samedi, septembre 06, 2008

Ce qu'il reste de Bush et de son « ordre nouveau »


Bagdad 5 septembre 2008 - Manifestation anti-américaine - Photo : AP/Karim Kadim
6 septembre 2008 - 07h:34 /
Info-palestine
La série de décisions malheureuses et lourdes de conséquences prises pendant les deux mandats de l'administration Bush, combinées avec le déclin économique intérieur, pourraient dévaster la planète Amérique bien plus tôt que la plupart des analystes ne le prévoient.
Ce qui était difficile à anticiper était que l'affaiblissement de la domination mondiale des Etats-Unis, renforcé par la politique extérieure incohérente et imprudente de Bush, rallumerait jusqu'à un certain degré la guerre froide à l'occasion d'un conflit entre la Géorgie et la Russie, conflit très éloigné et apparemment provoqué par une question d'ordre ethnique. Qui pourrait avoir prévu une liaison possible entre Bagdad, Kaboul et Tbilisi ?
Mais dater le déclin de la puissance mondiale américaine uniquement sur l'arrivée de l'administration Bush, ou même sur les terribles événements du 11 septembre 2001 [11/9], n'est pas tout à fait exacte. L'effondrement rapide de l'Union Soviétique et la dislocation du Pacte de Varsovie — d'anciens membres de ce pacte s'étant précipités pour rallier l'OTAN dans les années qui ont suivi — ont propulsé en avant une nouvelle élite aux Etats-Unis qui s'est vantée de la viabilité économique et de la suprématie morale du « capitalisme et de la démocratie » à la sauce américaine. Mais un monde unipolaire a représenté pour les dirigeants américains une défi immense, sinon insurmontable.
Tandis que le 11/9 et un président motivé bien qu'ignorant représentaient une occasion pratique de réaffirmer la domination des Etats-Unis à l'échelle mondiale, cete tendance s'est affirmée peu de temps après que l'Union Soviétique se soit effondrée. C'est à partir de 1997 que de réelles initiatives ont été prises avec l'établissement du Projet pour le nouveau siècle américain (PNAC - Project for the New American Century), un groupe de réflexion incluant de nombreux conseillers politiques néo-conservateurs. Leur but était « de favoriser la domination mondiale américaine... [qui] est bonne pour l'Amérique et bonne pour le reste du monde. » William Kristol et Robert Kagan, fondateurs du PNAC, ont été inspirés par la politique de Reagan [pour que les Etats-Unis soient] « la lumière de la force et de la morale ». Mais ce modèle supposé inspiré était justifié par la guerre froide qui a ensuite disparu. Se fabriquer un ennemi était une tâche essentielle pour justifier le repositionnement de la puissance américaine visant à occuper les espaces laissés vide par la disparition du système international bipolaire qui existait depuis la seconde guerre mondiale.
Même le plus récent rapport du PNAC, « Reconstruire les forces de défenses de l'Amérique : les stratégies, les forces, et les ressources pour un nouveau siècle », publié en 2000, a paru peu pertinent et peu alarmiste. Il exprimait « la conviction que l'Amérique devrait chercher à préserver et étendre sa position de domination globale en maintenant la prédominance des forces militaires des Etats-Unis ». Le rapport n'aurait été qu'un autre document peu consulté s'il n'y avait eu les attaques terroristes du 11/9 qui l'ont alors transformé en doctrine définissant la politique extérieure des Etats-Unis pour presque une décennie.
Les guerres et l'occupation de l'Afghanistan et de l'Irak avaient pour objectif de renforcer la capacité des Etats-Unis à protéger leurs intérêts et contrôler leurs affaires internationales. La position de l'Afghanistan était stratégique pour maintenir à distance les puissances montantes de l'Asie — hormis sa valeur militaire et stratégique, l'Afghanistan devrait devenir un passage important pour l'approvisionnement énergétique — tandis que l'Irak devrait permettre aux Etats-Unis d'avoir une présence militaire permanente pour sauvegarder ses intérêts pétroliers dans la toute région et pour garantir la suprématie israélienne sur ses ennemis arabes plus faibles mais rebelles.
Ce plan a bein fonctionné pendant quelques semaines à la suite de la déclaration sur la « mission accomplie » en Irak. Depuis lors, les USA ont appris que traiter les affaires du monde avec une approche militariste est une véritable recette pour amener au désastre. Confronté à une occupation étrangère, les Irakiens ont battu en retraite, mettant en place une scène de cauchemar et promettant la défaite des Etats-Unis dans leur pays. Le plan original consistant à exploiter les regroupements ethniques et religieux dans le pays ont également fait long feu, car l'évolution des alliances a rendu impossible pour les Etats-Unis de choisir soit un allié permanent soit un ennemi à long terme. En Afghanistan la réalité est encore plus triste avec la terrible géographie du pays, la corruption des alliés locaux des Etats-Unis, la réapparition des Talibans et les répliques brutales de la coalition occidentale à l'ascension irréversible des Talibans ; l'Afghanistan est raisonnablement une cause perdue du point de vue militaire.
Mais la mentalité à la gâchette facile qui a régi la politique extérieure des Etats-Unis pendant les années Bush n'est plus dominante et a été depuis contestée au profit d'une approche plus sensible et basée sur le dialogue en politique extérieure, comme le soutient à contre-coeur le candidat du parti Démocrate à la présidence, Barack Obama. Le revirement n'est pas tout à fait guidé par la moralité, cependant, et il est surtout pragmatique. Selon une enquête menée conjointement par le Magazine de politique extérieure [Foreign Policy magazine ] et le Centre pour une nouvelle sécurité américaine [Centre for a New American Security] publiée le 19 février 2008, 88% des officiers militaires américains encore en activité ou non estiment que les seuls exigences de la guerre d'Irak « ont mis les militaires sous pression à un niveau proche de la rupture ». Bien que « non démoralisés », 80% pensent qu'il est « peu raisonnable de s'attendre à ce que l'armée américaine puisse actuellement mener avec succès une autre guerre importante », comme le rapporte CNN. Une telle évaluation n'est pas trop différente des évaluations fournies par les hauts gradés, beaucoup d'entre eux prenant une retraite anticipée pour les mêmes raisons.
Les nouveaux obstacles sur le plan militaire auxquels font face les Etats-Unis au Moyen-Orient ont également eu comme conséquence l'affaiblissement de leur poids politique et de leur position. De plus, leurs alliés régionaux ont pris des coups les uns après des autres : Israël au Liban, la Géorgie en Ossètie du sud, les alliés des américains au Venezuela et dans d'autres pays sud-américains, et ainsi de suite. En effet, ce n'est qu'une question de temps pour qu'un autre concurrent à l'hégémonie mondiale surgisse et mettent à l'épreuve la résolution des Etats-Unis dans ces nouvelles circonstances. Tandis que l'intervention croissante des Etats-Unis en Eurasia avec son bouclier de défense anti-missiles était considérée comme partie intégrante du plan néo-conservateur pour « reconstruire les forces de défenses de l'Amérique », cela a été considéré par la Russie comme une menace pour sa sécurité nationale.
L'invasion par la Géorgie de l'Ossètie du sud a représenté une occasion inespérée pour que Moscou envoie un message limpide à Washington. En écrasant l'armée géorgienne entraînée par les Etats-Unis et Israël, la Russie s'est hissé au rang de concurrent à la domination américaine jusque là incontestée et qui dure depuis presque deux décennies. Les pays tels que l'Iran et la Syrie se sont rapidement manifestés en faveur de la nouvelle Russie, alors que cette dernière cherche à reconstruire ses propres alliances et systèmes de défenses.
La nature et le sens que prendra la confrontation américano-russe ne peuvent aujourd'hui être déterminées avec une précision suffisante. Les facteurs internes et externes en Russie (la corruption, les oligarchies et la capacité de la Russie à trouver une alliance stable) vont se révéler dans l'actuelle confrontation. Ce qui est clair, cependant, est que le prochain président des Etats-Unis se trouvera en tête à tête avec un ordre mondial rigoureusement transformé, produit par le Pandeminium [capitale des enfers] militaire, le déclin économique au niveau national comme mondial et la montée de nouvelles puissances, toutes luttant pour combler ce vide chaotique de pouvoir, cadeau de l'administration Bush.

