vendredi, mars 16, 2007

« Préparez vos adieux aux armes »

Lettre ouverte au général Petraeus, commandant des forces impériales en Iraq
J’ai été informé par le Manchester Guardian, le New York Times, le Wall Street Journal et le Washington Post que vous avez d’impeccables références académiques et militaires. Bush vous a désigné comme "Commandant des forces multinationales en Iraq". Vous avez ainsi donc le pouvoir de mettre en application vos théories contre-insurrectionnelles si médiatisées. Vous êtes presque mon homonyme – ayant une version romanisée, de mon nom hellénisé [Petraeus/Petras]. Vous avez été surnommé "guerrier" ou "intellectuel contre-insurrectionnel". Pour ma part j’ai les références d’un intellectuel "insurgé" ou plutôt, selon la définition d’Alex Cockburn, d’"un adhérent, depuis cinquante ans, à la lutte de classe". Ceux qui font votre publicité vous ont décrit comme la dernière meilleure chance que possèdent les USA pour sauver (l’empire) en Iraq. Il n’est pas étonnant que les Démocrates au Congrès, conduits par la sénatrice Hillary Clinton, se soient mis à genoux pour louer et soutenir votre professionnalisme, ainsi que vos états de service en Iraq du Nord. Soit, admettons que vous jouissez d’un avantage: le soutien des deux partis, de la Maison Blanche, du Congrès et des mass-médias. Cependant, étant un intellectuel insurgé, je ne suis pas du tout convaincu que vous allez ou même que vous devriez, réussir à préserver l’Iraq pour l’empire. Mieux encore, je crois véritablement à votre échec. Vos hypothèses de départ, vos stratégies basées sur des analyses politiques fondamentalement fausses, auront des conséquences militaires profondes.
par James Petras /
Mondialisation.ca, Le 15 mars 2007 /
Tlaxcala
“Cet homme peut-il sauver l’Irak ? L’universitaire guerrier forme les Irakiens à se battre pour eux-mêmes. Mission d’initié impossible »

Commençons par vos succès militaires, qui ont été tant vantés, en Iraq du Nord – particulièrement dans la province de Ninive. L’Iraq du Nord, Ninive en particulier, est dominée par des chefs militaires et tribaux, ainsi que des patrons de partis politiques, kurdes. La stabilité relative de la région doit peu, pour ne pas dire rien, à vos prouesses contre-insurrectionnelles, et bien plus aux aspirations des Kurdes de la région à "l’indépendance" ou au "séparatisme". Dit crûment, le soutien militaire et financier des USA et d’Israël au séparatisme kurde a produit un État kurde indépendant de facto, matérialisé par le nettoyage ethnique brutal de grandes concentrations de citoyens turkmènes et arabes. Général Petraeus, en donnant libre cours aux aspirations à un "Grand Kurdistan" ethniquement purifié qui empiète sur la Turquie, l’Iran et la Syrie, vous vous êtes assuré la loyauté des milices kurdes et en particulier des meurtrières "forces spéciales" Peshmerga, pour vous aider à éliminer la résistance à l’occupation usaméricaine à Ninive. En plus, les Peshmerga ont fourni aux USA des unités spéciales pour infiltrer des groupes de la résistance iraquienne, ainsi que pour provoquer des frictions intercommunautaires, y compris des incidents terroristes contre la population civile. En d’autres termes, le succès du général Petreaus en Iraq du Nord n’est pas reproductible dans le reste de l’Iraq. En fait vos succès dans le découpage de la portion kurde de l’Iraq ont aggravé les hostilités dans le reste du pays.
Votre théorie "Sécuriser et Tenir" un territoire présuppose une force militaire hautement motivée, fiable et capable de résister à l’hostilité d’au moins 80% de la population colonisée. Le fond de la question est que le moral des soldats étatsuniens - ceux qui sont déjà en Iraq ainsi que ceux qu’il prévu d’y envoyer - est très éprouvé. Maintenant, parmi ceux qui cherchent un moyen rapide pour quitter les forces armées, on trouve aussi des soldats et des sous-officiers de carrière – l’ossature de l’armée. (Financial Times, 3-4 mars 2007 p.2).

