mardi, juillet 18, 2006

Ô MÈRES !

Mères du Monde entier,
à quand notre mot de passe
pour enterrer la guerre,
vraie parole de femme, parole d’amour,
distillée à nos petits d’hommes
dès leur séjour dans notre cœur ?
Jusqu’ici, hélas, Mères,
nous n’avons rien trouvé à dire de convainquant.
Quel indécent mutisme!
Et quel lent supplice
pour un monde à l'envers et violent...
Un monde souffrant de démence.
De bruit. Et de notre silence
Nous avons étouffé nos mots
dedans nos cris, dedans nos plaints,
dedans nos sourires contraints
dans nos corsages, sous nos jupons,
entre nos cuisses...
dans les cuisines, dans les hospices,
sur les écrans,
dans les "mines-de-rien" des salons,
dans les églises…
Nous avons ravalé nos paroles
avec nos larmes et nos soupirs... de séduction.
Paroles encore trop soumises
ou timides.
Ou parfois, pour tout dire, nous avons laissé
s’échapper des mots,
des mots injustes, des mots de trop,
paroles incontinentes et blessantes,
paroles de poing,
armes défensives, offensives,
paroles piquées de venin,
fausses, masquées, ou mesquines,
douces-amères, bavardes, frivoles,
encore tout enflées de non-dit,
ou paroles presque folles
de regret, de rage ou d'envie,
aussi violentes pour les âmes
que viols d'homme pour les corps et les esprits.
Inséparables, ô Mères,
ces deux crimes contre la personne
et l’Humanité !
jumelés... mariés,
à la vie, à la mort !
Pour l’Amour,
rompons ce sombre accord.
De toutes les sortes de guerres,
nous avons à guérir aujourd'hui
avec nos fils blessés, mutilés,
trop souvent abattus,
sur le champ,
au grand jour,
sacrifiés pour rien.
sans mot dire à leur tour...

La violence,
leur avons-nous crié à l’oreille,
c’est votre affaire.
c'est l’affaire des hommes,
c'est leur monde,
c'est leur lot,
c'est leur architecture,
c'est leur prison
Mais nous y sommes encore,
enfermées avec eux,
acceptant barreaux et serrures,
complices des souillures
et de l’obscurité.
Car sur tous les envers de médailles,
sur la peur derrière les courages,
la nôtre, la leur,
sur chaque dessous des dentelles,
sur la cire brûlante des cierges,
sur le dedans des fusils
comme sur le tranchant des couteaux
et sur le bord heurtant des ailes,
nous, Mères,
nous sommes restées muettes.
Silence...
Pendant que nos petits s'inventaient des guerres,
des victoires et des galons,
nous les avons laissé faire...
sans vergogne.
Nous les avons laissé, sans gêne,
se durcir, marcher au pas,
et s'entraîner pour la haine pour l'horreur,
pour le pire.
Fières de nos petits soldats pour rire...
nous les avons laissé jouer, sans contrition, avec le feu,
soldats de cire, soldats de bois,
soldats de plomb, soldats de fer,
nous les avons laissé partir, sans manières,
au combat.
Là, ils ne jouent pas, ils tuent : des enfants, des frères, des mères…
Et ils tombent, soldats de chair,
blessés au Front.
Croix et calvaire,
Désolation...
C’en est assez !
Rompons !
Au plus grand plaisir de leurs pères,
nous avons élevé, comme il faut,
des petits guerriers de réserves,
des fils chairs-à-canons,
sur l'autel mâle de la puissance.
Quelle mortifère déférence !
"Des hommes forts", avons-nous dit,
comme en écho à leurs fusils et à leur casses,
Pas de peur, pas de pleurs, promis :
ils seront braves et vaillants.
Cuirassés sans cœur,
derrière blindés et chars d’assaut,
ils défendront enfants, pays,
argent, pétrole, tyrans d’ici
et châteaux en Esapgne.
Violeurs des mille et une nuits,
ils verseront, dans le désert, leur sang et leurs entrailles,
et se crèveront la peau pour que le plus fort gagne.
Mais nous la faisons avec eux, la guerre,
bien plus souvent que l'amour
pour que la Terre tremble ainsi,
peureuse, menacée, épuisée entre nos mains blanches,
Terre battue, abusée, depuis longtemps, depuis toujours.
So. So So... Nous avons été solidaires de la folie…
ô Mères ! So stupid !
Rompons.
Pour la suite du Monde,
cessons nos connivences
avec cet immonde gâchis,
cette Babel de violence.
Vite, parlons d’aimer.
Retrouvons la Parole cachée
pour mieux l’entendre, la dévoiler,
la murmurer, la scander, la jurer,
la crier sur les toits,
Ne plus jamais la taire
Pour le repos de nos frères,
Inventons, avec ces mots-là,
une comptine, une berceuse,
un poème, un air inédit
qui soulagera la Planète,
ouvrira les yeux de la Vie,
Oui, écrivons, avec ces mots-là,
une "nouvelle testamante"
une évangile du cœur
Pour que survive la Terre:
Repos, guerriers. S
oldats, rompez !
Nicole Hébert
image:krysstal.com/images/ democracy_palestine_o...
La Poésie

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