(*) Ramzy Baroud est l'auteur de « The Second palestinian Intifada : A Chronicle of a People's Struggle » et rédacteur en chef de « PalestineChronicle.com »

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mercredi, septembre 03, 2008

Retour sur les premiers moments du conflit entre la Russie et la Géorgie

si les passions déchaînées par le conflit qui oppose depuis le 8 août dernier la Russie et la Géorgie sont loin d’être apaisées, il apparaît aujourd’hui possible de commencer à trier le bon grain des faits (de la réalité des évènements), de l’ivraie des présentations sollicitées, pour ne pas dire mensongères.

Première question : Qui, dans ce conflit, est l’agresseur et qui a violé le droit international ?

La première vague d’opinions, dans les médias occidentaux, désignait plutôt la Russie. En gros, elle se partageait en deux courants.Il y avait ceux pour qui le doute n’était pas permis, la Russie avait ouvert le feu la première par supplétifs ossètes interposés et s’apprêtait, pour les épauler, à faire débouler ses chars et ses parachutistes par le tunnel de Roky, envahissant ainsi l’Ossétie du Sud et menaçant directement la Géorgie. C’est la thèse de la riposte à une provocation russe.Il y avait ceux, plus nuancés, qui admettaient que la Géorgie s’était certes lancée sans une opération quelque peu aventureuse de reconquête manu militari de l’Ossétie du Sud sécessionniste (donc avait ouvert le feu la première) mais justifiaient cette opération par le droit légitime, pour la Géorgie, de se défendre de manière préventive contre une attaque russe dont le caractère inéluctable était devenu évident. C’est la thèse de l’attaque préventive en légitime défense.
Aujourd’hui que l’on peut reprendre plus calmement l’histoire des relations entre la Géorgie et l’Ossétie du Sud depuis l’indépendance de la première en 1991 et que l’on connaît mieux le film exact des évènements, cette thèse de la Russie agresseur est considérablement affaiblie à l’épreuve des faits.
L’histoire des relations entre la Géorgie et l’Ossétie du Sud depuis l’indépendance de la première en 1991
Cette histoire est tout sauf paisible. L’Ossétie du Sud n’a pas accepté, lors de l’accession de la Géorgie à l’indépendance en 1991, de voir l’autonomie dont elle bénéficiait au temps de la Géorgie soviétique, brutalement abrogée et elle a réclamé son indépendance en vue d’un rattachement à l’Ossétie du Nord, devenue, elle, République au sein de la fédération de Russie (rattachement qui a toujours été son objectif même à l’époque soviétique). Le premier chef d’Etat de la nouvelle Géorgie, Gamsakhourdia ne voulut rien entendre et tenta de régler le différend par la force : il s’ensuivit, toute l’année 1992, une véritable guerre civile entre Ossètes du Sud et Géorgiens, avec son cortège d’exactions, d’exodes et de haines inter-ethniques . La mort du président géorgien et son remplacement par Chevardnaze permit la conclusion d’un accord de cessez-le-feu entre la Russie et la Géorgie. Cet accord (dit de Dagomys), d’une part stipulait que la paix en Ossétie du Sud était assurée par un contingent de trois bataillons (un russe, un géorgien et un ossète), chacun fort de 500 hommes, d’autre part engageait la Géorgie à trouver une solution politique la question ossète et à garantir la paix. Pour sa bonne mise en œuvre, une Commission mixte de Contrôle et de Coordination était instituée associant Russes, Géorgiens, Ossètes du Sud et Ossètes du Nord.
L’Ossétie du Sud a vécu, après cet accord, dans un état de sécession de facto d’avec la Géorgie et elle a confirmé en 2006, toujours par référendum, sa proclamation d’indépendance de 1992. L’activisme du président Saakashvili (élu en 2004 puis réélu en 2008) contre les irrédentismes abkhaze, adjare, et ossète a, très vite, envenimé la situation et débouché sur le conflit que nous connaissons aujourd’hui.
Le film des évènements
Depuis début 2008, date de la réélection de M. Saakashvili comme président de la Géorgie sur un programme guerrier de reconquête des territoires sécessionnistes de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud (l’irrédentisme adjare ayant déjà été réduit), la Géorgie multipliait incidents frontaliers, attaques et survols menaçants de l’Ossétie du Sud. De façon inexplicable (ou trop explicable comme on va le voir), M. Saakashvili annonce à la télévision le 7 août au soir qu’il a ordonné « l’arrêt des attaques sporadiques de l’armée géorgienne sur l’Ossétie du Sud », ce qui signifie, mais nul ne le sait encore, qu’aux escarmouches d’une guérilla va maintenant succéder une offensive de grande envergure contre l’Ossétie du Sud.
Puis les troupes géorgiennes pénètrent en territoire ossète et opèrent un bombardement d’artillerie massif contre la capitale de ce territoire, Tskhinvali, dans la nuit du 7 au 8 août 2008, à l’instant même où débute la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Pékin, cérémonie à laquelle assistent les présidents Bush et Sarkozy ainsi que V. Poutine, coïncidence qui ne doit à l’évidence rien au hasard.
Le président Saakashvili déclare alors, pour présenter et justifier l’action de la Géorgie : « Nous intervenons pour rétablir l’ordre constitutionnel ». De Russie il n’est donc pas encore question et le prétexte de l’agression de la Russie ne viendra que plus tard, au moment de la riposte des forces russes, riposte à laquelle il ne s’attend visiblement pas.