Les absences non-autorisées (AWOL) [désertions - NdT] sont montées en flèche – 14.000 entre 2000 et 2005 (FT ibid.) en mars plus de mille en soldats en service actif, réservistes et fusiliers-marins ont soumis une pétition au Congrès pour que les USA se retirent de l’Iraq. L’opposition manifestée par des généraux à la retraite et en activité, contre l’escalade des effectifs décidée par Bush, se propage vers le bas de la hiérarchie militaire et on entend une grogne, particulièrement parmi les réservistes en service actif dont le temps de service a été prolongé à répétition ("conscription par la porte de service"). Les longs séjours ou rotations rapides ont un effet démoralisateur et sapent tout effort qui vise à "consolider les liens" entre les officiers étatsuniens et iraquiens et pour gagner la confiance de la population locale. Si les troupes étatsuniennes sont profondément perturbées par la guerre en Iraq, et de plus en plus enclines à la désertion et à la démoralisation, l’armée mercenaire iraquienne est encore moins fiable. Les Iraquiens recrutés sur la base de la faim et du chômage (causés par la guerre que les USA leur ont imposée), avec des attaches familiales, ethniques et nationales pour un Iraq libre et indépendant, ne font pas des soldats sur qui on peut compter. Tout expert sérieux vous dira que les divisions de la société iraquienne se reflètent dans la loyauté des soldats.
Général Petraeus, comptez vos troupes chaque jour, parce que quelques-unes de plus s’égareront et peut-être dans l’avenir vous trouverez-vous face à un terrain d’exercices vide ou pire encore une révolte dans vos casernes.

Le taux élevé persistant de pertes parmi les soldats étatsuniens et les civils iraquiens au cours du premier mois de votre commandement, suggère que votre plan de "Tenir et Sécuriser" Bagdad n’a pas réussi à modifier la situation dans son ensemble.

Petraeus, votre « manuel de règles » donne la priorité à la "sécurité et au partage des tâches comme des moyens pour transmettre le pouvoir aux civils et encourager la réconciliation nationale". La sécurité est fugace parce que ce que, pour le commandant US , la « sécurité », cela veut dire le libre mouvement des troupes étatsuniennes et celles de leurs collaborateurs, et qu’elle est basée sur l’insécurité où vit la majorité iraquienne colonisés est assujettie à des fouilles maison par maison, des effractions de leur domiciles, de fouilles au corps humiliantes et des arrestations. "Le partage des tâches" sous un général usaméricain et ses forces militaires n’est qu’un euphémisme pour "la collaboration iraquienne" "exécutant" vos ordres.

Le "partage" implique un rapport de force particulièrement asymétrique: les USA ordonnent et les Iraquiens exécutent. Les USA définissent la "tâche" d’informer sur les insurgés, et la population est censée fournir des "informations" sur leurs familles, leurs amis et leurs compatriotes, autrement dit trahir leur peuple. Cependant, cela semble plus facile à écrire dans votre manuel qu’à réaliser sur le terrain.

"Transférer le pouvoir aux civils" comme vous dites, assume que ceux qui "ont le pouvoir" le cèdent aux "autres". Autrement dit, les militaires étatsuniens cèdent la gestion du territoire, de la sécurité, des ressources financières et de leur distribution au peuple colonisé. Mais ce sont précisément ces gens qui protègent et soutiennent les insurgés qui s’opposent à l’occupation usaméricaine et à son régime fantoche.
Sinon, Commandant, ce que vous voulez dire c’est "transférer le pouvoir" à une petite minorité de civils volontaires à collaborer avec l’armée d’occupation.
La minorité civile que vous aurez "habilité" aura besoin d’une protection militaire usaméricaine pour la protéger des représailles.

Jusqu’à présent rien de tel n’est arrivé, il n’y a pas de collaborateurs de quartier auxquels ont été délégués de vrais pouvoirs. Ceux qui en ont eu, sont morts, se cachent ou sont en fuite.

Petraeus, votre but de "réconciliation nationale" présume que l’Iraq existe en tant que nation souveraine libre. Ceci est une condition préalable à la réconciliation de deux adversaires en guerre. Mais la colonisation usaméricaine de l’Iraq est un déni flagrant des conditions de réconciliation. Ce n’est que lorsque l’Iraq se sera libéré de vous, Commandant Petraeus, de votre armée et des diktats de la Maison Blanche, que les adversaires pourront négocier et chercher la "conciliation". Il n’y a que les groupes politiques fondés sur la souveraineté populaire iraquienne, qui peuvent participer à ce processus. Autrement, ce dont vous parlez n’est en fait rien d’autre que l’imposition par des moyens militaires de la "réconciliation" entre groupes collaborationnistes adversaires, mais qui n’ont aucune légitimité auprès de l’électorat iraquien.

