samedi, juillet 29, 2006

La grande désillusion d'Israël

Les Israéliens pensaient en finir assez vite avec le Hezbollah. Au dix-septième jour de la guerre, la population du nord du pays est toujours confinée dans les abris, l'activité économique de toute la région est paralysée et les volées de roquettes continuent de s'abattre à un rythme tout aussi soutenu en s'enfonçant de plus en plus profondément dans le pays.

L'état-major était entré dans la guerre comme s'il s'agissait d'une opération de routine. L'écrasante puissance de feu de l'artillerie, une campagne de bombardements aériens conforme aux derniers perfectionnements de l'art militaire devaient, en quelques jours, réduire à néant les velléités de combat de la milice chiite, dont les caractéristiques d'organisation de masse n'ont jamais été prises en compte. C'était faire fi de la préparation du Hezbollah, de sa volonté d'en découdre et de sa capacité d'atteindre la ville de Haïfa et tout le nord d'Israël. C'était aussi compter sans cette bataille acharnée à Bint Jbeil, qui a révélé les capacités de l'ennemi et qui, dans l'emphase israélienne, est en train de tourner à un mini-Stalingrad pour Tsahal.

Les critiques se font entendre, le doute s'installe. Il devient difficile d'imaginer que l'armée, malgré tous ses moyens militaires, parviendra à détruire le Hezbollah, son objectif initial. Lorsque la guerre sera finie, il faudra sans doute se résoudre à en accepter le voisinage. Tout au plus les Israéliens peuvent-ils espérer que les combattants islamistes seront affaiblis, repoussés au-delà d'une zone tampon qu'il reviendra, un jour, à une force internationale de patrouiller.
Que des centaines de roquettes aient pu tomber sur Israël, que le Liban ait été à moitié détruit pour en arriver là n'est pas très glorieux pour l'une des armées les plus modernes au monde, qui a su, en d'autres temps, remporter d'autres victoires autrement plus délicates. Pour couper court à ces interrogations, l'état-major voudrait lancer une opération terrestre, seul moyen de débusquer le Hezbollah dans ses retranchements. Mais le souvenir de l'invasion de 1982 est encore douloureux. Le Liban reste une malédiction pour Tsahal. Le gouvernement, qui donne l'impression de s'être laissé entraîner dans l'aventure, hésite. Il mobilise trois divisions de réservistes mais se garde, pour l'instant, de se lancer dans une fuite en avant.

Malgré l'appui sans réserve qu'ils ont reçu de Washington, les Israéliens, dans leur grande désillusion, s'attendent à plus de soutien encore de la part de la communauté internationale. Le Hezbollah est, pour eux, le bras armé de l'islamisme mondial et ils se voient en rempart de l'Occident.

Fidèles à leur attitude, les États-Unis laissent faire. Malgré l'ampleur des destructions au Liban, ils ont obligé le monde à laisser du temps à Israël. Il serait dommage que ce délai, qui va finir par être compté, aide, en fait, le Hezbollah à se faire le héros de la résistance anti-israélienne.

Lefigaro
le 29 juillet 2006 :

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