A ce moment-là (ce moment va durer moins de vingt-quatre heures), la Géorgie se sent en position de force grâce à son armée puissamment armée et entraînée par les Etats-Unis et Israël face à des forces militaires et paramilitaires ossètes qui ne font pas, et de loin, le poids. Elle indique au pouvoir en place à Tskhinvali qu’elle est disposée à stopper son opération de « pacification et de rétablissement de l’ordre constitutionnel » s’il accepte une négociation directe sans médiation russe, au mépris de l’accord de 1992 et, en particulier, des prérogatives reconnues à la Commission mixte de Contrôle et de Coordination. Elle promet à l’Ossétie du Sud une large autonomie et une aide humanitaire de 35 millions de $ pour la reconstruction (les dégâts provoqués par le déluge d’artillerie dont Tskhinvali a été la cible seront estimés à plus de 100 millions d’euros). Le premier ministre géorgien propose aussi « une amnistie juridico-politique pour tous les hauts fonctionnaires de la république autoproclamée » tout en menaçant de poursuivre l’offensive militaire jusqu’au complet rétablissement de l’ordre. Dans son allocution à la nation, citée par l’agence d’information géorgienne Akhali Ambebi Sakartvelo, le président Saakashvili annonce, dans la matinée du 8 août, que la majeure partie de l’Ossétie du Sud est désormais « libérée et contrôlée par les forces gouvernementales géorgiennes », accusant faussement Moscou d’avoir envoyé des bombardiers SU-24 frapper les alentours de Gori, ainsi que d’autres endroits du territoire géorgien (ce qui sera démenti par Moscou).Plusieurs heures après le déclenchement de l’offensive géorgienne, et selon les déclarations des dirigeants géorgiens eux-mêmes, il est donc clair que cette offensive est bien une initiative de la Géorgie, à sa seule discrétion, et non une réaction (une contre-offensive) à une quelconque déclaration, attitude ou action de la Russie , et que l’on ne parle pas encore de chars et parachutistes russes ayant franchi le tunnel de Roky vers l’Ossétie du Sud mais seulement d’avions russes, avec aussitôt, d’ailleurs un démenti de Moscou.
La conclusion de ce qui précède est dévastatrice pour la Géorgie de M. Saakashvili.
La Géorgie apparaît nettement, à la lecture des faits, comme celle qui a pris l’initiative des évènements sans y être ni provoquée ni contrainte par la Russie et elle l’a fait dans des conditions qui démontrent sa duplicité et sa mauvaise foi
Mais son initiative peut-elle être qualifiée, pour autant, d’agression constituant une violation du droit international (d’aucuns observent en effet qu’elle intervenait en Ossétie du Sud donc encore, de jure, à l’intérieur de ses frontières). C’est oublier qu’elle était liée par l’accord russo-géorgien de 1992, qu’elle a violé de façon consciente et organisée, accord qui l’obligeait, faut-il le répéter, à trouver une solution politique à l’irrédentisme ossète et à garantir la paix, alors que la Russie, de son côté, a respecté tous ses engagements, y compris, ceux de fermer dans les délais fixés, ses point d’appui militaires, séquelles de l’ère soviétique.
La Géorgie est donc l’agresseur, un agresseur qui a prémédité de longue date et manigancé avec beaucoup de duplicité et de mauvaise foi son agression. Il y a bien agression de sa part, agression délibérée.
Les commentateurs occidentaux du conflit ne s’y sont pas trompés : le débat a progressivement glissé d’un tableau où la Russie était dénoncée comme l’agresseur à un tableau où elle est critiquée comme ayant eu une réaction, par ses objectifs et par ses moyens, disproportionnée à la nature et à la dimension de l’intervention géorgienne.
Mais ce glissement ne doit pas faire illusion : il s’agit toujours de déguiser l’agresseur, à savoir la Géorgie, en victime et de prêter à la Russie les intentions les plus noires et les comportements les plus contestables. Au premier rang des raisons qui expliquent cette volonté de noircir la Russie et d’innocenter la Géorgie, il y a la conviction, chez nombre de commentateurs, que cette dernière est une démocratie alors que la première serait un régime autoritaire, voire dictatorial et donc la pétition de principe selon laquelle une démocratie ne peut être, par définition, un agresseur violant le droit international (ou alors à son corps défendant, ou bien encore avec de très fortes circonstances atténuantes).
Sans parler de l’outrecuidance qu’il y a ainsi à décerner des brevets de démocratie aux uns et à taxer les autres d’autocraties, on ne peut que sourire devant une telle naïveté, laquelle assimile abusivement démocratie et respect du droit international, et/ou devant une telle ignorance de l’histoire des relations internationales, laquelle ne manque pas d’exemples (certains sont très récents) de violations graves du droit international commises par des régimes qui aiment à se parer du qualificatif de démocratiques.Mais, au fait, à supposer même que les régimes démocratiques soient plus respectueux du droit international, est-il établi que la Géorgie de M. Saakashvili soit une démocratie ? C’est la seconde question qu’il convient de se poser.