L’ancienne clintonette Sarah Sewall (ex-vice- secrétaire adjointe à la Défense et "experte aux Affaires étrangères" basée à Harvard) était extatique à l’annonce de votre nomination. Elle prétend que "le faible rapport troupes/tâche" pourrait avoir un effet adverse sur votre stratégie (Guardian, 6.3.2007). Le rapport "troupes/tâche" forme la base de la "critique" des sénateurs Démocrates Hillary Clinton et Charles Schumers, concernant la politique de Bush en Iraq. Leur solution consiste à envoyer "encore plus de troupes". Cet argument nous interpelle: la nécessité d’améliorer le « rapport » en envoyant un plus grand nombre de soldats reflète l’intensité de l’opposition de la masse populaire à l’occupation usaméricaine,, ce qui est en rapport direct avec l’augmentation du soutien de voisinage à la résistance iraquienne. Si la majorité de la population et la résistance ne s’opposaient pas aux armées impériales, alors n’importe quel rapport aurait été adéquat – même quelques centaines de soldats qui traîneraient dans la Zone Verte, l’ambassade usaméricaine ou dans les bordels locaux.
Les préceptes de votre fascicule piochent lourdement dans la doctrine contre-insurrectionnelle "Nettoyez et tenez" du général Creighton Abrams de l’époque de la guerre du Vietnam. Abrams avait ordonné une vaste offensive chimique, qui a pulvérisé des milliers d’hectares avec le mortel "agent orange" dans le but de "nettoyer" le territoire contesté. Il a approuvé le plan Phœnix – l’assassinat systématique de 25.000 chefs de village pour "nettoyer" les insurgés locaux. Abrams avait mis en place le programme des "hameaux stratégiques", le déplacement forcé de millions de paysans vietnamiens dans des camps de concentration. À la fin sa stratégie de "Nettoyer et Tenir" a échoué parce que chaque mesure étendait et renforçait l’hostilité populaire, et simultanément augmentait le nombre de recrues pour l’armée de libération nationale vietnamienne.

Petraeus, vous êtes en train de suivre la doctrine d’Abrams. Entre le 5 et le 7 mars 2007 ont eu lieu des bombardements à grande échelle de quartiers sunnites, densément habités, des arrestations massives de chefs locaux suspects ont été accompagnées d’encerclements militaires de quartiers entiers, alors que les fouilles abusives maison par maison ont transformé Bagdad en un grand camp de concentration. Comme votre prédécesseur, le général Creighton Abrams, vous voulez détruire Bagdad pour la sauver. En fait votre politique consiste tout simplement à punir des civils et aggraver l’hostilité de la population de Bagdad. Pendant ce temps les insurgés se fondent dans la population locale ou dans les provinces avoisinantes de Al Anbar, Diyala et Salaheddine, Petraeus. Vous oubliez que bien que vous puissiez "tenir" un peuple otage avec des véhicules blindés, vous ne pouvez pas administrer le pays par les armes. L’échec du général Creighton Abrams n’était pas dû au manque de "volonté politique" de la part des USA comme il s’en était plaint, mais au fait que le "nettoyage" d’une région n’a qu’un effet temporaire. L’insurrection est fondée sur sa capacité à se fondre dans le peuple. Vous vous partez de présupposés de base faux : que le "peuple" et les "insurgés" sont deux groupes distincts et opposés, et que vos forces au sol et vos mercenaires iraquiens sont capables de reconnaître et d’exploiter cette divergence, "nettoyer" les insurgés et "tenir" le peuple. Quatre années d’invasion, d’occupation et de guerre impériale témoignent du contraire. Il a été démontré que - malgré plus de 140.000 soldats US, près de 200.000 mercenaires iraquiens et plus de 50.000 mercenaires étrangers, et après quatre années de guerre coloniale - l’insurrection a bénéficié d’un large et constant soutien de la population. La taux élevé de civils tués, par les Étatsuniens et leurs mercenaires, de civils par rapport à celui des insurgés, suggère que nos troupes n’ont pas été capables de faire la différence entre civils et insurgés (ou alors qu’ils ne tenaient pas à la faire). L’insurrection bénéficie de liens de soutien avec des membres de familles étendues, des amis proches, des voisins, des chefs religieux, des nationalistes et des patriotes. Ces liens au premier, second et troisième degré, attachent l’insurrection à la population. Il n’est pas de même pour les militaires étatsuniens et leurs politiciens fantoches.

