles », conclut-il.
En tout état de cause, l'urgence d'un changement de direction fait l'unanimité. Shah Massoud, le célèbre libraire de Kaboul, l'exprime d'une manière très imagée. « Quand un ordinateur est bloqué , nous devons l'arrêter et redémarrer. De la même façon, la communauté internationale en Afghanistan doit reprendre sur de nouvelles bases, car les bases actuelles ont échoué. »
« Mort aux Américains ! »
« Mort aux Américains ! Mort à Karzaï ! » criaient lundi des centaines d'Afghans en colère tout en parcourant la route de Jalalabad à la hauteur de Hud Kheil, un quartier à l'est de Kaboul. C'était le premier jour du Ramadan et les manifestants, en majorité des jeunes apparemment sans travail, ont réagi devant l'exhibition du corps d'un homme et de ses deux enfants en bas âge, qui selon les voisins avaient été tués le matin lors de la fouille de leur logement. La mère, gravement blessée serait morte à l'hôpital.
L'important n'était pas que le quartier général de l'OTAN comme le porte-parole des forces américaines en Afghanistan aient nié leur implication dans cette affaire. La sensibilité concernant les « dommages collatéraux », euphémisme utilisé par l'armée pour citer les victimes civiles, est à fleur de peau en Afghanistan. Et avec raison. Au cours des sept premiers mois de 2008, il y a eu 1115 morts civils, selon les données enregistrées par l'ONU. Cela représente 24% de plus que les 902 enregistrées pendant la même période l'an dernier. Juillet a été un mois particulièrement sanglant, avec 326 tués dans différentes interventions militaires, le chiffre le plus élevé depuis le renversement du régime taliban.
« Nous sommes de plus en plus préoccupés par l'augmentation du nombre de victimes civiles », admet M. Kai Eide, représentant du secrétaire général de l'ONU en Afghanistan. Mais à ce jour de l'année, « l'insurrection a fait beaucoup plus de victimes que les militaires. »
Les données officielles sont là et son bureau des droits de l'homme exhibe des statistiques dans lesquelles on peut voir que les « éléments antigouvernementaux » ont causé 61% du total des victimes civiles entre janvier et juin. La plupart (482) sont le résultat d'attentats-suicide et de bombes en bordure de route, mais également attribué à 108 exécutions sommaires, qui causent rarement des manifestations de rejet.
Les organisations de défense des droits de l'homme et les journalistes peuvent rarement vérifier les données sur le terrain en raison des difficultés à se déplacer.

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