Seconde question : Est-il si évident que cela que la Géorgie de M. Saakashvili soit une démocratie ?
Les thuriféraires du régime de M. Saakashvili dans la presse internationale ont beau (et cela sans sourire !) lui décerner le « premier prix de la classe occidentale » et affirmer qu’il est une démocratie accomplie, on ne peut que rester dubitatif sur la réponse à apporter à cette question, surtout quand on a lu le portrait qu’en dresse quelqu’un qui le connaît bien, Mme Salomé Zourabichvili, dans le numéro 129 de la revue Hérodote (2ème trimestre 2008). De double nationalité, française et géorgienne,
Salomé Zourabichvili a été ambassadrice de France en Géorgie à l’époque de Chevardnadze avant d’être nommée Ministre des Affaires Etrangères géorgien dans le premier gouvernement formé par M. Saakashvili (et, faut-il le souligner, à la demande expresse de ce dernier).
Elle connaît donc bien la Géorgie d’aujourd’hui.Mais laissons la parler.
Sur la réalité de la démocratie en Géorgie : « …car si l’on en vient maintenant à la situation actuelle de la Géorgie, le système de droit est en panne…Le système Saakashvili retombe exactement dans les mêmes ornières que ce lui de Chevardnadze consistant en une accaparation sans partage du pouvoir par un petit groupe. C’est le groupe d’un parti, d’un président…On a donc un paradoxe, une société réellement en train de se démocratiser, avec des aspirations de plus en plus affirmées, et un système de pouvoir qui reste non démocratique car il lui manque l’essentiel, c’est-à-dire des contrepouvoirs… »
Sur le rôle passé et présent des ONG en Géorgie : « La fondation Soros et l’Institut des Libertés ont été le berceau de la démocratie, notamment la fondation Soros,...ils ont indéniablement porté la révolution. Mais on ne peut pas arrêter l’analyse à la révolution et on voit clairement qu’après, la fondation Soros et les ONG ont été intégrées au pouvoir. Elles ont abandonné l’idée d’être un contre-pouvoir et ont laissé la société géorgienne encore plus démunie qu’à l’époque Chevardnadze…C’est ainsi que l’on peut dire que le régime de Saakashvili devient encore plus monolithique que celui de son prédécesseur, car il n’y a plus d’ONG auxquelles il doit se confronter… Actuellement les ONG indépendantes sont des ONG faibles et qui ne disposent pas de soutien financier américain suffisamment important…il n’y a pas de financement concurrentiel, les fondations européennes n’ont pas de stratégie…il n’y arien qui permette l’émergence d’un véritable contre-pouvoir. Cette situation pervertit encore plus le système Saakashvili car personne ne peut le contrebalancer sérieusement. »
Sur son éviction du gouvernement géorgien : « Il y a plusieurs raisons à cela. Dès le départ, j’ai été un corps étranger pour la nouvelle élite au pouvoir qui a été constituée tout de suite par des éléments de l’ancienne nomenklatura…d’ailleurs sur la circulation des élites, c’est plus une continuation qu’une révolution…Donc, moi, une femme européenne qui arrive avec mes valeurs et mes principes, je deviens rapidement un corps étranger à tout cela. De plus, j’ai essayé d’introduire des réformes au sein du Ministère des Affaires Etrangères et j’ai touché immédiatement aux intérêts économiques de certains clans…Il faut savoir qu’à l’époque de Chevardnadze, un poste d’ambassadeur est avant tout un fief…Aujourd’hui, il faut le dire, Saakashvili a restauré le même système et les ambassades continuent d’être des prébendes. Un troisième facteur a joué dans mon éviction, c’est l’orientation de la politique étrangère. J’ai été remerciée au moment où je venais de réussir une négociation très importante pour notre pays : le départ des bases militaires russes…J’étais proche de conclure un règlement des conflits en collaboration avec l’OSCE et les Américains…Je suis remerciée en Novembre 2005 et mon départ correspond à un durcissement de ton à l’égard de la Russie et à l’augmentation des tensions dans les territoires en conflit. Au-delà de mon propre sort, on peut regretter que mon départ mette un terme à un horizon de pacification qui est absolument nécessaire pour l’avenir. Tout cela s’est déroulé à l’aide de méthodes dignes des grands procès en vigueur en 1937… »
Sur la jeune garde qui a pris le pouvoir autour de Saakashvili et accapare ce pouvoir : « …On est dans un système étrange, toute cette jeune génération qui travaillait au sein de ces ONG a été intégrée au pouvoir. La principale chaîne privée, Roustavi 2, qui a été au cœur du changement pendant la révolution des roses, est devenue la chaîne « des gens qui ont gagné » ; elle en a fait d’ailleurs, un temps, son slogan publicitaire…Il n’y a plus de télévision d’opposition. Le Parlement est composé aux trois-quarts de députés à la solde du Gouvernement…Le système judiciaire, qui était déjà imparfait, est en piteux état…On peut dire sans détour que le pouvoir judiciaire est dominé par l’argent…depuis l’arrivée du système Saakashvili, on a assisté à une perversion du système et on peut malheureusement dire que l’on va de plus en plus vers un régime para-totalitaire. »

