lundi, juillet 10, 2006

La gauche mexicaine mobilise la rue

Lopez Obrador conteste la victoire du conservateur Felipe Calderon et réclame un nouveau décompte des voix.

LA CAPACITÉ de mobilisation populaire d'Andrés Manuel Lopez Obrador n'a pas déçu. Samedi, AMLO, ainsi baptisé à partir de ses initiales, a réuni environ 200 000 personnes sur la place du Zocalo, dans le centre historique de Mexico, pour protester contre la victoire du conservateur Felipe Calderon.
Aux cris de «Andrés, tiens le coup, le peuple est avec toi», une foule vêtue de jaune, la couleur du Parti de la révolution démocratique (PRD), a écouté avec calme et une colère rentrée les accusations de fraude apportées par leur champion. Trois jours après que l'Institut fédéral électoral (IFE) a proclamé vainqueur Felipe Calderon avec à peine 0,5 point d'avance, la gauche exige un nouveau dépouillement voix par voix. AMLO, très populaire dans la capitale, dont il était le maire il y a encore quelques mois, a déposé un recours auprès du tribunal électoral, arguant d'irrégularités dans 30 000 à 40 000 bureaux de vote.
Tout en assurant qu'il rejette la violence, le leader de la gauche a assuré que le Mexique ne connaîtrait pas de répit tant que le tribunal électoral n'ordonnera pas un recompte des voix.
Messages de félicitations
À partir de mercredi, des manifestations seront organisées devant les 300 districts électoraux du pays, et une «marche pour la défense de la démocratie» devrait partir dimanche prochain du Musée national d'anthropologie de Mexico. Des annonces saluées dans la rue par un slogan répété jusqu'au bout de la nuit : «Sans solution, c'est la révolution.» Le PRD assure être à nouveau victime d'une fraude électorale. Comme en 1988, lorsque son candidat Cuauhtémoc Cardenas s'est fait voler son élection à la présidence par le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), à la tête du pays depuis 1929. Comme en 1994, quand le même Lopez Obrador, qui briguait le poste de gouverneur du Tabasco, son État natal, a perdu avec une différence de 20 000 voix contre le représentant du PRI, à l'issue d'un scrutin douteux. «Dans un pays de 71 millions d'électeurs, décider qui va être président du Mexique à partir d'une différence de 240 000 voix, en refusant un recomptage des voix, c'est mettre la République en danger», estimait hier le politologue Adolfo Gilly dans les colonnes du quotidien de gauche La Jornada. «Si Calderon est si sûr d'avoir gagné, pourquoi refuse-t-il cette opération ?» interroge-t-il.
De nombreux analystes ont condamné les messages de félicitations adressés à Felipe Calderon par les gouvernements américain, canadien et espagnol, qu'ils jugent prématurés. Ce «manque de respect» à l'égard des institutions mexicaines est, selon les proches d'AMLO, une manoeuvre pour imposer le candidat de la droite catholique.
La confusion est montée d'un cran ce week-end quand le coordinateur de campagne d'AMLO a lu ce qu'il a présenté comme la retranscription d'une conversation téléphonique enregistrée dimanche entre Elba Esther Gordillo, une figure du PRI, et des membres du PAN, le Parti d'action nationale de Calderon. À l'heure du premier dépouillement, elle négociait tout bonnement le «transfert» de voix de Roberto Madrazo, le candidat du PRI, vers Felipe Calderon.
Publié le 10 juillet 2006
Lefigaro

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