samedi, juin 12, 2010

Le silence frappe à la porte

Ma prison est de silence
de non-dit
de non-entendu
de non-répondu
A travers ses barreaux mon regard scrute l'abîme du non-étant
Ni soleil
Ni nuit
Ni couleur
Ni son
Rien
ou plus exactement le non-rien
le vide

Parfois
comme une bulle remontant du fond d'un étang oublié
un souvenir explose à la surface de ma mémoire
Celui de ces aurores de matin calme
qui
même si elles étaient nées de nuits agitées, voire tourmentées, orageuses, sismiques
blanches, multicolores, fumeuses…
de ces nuits prises de folie au point de se prendre pour des jours
célébraient cette beauté si simple
et pourtant si cosmique
celle de la bonté du partage
d'un sourire
d'une main
d'un rire
d'un sourire
d'un silence
du silence plus éloquent qu'un discours
Alors
pensif
je me demande pourquoi mes pensées
surtout celles travesties de rêves
pâles rayons de ce qui fut mon espérance
s'acharnent à m'inviter à gravir l'escarpement grotesque de ma quotidienneté
quand le quotidien
n'est plus le chemin parcouru entre deux instants
mais une attente
de ce qui ne sera pas
puisque plus rien ne peut être
quand le non-être n'est plus seulement un masque
une apparence
mais l'en-soi
le squelette d'une
illusion

Ma prison
est celle dont on ne s'échappe pas
puisqu'elle est celle de l'exil
Exil des autres
Exil par les autres
Mais aussi exil de soi-même

Ma prison
est un univers
dont on ne sait s'il est kafkaïen
ubuesque
mais qui ne cesse de grandir
comme cette révolte en moi
et personne ne devine
parce que

Ma prison est de silence
de non-dit
de non-entendu
de non-répondu
A travers ses barreaux mon regard scrute l'abîme du non-étant
Ni soleil
Ni nuit
Ni couleur
Ni son
Rien
ou plus exactement le non-rien
le vide

Je sais que je peux m'évader de cette prison
d'ailleurs à quoi bon
pour aller où
si ce n'est une autre prison
puisqu'elle est mon effacement par les autres
et que dans l'annuaire des vivants
je ne suis plus qu'une page presque blanche
vide
déjà en train de jaunir de l'oubli de celles et de ceux
qui
assurément par mégarde
l'ont tant soit peu écrite ou lue avec moi
la page d'une vie en train de s'effacer

S'effacer soi-même plutôt que d'être effacé
n'est-ce pas la forme ultime de la révolte d'un homme libre
qui
en s'anéantissant
affirme son être
au moment même où
refusant le non-être dans lequel il a été enfermé
il va pouvoir être une dernière fois
juste le temps d'être illuminé de la douceur de la dernière aurore d'un dernier regard
le sien
13/03/02
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