02 sep 2008 / berdca

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mardi, septembre 02, 2008

Congrès mondial de l’eau à Montpellier du 1er au 4 septembre

Action contre la Faim utilise la télédétection pour prévenir les effets dévastateurs de la sécheresse au Mali et au Niger
EVENENEMENT / Unicef

- Action contre la Faim présentera au prochain Congrès Mondial de l’Eau un projet innovant pour prévenir les effets de la sécheresse dans les pays les plus pauvres du monde, à travers la télédétection, c'est-à-dire des images-satellite.
- Grâce à l’expérience acquise en Azerbaïdjan, les représentants de l’organisation expliqueront comment la gestion publique de l’eau au niveau local peut assurer une fourniture à long terme.
Les avantages de la télédétection sont innombrables. Mais son application dans les domaines de la coopération internationale est moins connue. L’organisation présentera lors du Congrès Mondial de l’Eau à Montpellier- qui réunit les communautés scientifique et humanitaire- les progrès réalisé sur le terrain grâce au système d’information géographique (SIG), utilisé depuis 2 ans au Mali et au Niger. Ce système permet de prévenir les futures sécheresses et donc les potentielles crises alimentaires.
Le système est très simple : à travers une cartographie satellitaire des zones d’élevage de la population nomade, ces dernières peuvent obtenir des informations actualisées sur les meilleures zones de pâturage. Le gouvernement et les ONG peuvent prévoir les sécheresses et alerter la population affectée, évitant les effets dévastateurs d’une crise alimentaire pour manque d’eau dans une région désertique comme le Sahel.
« Dans cette région de l’Afrique, il existe une seule saison des pluies dont dépendent totalement les agriculteurs et les éleveurs. Elle change chaque année et ces petits changements peuvent avoir des répercussions dramatiques sur la récolte ou le bétail. Les anticiper nous permet d’éviter des crises comme celle du Niger en 2005 quand plus de 200.000 enfants sombrèrent dans la malnutrition aigue » affirme Jean Bastide, chef du projet d’ACF-Espagne au Mali.
Pour assurer sa pérennité, ce système d’alerte dépend déjà du gouvernement Malien qui collabore avec ACF. Pour la réalisation, l’organisation a été appuyé par le CesBio, le Centre d’Etudes Spéciales de la Biosphère basé à Toulouse et avec le financement de l’AECID (Agence Espagnole de Coopération Internationale pour le Développement). Suite aux bons résultats obtenus au Mali, ACF-Espagne a décidé d’implémenter ce même système au Niger.
Gestion de l’eau en Azerbaïdjan
De plus ACF-Espagne présentera également un projet de gestion publique de l’eau en Azerbaïdjan qui montre comment la gestion communautaire de l’eau peut garantir son accès à toute la population. “Dans des pays comme l’Azerbaïdjan où le système centralisé de fourniture est déficient, la solution pour fournir de l’eau au plus grand nombre est de leur permettre de la gérer directement” explique Pablo Alcalde, responsable d’Eau et Assainissement d’ACF-Espagne.
Apre le conflit pour l’indépendance avec l’ex-Union Soviétique en 1991, l’Azerbaïdjan a connu affrontements avec l’Arménie, un conflit qui laissa les infrastructures d’eau dans un état déplorable : un tiers des puits n’avait plus d’eau potable ; l’état des canalisations rendaient l’eau impure et le 53% de femmes devait marcher jusqu’à 1 heure pour collecter l’eau. ACF-Espagne a débuté en 2006 un projet destiné à 10.000 personnes, installant 8 nouveaux puits, réhabilitant une partie du réseau hydrique et créant 13 associations pour le maintenir.
L’organisation profitera de cette rencontre mondiale sur l’eau comme d’un haut-parleur pour partager ces deux expériences innovantes à toute la communauté internationale. Deux projets qui s’intègrent dans la mission humanitaire qu’ACF-Espagne réalise dans le Sahel et la Caucase depuis désormais plus de dix ans.

