lundi, février 19, 2007

Dix fléaux contre l’Humanisme.

Une tradition mineure de la pensée conservatrice revient à la définition de l’adversaire dialectique par son manque de morale et par ses insuffisances mentales. Comme ceci n’arrive jamais à être un argument, on cache la riposte avec un certain raisonnement fragmenté et répété, propre de la pensée postmoderne de la propagande politique. Ce n’est pas un hasard qu’en Amérique Latine, les autres auteurs répétaient l’expérience étasunienne avec des livres comme « Manual del perfecto idiota latinoamericano » (1996) (Manuel de l’idiot latino-américain parfait) ou en confectionnant des listes sur les dix stupides les plus stupides d’Amérique Latine. Liste à la tête de laquelle se trouve généralement, avec une élégante indifférence, le phoénix Eduardo Galeano. Ils l’ont tué tant de fois qu’il s’est habitué à renaître.
Por Jorge Majfud [1]The University of Georgia
dimanche 18 février 2007, par Reprise d’article / Oulala / BASTA
En règle générale, les listes des dix plus stupides des Etats-Unis on trouve en tête généralement des intellectuels. La raison de cette particularité fut donnée il y a quelques temps par un militaire de la dernière dictature argentine (1976-1983) qui se plaignait devant les cameras de télévision des marches de manifestants dans les rues de Buenos Aires : "je ne soupçonne pas tant les travailleurs, parce qu’ils sont toujours occupés à travailler ; je soupçonne les étudiants, parce qu’ayant trop de temps libre ils le consacrent à penser. Et vous savez, Monsieur le journaliste, que l’excès de pensée est dangereux". Ce qui était conséquent avec le précédent projet du général Onganía (1966-1970) d’expulser tous les intellectuels pour stopper les problèmes de l’Argentine.
Il n’y a pas longtemps, Doug Hagin, à l’image et en copiant le célèbre programme de télévision « Dave’s Top Ten », a confectionné sa liste propre des dix idées les plus stupides des idéaux de gauche (The top ten list of stupid leftist idéals). Si nous essayons de dé-simplifier le problème en lui enlevant l’étiquette politique, nous verrons que chaque accusation contre la gauche étasunienne est, en réalité, une série d’attaques contre principes humanistes :
10 : Environement. Selon l’auteur, la gauche ne s’arrête pas à un point raisonnable de conservation. Il est évident que la définition de ce qu’est raisonnable ou non, dépend des intérêts économiques du moment. Comme tout conservateur, il s’accroche à ce que la théorie du réchauffement global est seulement une théorie, comme la théorie de l’évolution : il n’y a pas de preuves que Dieu n’ait pas créé les squelettes de dinosaures et d’autres espèces et les ait pas dispersées par là, seulement pour dérouter les scientifiques et mettre à l’épreuve ainsi leur foi. La mentalité conservatrice, héroïquement invariable, n’a jamais pu concevoir que les mers puissent avoir leur « propre progression », au-delà d’un niveau raisonnable.
9 : On a besoin d’un peuple pour élever un enfant. L’auteur le nie : le problème est que la gauche a pensé toujours de manière collective. Comme ils ne croient pas dans l’individualisme, ils confient que l’éducation des enfants doit être faite en société.
En revanche, la pensée réactionnaire fait plus confiance dans « les îles », dans l’autisme social, que dans l’humanité suspecte. Selon ce raisonnement de noble médiéval, un homme riche peut être riche et entouré de misère, un enfant peut se transformer en un homme moral et monter au ciel sans être contaminé par le péché de sa société. La société, le peuple, sert seulement pour que l’homme moral démontre sa compassion en faisant don de ce dont il n’a pas besoin - et en le déduisant des impôts.
8 : Les enfants sont incapables de supporter l’effort. Raison pour laquelle ils ne peuvent pas être corrigés par les enseignants avec de l’encre rouge ou qu’ils ne peuvent pas faire face aux périodes cruelles de l’histoire.
L’auteur fait mouche en observant que voir ce qui est désagréable dans l’enfance prépare les enfants à un monde déplaisant. Cependant, quelques conservateurs miséricordieux exagèrent un peu en habillant leurs enfants avec des uniformes militaires et en leur donnant des jouets qui, bien qu’ils projettent seulement des lumières laser, ressemblent beaucoup aux armes à laser qui tirent autre choses à des blancs (et noirs).
7 : La concurrence est mauvaise. Pour l’auteur, non : le fait que les uns gagnent signifie que d’autres perdent, mais cette dynamique nous conduit à la grandeur.
Il n’explique pas s’il existe ici la "limite raisonnable" dont il parlait avant ou s’il se réfère à la théorie haïe de l’évolution, qui établit la survie du plus fort dans un monde sauvage. Il ne clarifie pas non plus à quelle grandeur il se réfère, si c’est à celle de l’esclave d’une prospère plantation de coton ou à la taille de la plantation. Il ne tient pas compte, clairement, d’aucune société type solidaire libérée de la névrose de la concurrence.
6 : La santé est un droit civil. Cela n’arrête pas l’auteur : la santé fait partie de la responsabilité personnelle.
