jeudi, juillet 17, 2008

Les criminels, c’est toujours les autres

Annoncée en primeur par les Américains qui ont exercé des chantages poussés sur de nombreux Etats pour ne pas ratifier le traité sur la Cour pénale internationale (CPI), la décision du procureur de cette cour d’inculper Omar Al-Bachir pour génocide est entachée de forte suspicion.
M. Saâdoune - Le Quotidien d’Oran

Elle ne relève pas du droit mais de la politique. De la basse politique. Si Omar Al-Bachir est comptable, du fait même de sa responsabilité politique, de ce qui se passe au Soudan, pourquoi la CPI ne ferait pas « l’effort » simple d’aller au bout de sa logique et de constater que George W. Bush et Tony Blair sont comptables des carnages qui ont eu lieu en Irak ? Pourquoi, en effet, l’idée de poursuivre des chefs d’Etat occidentaux si manifestement coupables de crimes contre les hommes et les peuples, n’effleure même pas le procureur de la Cour pénale internationale ?
Cela aurait été pourtant d’une pédagogie exemplaire pour le monde entier et cela aurait donné un sens sérieux à une justice pénale qui serait devenue réellement internationale et non pas américaine ou occidentale.
Mais cela est bien impossible : dans la psyché des dominants, les criminels, ce sont exclusivement les « autres ». Eux-mêmes, quand ils tuent et massacrent, seraient automatiquement blanchis par la pureté de leurs intentions démocratiques. La « civilisation » ne massacre jamais, même si ses victimes se comptent par centaines de milliers. Elle ne peut pas commettre de crimes contre l’humanité car elle serait l’incarnation de l’humanité, à l’exclusion de tous les autres.
Omar Al-Bachir n’est peut-être pas défendable, sa force ne tient pas à la solidarité que lui expriment l’Union africaine ou la Ligue arabe. La force de son dossier face à ses accusateurs est dans l’impunité dont bénéficient les criminels d’Occident, ceux qui peuvent attaquer un pays, le détruire, provoquer des tueries de masse et des exodes massifs sans que la pensée de leur demander des comptes effleure aucun juge.
Les opinions arabes et africaines pourraient suivre le menteur jusqu’au bout de sa porte : jugez Omar Al-Bachir, d’accord. Mais qu’attendez-vous pour poursuivre aussi George Bush et Tony Blair ? Ils ont violé le droit international, agressé un pays et causé des désastres humains d’une ampleur inouïe. Pourquoi échapperaient-ils à la justice ?
Les Occidentaux - presse et hommes politiques confondus - ont pris l’habitude, quand ils parlent d’eux-mêmes (en gros les Etats-Unis et l’Europe), d’affirmer que c’est la « communauté internationale » qui parle. De cette communauté internationale sont automatiquement exclus les Chinois, les Russes, les Arabes, les Africains, les Latino-Américains..., la majorité de l’humanité en somme.
Quoi de plus « normal » dès lors que la justice pénale internationale soit aussi exclusivement occidentale et totalement instrumentalisée pour leurs objectifs politiques. L’annonce faite par le procureur de la Cour pénale internationale est funeste aussi bien pour la situation au Darfour et dans la région que pour la crédibilité de la justice internationale.
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La nouvelle a fait beaucoup, beaucoup moins de bruit que la victoire espagnole en football. En vérité, pas un seul média continental européen n’en parle, et pour cause : il semble que la guerre en Irak est en train d’être gagnée. Pour les éditorialistes du Monde, de la NZZ ou d’El Pais, la chose est difficile à accepter. Pourtant, dans un article très long, constellé de chiffres et de ...

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