2.9.08 22:28
http://basta.20six.fr/basta/art/104385615/

Lire aussi :
Ouverture du ramadan sur fond d'inflation et de répit des violences
Les musulmans ont entamé le mois de jeûne et fête du ramadan sur une note d'optimisme grace à un répit des violences en certains points chauds du monde islamique mais aussi d'inquiètude devant la flambée des prix des produits alimentaires.
http://basta.20six.fr/basta/art/104238099/
Ouverture_du_ramadan_sur_fond_d_inflation
_et_de_repit_des_violences

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lundi, septembre 01, 2008

La menace terroriste : un instrument pour limiter les libertés

L’affaire Glättli, du nom de ce parlementaire placé à on insu sous surveillance politique, secoue la Suisse. La Confédération, qui se targue d’un sens pointilleux de la démocratie, s’est laissée contaminer par les États-Unis du Patriot Act et Israël. Elle a commencé à en adopter les méthodes sécuritaires. Première victime du système, le député Balthasar Glättli répond à nos questions.
Silvia Cattori* / Réseau Voltaire /
Entretien avec Balthasar Glättli
Dix-neuf ans après le « scandale des fiches », au cours duquel les Suisses apprirent que 900 000 d’entre eux avaient été fichés par divers services de police, la Confédération découvre qu’elle a renoué avec de vieux démons.
Sous l’impulsion des États-Unis et d’Israël, la Suisse a adopté des législations d’exception qui ont ouvert la voie à bien des abus. Ce faisant, la Confédération rejoint les nombreux États qui ont été contaminés par la dérive états-unienne et ont cessé de respecter les droits fondamentaux.
Au-delà de la restriction des droits politiques, cette surveillance pose également la question de la corruption de citoyens recrutés comme indicateurs et appelés à trahir leurs amis.
Le parlementaire zurichois, Balthasar Glättli , 36 ans, qui a récemment eu la désagréable surprise de découvrir qu’il était mis sous la surveillance d’agents secrets, évoque ici son histoire ; et il appelle ses concitoyens à s’assurer qu’ils ne sont pas « fichés » eux aussi.
Silvia Cattori : Comment en êtes-vous venu à découvrir que vous faisiez l’objet d’une surveillance de la part des services de renseignement helvétiques [1] ?
Balthasar Glättli : Fin mars 2008, avec d’autres associations et personnes qui travaillent dans nos bureaux [2], nous avons eu la curiosité de savoir si nos noms figuraient sur l’ordinateur de la banque de données du Service d’analyse et de prévention ; autrement dit, si nous étions « fichés ». Nous avons décidé d’adresser une demande à M. Thür, le « Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence ».
Le 17 juillet 2008, nous avons reçu, en réponse, un petit résumé où M. Thür nous signifiait que notre association ne figurait pas dans le fichier mais que mon nom y figurait. C’est ainsi que j’ai découvert que j’étais « fiché » à titre personnel [3] et que l’inscription de mon nom, sur la banque des données de la Police fédérale, avait commencé en 2005 ; période où j’avais adressé à la ville de Zurich une demande d’autorisation à manifester en soutien au peuple palestinien. Je tiens à préciser qu’il n’y avait eu aucune violence lors de cette manifestation.
Silvia Cattori : Etait-ce une raison suffisante pour faire de vous un suspect et instaurer des mesures de surveillance policière à votre encontre ?
Balthasar Glättli : La loi fédérale instituant des « Mesures visant au maintien de la sûreté intérieure » (LMSI), dit clairement que personne ne peut être mis sous surveillance, ni être « fiché », à cause de son engagement politique [4]. Il n’y a qu’une exception qui autorise cette surveillance : lorsque des personnes se servent de l’exercice de leurs droits politiques pour dissimuler des actions extrémistes ou terroristes.
Silvia Cattori : Si j’ai bien compris, votre activité, en défense des droits des Palestiniens, est à l’origine de cette surveillance secrète. Ce qui voudrait dire que la police fédérale considère que les personnes qui soutiennent la cause des Palestiniens sous occupation israélienne, sont assimilables à des « extrémistes » ?
Balthasar Glättli : Sur la base des rares informations fournies, on ne peut que le conjecturer. Dans le cadre du contexte légal actuel, je n’ai rien reçu de précis qui me permette de savoir ce qui a été réellement inscrit sur ma « fiche » ; je n’ai reçu qu’un résumé succinct établi par le Préposé à la protection des données.
Silvia Cattori : Ce fichage révèle que la police s’en prend à des gens pour délit d’opinion ! N’est-ce pas là une grande nouvelle ?
Balthasar Glättli : Oui, c’est une grande nouvelle. Selon l’organisation « Droits fondamentaux » [5] je suis même la première personne à bénéficier d’une telle indication.
Silvia Cattori : Toute personne qui veut savoir si elle est surveillée peut-elle déposer une demande ?
Balthasar Glättli : Selon la loi fédérale LMSI, tout un chacun peut adresser une demande au Préposé fédéral pour savoir si son nom est inscrit dans la banque des données de la police fédérale. Il faut savoir que le Préposé fédéral ne peut consulter cette banque de données que lorsqu’une personne lui en adresse la demande. Dès qu’il introduit le nom d’une personne, il peut voir si elle est « fichée ». Et, si c’est le cas, il peut lire le contenu et savoir dans quelles circonstances la police a commencé à mettre cette personne sous surveillance.
Toutefois, la réponse du Préposé fédéral ne permet pas à la personne qui en a fait la demande de savoir si elle est « fichée ». Car il s’agit d’une « lettre standard » qui se limite à dire que le Service d’analyse et de prévention a agi conformément à la loi. Rien de plus.
Lors de cette vérification, le Préposé fédéral a le devoir d’examiner si les informations policières collectées l’ont été en conformité avec la loi. S’il découvre des erreurs, il doit demander à l’Office fédéral de les corriger. C’est ainsi que la procédure fonctionne depuis l’entrée en vigueur de la LMSI en juillet 1998.
Il y a néanmoins, dans cette loi, un paragraphe qui accorde une exception [6]. Cette exception concerne, par exemple, des gens qui, en cas de fichage incorrect, se verraient refuser des postes dans l’administration fédérale. Le Préposé fédéral peut, dans ce cas, à titre exceptionnel, fournir aux personnes qui en font la demande, un bref résumé qui leur permet de savoir s’ils sont fichés et, en cas d’erreurs, de les faire rectifier..
Bien que je ne me trouvais pas dans ce cas de figure, le Préposé fédéral, a choisi de me mettre au bénéfice de ce droit d’exception. C’est ce droit d’exception qui m’a permis de savoir que je faisais l’objet d’une surveillance depuis trois ans.
Silvia Cattori : L’autorité administrative a donc fait là un choix significatif ! Devant un cas aussi problématique - la découverte que des agents secrets espionnaient un homme politique – le Préposé devait-il répondre à votre requête comme il l’a fait ? De façon à ce que cette affaire éclate au grand jour ?
Balthasar Glättli : Le Préposé fédéral est une instance de contrôle indépendante de la police politique et de l’administration. Je pense que, dans ce cas, M. Thür a pleinement assumé son rôle de responsable. Il est l’avocat du peuple et non pas de l’administration. C’est la philosophie de ce poste qui le veut. Certes, une autre personne à sa place, n’aurait peut-être pas agi de la même façon.
