mardi, juillet 11, 2006

Un plan d'action pour endiguer la migration


Les recommandations entérinées à Rabat face à la migration illégale sub-saharienne sont «un début très important», estime le patron de l'aide suisse au développement.
Au terme d'une conférence de deux jours, Walter Fust constate la nécessité pour les pays de mieux collaborer afin de prendre le mal à la racine.


Dans la cité marocaine, les ministres de 57 pays ont clôturé mardi la Conférence euro-africaine sur la migration et le développement par l'adoption d'un Plan d'action.Ce plan comprend 62 recommandations alliant aspects sécuritaires et de développement – contrôle de la migration, combat des trafics d'humains et efforts pour accroître l'efficacité des aides à l'Afrique.Dans une déclaration politique, les ministres s'engagent sur la création d'un «partenariat étroit» entre pays pour gérer les flux de l'immigration. Une volonté «ondée sur la forte conviction» que la gestion du phénomène «doit s'inscrire dans un partenariat de lutte contre la pauvreté».Présent à Rabat, Walter Fust estime que «tout le monde est conscient qu'il est minuit moins cinq. Et que l'immigration illégale ne peut pas être réglée simplement avec de l'argent. Mais avec des lois, avec une volonté politique, une compréhension mutuelle et des perspectives pour les jeunes.»

Contexte dramatique

Le contexte est en effet dramatique. L'automne dernier, les arrivées en masse de migrants aux portes des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla au nord du Maroc avaient poussé les deux pays à vouloir cette conférence.Depuis, les Canaries enregistrent une très nette hausse du nombre de migrants. Quelque 10'000 Africains ont débarqué sur leurs plages cette année – plus du double du chiffre de l'an dernier, indique l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).Du côté de l'Union européenne (UE), on estime que 40% des migrants qui tentent la traversée de la Méditerranée perdent la vie dans l'aventure. Urgence donc.Aux dires du patron de la Direction de la coopération et du développement (DDC), cette réunion était importante car elle réunissait pour la première fois, outre les ministres de l'intérieur, ceux chargés des affaires étrangères et du développement.

Pour la création d'emplois

Dans le but d'améliorer les perspectives de travail dans les pays d'émigration, la Suisse y a plaidé pour «une aide au développement beaucoup plus orientée vers la création d'emplois».Il faut en outre que le climat soit plus favorable aux investissements, explique Walter Fust. La Suisse a également «insisté fortement» sur la nécessité de protéger les migrants. Et notamment d'empêcher la traite des femmes et des enfants.«S'il y a unité de vues des deux côtés de la Méditerranée sur le besoin de combattre l'immigration illégale, les opinions divergent concernant les contours que pourrait prendre une migration légale». Et ce, parce que l'Europe a besoin d'un apport de main d'oeuvre du fait de sa faible natalité, relève Walter Fust.

Au sein du continent africain

Le même Walter Fust craint aussi que le Plan d'action adopté «laisse beaucoup de liberté quant à son application. Il est tellement large qu'il pourrait conduire à des choix divergents.»D'où la nécessité d'un dialogue Europe-Afrique, «sans donneurs de leçons». Et d'un dialogue interafricain aussi.«Pour le moment, la discussion se concentre sur l'Afrique de l'Ouest, constate le Suisse. Il faut qu'elle s'étende au sein de l'Union africaine. Car les flux migratoires concerneront aussi à terme l'Est du continent».

Evaluation d'ici quatre ans

Lundi, l'Union européenne avait débloqué 3,9 millions de francs pour appuyer la Mauritanie dans le contrôle de ses frontières et le rapatriement des migrants du reste de l'Afrique.L'UE a identifié les principaux pays d'origine des migrants comme étant le Sénégal et le Mali. Des migrants qui utilisent les nations côtières (Mauritanie, Maroc) pour gagner l'Europe.Walter Fust indique à swissinfo que la Suisse ne devrait pas débourser de fonds supplémentaires. Le budget annuel 2006 consacré à l'aide est déjà fixé. Et tout débours se ferait au dépend des autres terrains d'opération de la DDC.Après la réunion de Rabat, une deuxième conférence ministérielle pour évaluer la mise en oeuvre du Plan d'action doit avoir lieu au plus tard dans quatre ans.

11 juillet 2006 - 21:54
swissinfo et les agences

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