Cet argument est répété par ceux qui nient la nécessité d’un système de santé universelle et, en même temps, ne proposent pas de privatiser la police et encore moins l’armée. Personne ne paye la police après avoir appelé le 911, ce qui est raisonnable. Si un assaillant nous colle une balle dans la tête, nous ne payerons rien pour sa capture, mais si nous sommes pauvres nous resterons en faillite pour qu’une équipe de médecins nous sauve la vie. Nous sommes des individus responsables seulement pour la seconde chose. On déduit que, selon cette logique, un voleur qui vole une maison traduit une maladie sociale, mais une telle peste est à peine l’accumulation de quelques individus irresponsables qui n’affectent pas le reste. On ne prend jamais en considération que la solidarité collective est une des plus hautes manières de la responsabilité individuelle.
5 : La richesse est mauvaise. Selon l’auteur, la gauche veut pénaliser le succès des riches avec des impôts pour les donner au gouvernement fédéral pour qu’il dépense de façon irresponsable en aidant ceux qui n’ont pas tellement réussis.
C’est-à-dire, les travailleurs doivent le pain aux riches. Gagner son pain avec la sueur de son front est une punition que distribuent ceux qui ont réussi qui n’ont pas besoin de travailler. C’est pour quelque chose que la beauté physique a été historiquement associée aux habitudes changeantes mais toujours superflues de l’aristocratie. C’est pour quelque chose que dans le monde heureux de Walt Disney il n’existe pas de travailleurs ; le bonheur est enterré dans un certain trésor plein de pièces d’or. Pour la même raison, il est nécessaire de ne pas dilapider les impôts en éducation et en santé. Les dépenses en millions des armées autour du monde ne comptent pas, parce qu’elles font partie de l’investissement que font les États responsables pour maintenir la réussite des riches et le rêve de gloire des pauvres.
4 : Il existe un racisme effréné qui sera seulement résolu par la tolérance. Non : la gauche voit les relations ethniques depuis le prisme du pessimisme. Mais la race n’est pas importante pour la majorité de d’entre nous, excepté pour eux.
C’est-à-dire, comme dans la fiction du réchauffement global, si un conservateur ne pense pas à quelque chose ou à quelqu’un, quelque chose ou quelqu’un n’existe pas. De las Casas, Lincoln et Martin Luther King ont combattu le racisme en l’ignorant. Si les humanistes cessaient de penser le monde, nous serions plus heureux parce que n’existerait pas la douleur étrangère, ni les voleurs impies qui volent les riches miséricordieux. 3 : Avortement. Pour éviter la responsabilité personnelle, la gauche soutient l’idée d’assassiner un non né.
Le meurtre en masse des déjà nés fait aussi partie de la responsabilité individuelle, selon la pensée télévisuelle de droite, qu’on appelle parfois héroïsme et patriotisme. Seulement quand elles profitera notre île. Si nous nous trompons en supprimant un peuple, nous évitons la responsabilité en parlant de l’avortement. Une affaire morale double, d’une double morale.
2 : Les armes sont mauvaises. La gauche haïe les armes et haïe qui veut se défendre. La gauche, en revanche, pensent que cette défense doit être faite par l’État. Une fois de plus elle ne veut pas assumer ses responsabilités.
C’est-à-dire, les braqueurs, mineurs délinquants, étudiants qui mitraillent dans les écoles secondaires, narcotrafiquants et autres membres du syndicat exercent un droit en défendant leurs intérêts propres comme individus et comme corporations. Personne plus que ceux-ci c’est en méfient de l’État et confient sa responsabilité propre. On doit s’en rappeler que les armées, selon ce type de raisonnement, font partie principale de cette défense responsable faite par l’État irresponsable.
1 : Calmer le mal assure La Paz. La gauche au fil de l’histoire a voulu calmer les nazis, les dictateurs et les terroristes.
La sagesse du chroniqueur ne parvient pas à considérer que beaucoup d’homme de gauche ont été consciemment pour la violence, et comme exemple, il suffirait de mentionner Ernesto Che Guevara. Bien qu’il s’agisse peut-être de la violence de l’esclave, non la violence du maître. Il est certain, les conservateurs n’ont pas calmé les dictateurs : au moins en Amérique latine, ils les ont nourris. À la fin et à l’extrémité, ceux-ci ont aussi toujours été membres du Club des Armées, et du coup faisaient de très bonnes affaires au nom de la sécurité. Les nazis, dictateurs et terroristes de tout type, avec cette tendance à la simplification idéologique, sont aussi d’accord avec le dernier raisonnement de la liste : "les gens de gauche ne comprennent pas que parfois la violence est la seule solution. Le Mal existe et doit être déraciné". Et, finalement : "We will kill it (the Evil), or it will kill us, it is that simple. Nous tuerons le Mal, ou le Mal nous tuera ; Rien de plus simple que ceci est la pensée de gauche".
Mot du Pouvoir.
9 février 2007
Traduit de l’espagnol pour Estelle et Carlos Debiasi.
[1] Professeur à l’ Université de Géorgie

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