Silvia Cattori : L’article de loi, qui permet d’espionner des gens soupçonnés de « préparation ou exécution d’actes relevant du terrorisme », ne prête-t-il pas à ce genre d’abus ? Avez-vous le sentiment que le contrôle parlementaire et les commissions de gestion fonctionnent bien ?
Balthasar Glättli : Le risque de tels abus existe ; il ne pourra pas être totalement empêché, aussi longtemps que l’on est dans cette situation de sureté intérieure. Sans doute pourrait-on réduire sensiblement le risque d’abus si, premièrement, l’on rétablissait le droit d’accès direct aux fiches pour tous ; si deuxièmement, l’on donnait davantage de pouvoirs et de compétences à la commission parlementaire de contrôle ; si troisièmement, l’on accordait au Préposé fédéral à la protection des données davantage de personnel et un pouvoir de contrôle direct. Voilà trois exigences, clairement exprimées à l’époque, en réaction au « scandale des fiches », qui, malheureusement, ne sont toujours pas remplies à ce jour.
Silvia Cattori : D’autres personnalités politiques ont également été mises sous surveillance [7]. Ces révélations suggèrent-elles que la Suisse est entrée dans un système de contrôle policier pire que celui qu’elle avait connu entre 1960 et 1990 ? Cela ne laisse-t-il pas supposer qu’il y a des dysfonctionnements à tous les étages ?
Balthasar Glättli : Oui. Après « l’affaire des fiches » en 1990, qui avait révélé qu’il y avait une véritable police politique, non seulement au niveau fédéral, mais aussi au niveau cantonal - dans la ville de Zurich par exemple, il y a eu une enquête parlementaire sur l’activité de la police politique communale. Une Commission de gestion (CdG) locale a ensuite été chargée de contrôler les activités de la police fédérale et les données policières, en association avec une sous-commission.
Silvia Cattori : La police fédérale disposerait actuellement de 110 000 fiches ?
Balthasar Glättli : Ce chiffre n’est pas confirmé ; il pourrait s’avérer plus grand encore.
Silvia Cattori : Que comptez-vous faire maintenant ?
Balthasar Glättli : Je veux maintenant chercher à obtenir l’entier de ce qui a été collecté et inscrit sur ma fiche. Et je vais écrire à l’Office fédéral pour exiger que les informations collectées à mon sujet soient retirées de la banque de données.
Imaginez cette chose incroyable : on m’a mis sous surveillance ; donc je suis soupçonné d’avoir un lien avec le terrorisme, alors que je ne suis qu’un simple militant, un membre du parti écologique VERT, qui mène une action politique publique. Je suis donc un bon exemple pour démontrer que la police fédérale est en train de passer la limite ; que cette police n’accepte pas de se conformer aux règles clairement établies par la loi.
Silvia Cattori : Allez-vous encourager les gens, dont l’opinion ou l’activité politique est susceptible d’intéresser la police, à connaître leur situation en matière de fichage ? Y a-t-il des forces politiques, des associations, avec lesquelles vous comptez agir pour exiger des autorités qu’elles mettent un terme aux activités illégales de cette police secrète ?
Balthasar Glättli : Oui, notre association entend porter à la connaissance des gens cette affaire de fichage pour les encourager à savoir s’ils font l’objet d’une surveillance et s’assurer qu’ils ne sont pas fichés abusivement. Il est impératif que le plus de gens possible déposent leur demande auprès du Préposé fédéral, M. Thür, pour savoir s’ils sont fichés.
Nous sommes bien évidemment conscients qu’aujourd’hui, avec les archives électroniques, il est plus difficile de vérifier ce qui se passe que lors de la précédente « affaire des fiches ». C’est pourquoi, nous allons exiger du Conseil fédéral qu’il prenne toutes les précautions pour que la police politique ne puisse en rien modifier ou effacer le contenu des fiches. Il est impératif que toutes les informations collectés illégalement soient soustraites au « Service d’analyse et de prévention » et consigné dans les archives fédérales. Ceci pour s’assurer que ce service de police n’y ait plus du tout accès et ne puisse en aucun cas effacer les traces de toute cette activité illégale. D’après la loi, et l’ordonnance respective, les données et les dossiers devenus inutiles, ou destinés à être effacés, doivent être transmis aux archives de la Confédération [8]. Ceci de manière à ne plus permettre à la police de les modifier.
Nous demandons également, que toutes les fiches soient examinées et, qu’après un certain délai, elles puissent être accessibles, non seulement à ceux qui font des recherches scientifiques, mais aussi aux « fichés » eux-mêmes.
Silvia Cattori : Qu’attendez-vous de la part des autorités locales et fédérales ?
Balthasar Glättli : Je suis intervenu auprès de la sous-commission de contrôle de la ville Zurich, pour lui demander de vérifier ce qu’il y a dans les archives de la police communale à mon sujet. J’attends donc des autorités locales qu’elles interviennent et agissent de façon à obtenir que tout le monde ait la possibilité de consulter sa fiche.
J’espère vivement que nos démarches conduiront à un changement de la politique suivie jusqu’ici par Berne. Pour l’instant, si j’en juge par les déclarations de M. Urs von Daeniken, chef de la Division principale du « Service d’analyse et de prévention », les choses ne vont pas dans la bonne direction. Au journaliste du Sonntag Blick qui lui demandait pourquoi on m’a mis sous surveillance, « fiché » pour le simple fait d’avoir demandé l’autorisation d’une manifestation pacifique, il a répondu :« Il y a bien sûr des raisons pour que l’on ait constitué cette fiche ». La presse locale a repris les affirmations de M. Daeniken qui maintiennent en substance, que les fiches ne sont pas le problème, que le vrai problème ce sont les moyens de contrôle limités qui entravent les services de police dans leur tâche de « protéger les Suisses du terrorisme ».
Ce genre de propos, qui tendent à insinuer que de graves suspicions pèsent sur moi, que je serais assimilable à des « terroristes » ou des « extrémistes », sont intolérables. C’est pourquoi je ne vais pas en rester là. Je veux savoir tout ce qui s’est passé. Je veux savoir si la police locale a collecté des informations me concernant, dans d’autres circonstances que celles évoquées, mais qui n’apparaissent pas sur l’ordinateur de la police fédérale. Je veux savoir quel genre d’information la police de Zurich a transféré à la police fédérale durant trois années de surveillance et aussi combien de personnes sont concernées par ce fichage.
Je pars de l’hypothèse que, même si il n’y a pas de fichier ou d’informations stockées sur telle ou telle personne dans la banque de données fédérales, il se pourrait que, dans les Cantons, ou au niveau local, il y ait également des informations archivées. En effet, le processus de surveillance, de collecte et de fichage, est le fait de policiers cantonaux et – pour la ville de Zurich, ou de n’importe qu’elle localité, de policiers communaux. Ce sont donc les policiers locaux qui rédigent des rapports sur les gens surveillés et leurs activités ; ils transfèrent ensuite ces rapports à la police fédérale. C’est cette dernière qui décide si telle ou telle information sera stockée et conservée dans la banque de données fédérale.
Silvia Cattori : Je vous remercie de nous avoir accordé cet entretien.

