jeudi, juillet 27, 2006

Ni logique ni décence

J’ai tellement honte de ce que nos gouvernants perpètrent en mon nom que je demande à l’écriture d’ériger une frontière étanche entre eux et moi. Que ce pays, englué dans la servilité, l’incohérence, le militarisme et les reniements de signature, prétende parler et agir en mon nom, je ne m’y résignerai pas en silence.
Paraît-il, déclare le premier ministre Stephen Harper, qu’Israël s’en tient à une riposte mesurée face aux attaques dont l’État hébreu est la cible. Si tel était le cas, aucun rapatriement ne serait nécessaire, puisqu’une réplique contenue dans les limites de la décence ne menacerait pas les populations civiles. L’élève Harper rate l’examen de Logique 101.
Si la mort ou l’enlèvement d’un unique soldat entraîne comme riposte mesurée la dislocation d’un pays et l’assassinat de centaines de civils, pourquoi, comme me le demande une amie, la mort d’un policier canadien à Haïti n’a-t-elle pas provoqué, comme riposte mesurée, le bombardement par le Canada de Pétionville ou des Gonaïves ? À l’examen de reprise de Logique 101, l’élève Harper rate encore.
Paraît-il, selon le même premier ministre Harper, qu’Israël a le droit de se défendre. Personne, à ma connaissance, n’a jamais dit le contraire. Stephen Harper oublie, cependant, que tous les groupes ont le même droit et que se défendre contre les agressions d’Israël relève aussi du droit universel à la légitime défense. Quand les morts sont dix fois plus nombreux chez ceux qu’Israël qualifie de terroristes que chez les occupants israéliens, qui se défend légitimement ? Ne doit-on pas prévoir, contrairement à ce que dit Stephen Harper, que les victimes, en plus d’être violées, intimidées, humiliées, torturées, tuées dix fois plus souvent que ceux qui « se défendent » seront qualifiées de bourreaux par leurs bourreaux ? La légitime défense du violeur, il faut du toupet pour y croire. Honnêteté 101 ? Stephen Harper n’y est même pas inscrit.
Dans sa logique bancale, le premier ministre Harper juge conciliables la compassion pour les ressortissants canadiens bombardés au Liban et l’appui inconditionnel du Canada au pays qui bombarde les mêmes ressortissants. Un sourire aux victimes, une tape dans le dos des bourreaux, on mesure du coup le souci de justice et d’équité qui habite cet homme. À une autre époque, au nom du même culte de l’équilibre, il aurait sans doute accordé un quart d’heure au rabbin et un quart d’heure à Hitler. L’élève Harper coule l’examen de Décence 101.
Amnésique, menteur ou ignorant, peut-être les trois à la fois, le premier ministre Stephen Harper pactise avec un pays qui multiplie les punitions collectives. Le Canada a pourtant ratifié la Convention de Genève qui interdit formellement de tels crimes. Si l’Histoire conserve parmi ses souvenirs les plus nauséabonds le massacre par les nazis des 642 habitants d’Oradour-sur-Glane le 10 juin 1944, elle rangera dans la même catégorie les sadiques attaques israéliennes contre la société libanaise et, dans la marge, les noms de ceux qui les qualifient de riposte mesurée. L’élève Harper rate le test portant sur Histoire 101.
Complices du gouvernement Harper ou bêtement manipulés par lui, nos médias multiplient les reportages sur les émouvantes retrouvailles entre les ressortissants canadiens rentrant au pays et leurs proches. Belles et légitimes images. Mais le Liban, lui, que devient-il ? S’il n’y avait eu au Liban aucun ressortissant canadien, la déclaration servile et mensongère du premier ministre Harper lui vaudrait-elle le prix Nobel de la paix ? Triste et inusable chauvinisme que celui qui pleure seulement sur ce qui fait mal à des « nationaux ». L’examen de Pluralisme 101 ? Échec de l’élève Harper et des médias.
Si le premier ministre Stephen Harper trouve subitement quinze milliards pour l’achat d’armement, on s’inquiète, puis on espère candidement que le Canada en profitera pour mieux préparer ses mandats de pacification. Quand, quelques semaines plus tard, Stephen Harper endosse aveuglément le terrorisme d’État pratiqué par Israël et les États-Unis, il disqualifie le Canada des missions de paix qui faisaient l’honneur de ce pays. Personne ne peut plus considérer le Canada comme non-aligné et à peu près crédible. Les quinze milliards mettront des armes de destruction massive à la disposition des ceux qui attaquent les pays qui n’ont pas de telles armes. Si les gouvernants subissaient un examen sur l’éthique, l’élève Harper le raterait lui aussi.
Le Québec multiplie les ronds-de-jambe pour que le premier ministre Harper lui permette un rôle de figurant dans les forums internationaux. Le même Québec prouve présentement par son silence tonitruant qu’il est trop lâche pour protester quand se commettent les pires crimes contre l’humanité. D’ailleurs, ni à Québec ni à Ottawa, on ne semble savoir que le Liban fait partie de la francophonie. Ce ne serait pas le cas qu’il faudrait hurler quand même, mais c’est le cas. Où se cachent-elles aujourd’hui ces ministres qui brandissaient hier l’étendard de l’exception culturelle ?
De toute façon, dira-t-on au vieux bougonneux que je suis, il ne sert à rien de souhaiter un retour du premier ministre Harper à la logique et à la décence. Critique déprimante et surtout mal fondée. Ce sont les humbles et massives protestations populaires qui ont tenu le Canada hors des assauts contre l’Irak. On recommence ?
Laurent Laplante
Québec, le 27 juillet 2006
Source : http://cyberie.qc.ca/dixit/20060727.html
Samizdat

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