Silvia CattoriJournaliste suisse.
1] Il s’agit du « Service d’analyse et de prévention » (SAP). Ce service de renseignement fédéral a été vivement critiqué en 2006, quand les Suisses ont découvert qu’il avait fait surveiller par un agent secret le centre islamique de Genève, dirigé par M. Hani Ramadan, un intellectuel suisse de confession musulmane. Les méthodes illégales du SAP, dans la surveillance de M. Ramadan, et les raisons de cette infiltration abusive, restent encore à éclaircir.
[2] M. Balthasar Glättli est directeur de l’association « Solidarité sans frontières ». Il est membre (Vert) du Parlement de la ville de Zurich.
[3] Voir la réponse du PFPDT à M. Glättli.
[4] L’article de loi qui règle les limites du fichage (état au 1er août 2008), L’ensemble de la loi.
[5] Voir : http://www.droitsfondamentaux.ch/2008/aktuell23072008.shtml
[6] L’art. 18 règle le droit d’être renseigné. Pour ce qui est de M. Glättli, le Préposé fédéral à la protection des données et à la transparence (PFPDT) s’est basé sur le paragraphe 18.3 qui prévoit une réponse sommaire dans des cas exceptionnels (et non pas l’art 18.1 qui n’apprend rien au requérant).
[7] L’arrestation du journaliste du Wochen Zeitung (WoZ) à Berne, lors d’une manifestation de protestation contre le Forum économique mondial (WEF) le 19 janvier 2008, par un agent secret qui avait suivi le journaliste les jours précédents, a permis de lever un coin du voile sur les activités réelles de la police fédérale. La découverte que six députés socialistes à Bâle étaient espionnés, agite depuis quelques mois les milieux politiques concernés.
[8] Voir l’ordonnance sur le système de traitement des données relatives à la protection de l’État, article 20.
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