Général, vous avez déjà reconnu après un mois de commandement que votre plan "de protéger et de sécuriser la population civile" est en train d’échouer. Alors que vous inondez les rues de Bagdad avec vos véhicules blindés, et vous reconnaissez que les "forces anti-gouvernementales se regroupent au Nord de la capitale". Vous êtes condamné à jouer ce que le Général de division Robert Gaid appelait, si peu poétiquement, "taper la taupe: Les insurgés seront éliminés à un endroit pour reparaître à un autre".

Ce serait présomptueux, Général, de croire que la population ignore que les "forces spéciales" de l’occupation, avec lesquelles vous êtes intimement lié, sont responsables en grande partie du conflit ethnico-religieux. Le journaliste d’investigation Max Fuller dans son examen détaillé des documents souligne que la vaste majorité des atrocités …attribuées à des milices "racaille" chiites ou sunnites "étaient en fait l’œuvre de commandos des ‘forces spéciales’ contrôlés par le gouvernement; entraînées et ‘conseillées’ par des Étatsuniens et commandés en grande partie par des anciens agents de la CIA" (Chris Floyd Ulster sur Euphrate. La guerre sale anglo-usaméricaine truthout.org). Votre tentative de jouer au jeu du "bon flic/méchant flic" pour "diviser et régner" a mal tourné. Elle est voué à l’échec.

Vous avez reconnu le contexte politique plus large de la guerre! "Il n’y a pas de solution militaire à un problème tel que l’Iraq, tel que l’insurrection…. En Iraq l’action militaire est nécessaire pour améliorer la sécurité… mais c’est insuffisant. Il faudrait aussi qu’il y ait un aspect politique" (BBC 8/3/2007). Pourtant "l’aspect politique clé" - comme vous dites – est la réduction, et non pas l’augmentation des troupes étatsuniennes , l’arrêt des attaques interminables contre les quartiers civils, la mise à terme des opérations spéciales et des assassinats qui visent à fomenter des conflits ethnico-religieux, et par-dessus tout un calendrier de retrait des forces étatsuniennes et de démantèlement de la chaîne de bases militaires étatsuniennes . Général Petraeus, vous ne voulez pas ou vous n’êtes pas en position de mettre en oeuvre ou de configurer un contexte politique approprié pour mettre fin à ce conflit. Votre référence à la "nécessité d’engager des pourparlers avec quelques groupes d’insurgés" soit ne sera pas entendue, soit elle sera considérée comme la continuation des tactiques de diviser pour régner (ou celle du "salami"), qui jusqu’à présent n’ont attiré aucun secteur de l’insurrection. Contrairement à vos impeccables états de service contre-insurrectionnels de Princeton/West Point, vous êtes surtout un tacticien, sage quand il s’agit de technique, mais médiocre quand il s’agit d’affronter un cadre politique de "décolonisation", dans lequel vos tactiques pourraient marcher.

Commandant Petraeus, vous avez été vif à saisir la difficulté de votre mission coloniale. Juste un mois après avoir pris le commandement vous vous êtes engagé dans les mêmes sophismes et discours à double sens que n’importe quel colonel « de brousse ». Pour maintenir le flux de fonds et de troupes de Washington, vous parlez de "réduction des tueries et du mécontentement à Bagdad", omettant subtilement l’augmentation des victimes civiles et usaméricainbes ailleurs. Vous avez parlé de quelques "signes encourageants" et admis aussi qu’il était "trop tôt pour entrevoir des tendances significatives"!

Vous vous êtes déjà donné une mission à calendrier illimité en prolongeant la durée de vos opérations de sécurité à Bagdad de quelques jours à des semaines et à des "mois" (et plus encore?) N’est-ce pas là un manière curieuse de préparer les politiciens étatsuniens à une guerre prolongée – avec peu de résultats significatifs? Il n’y a pas de mal qu’un guerrier philosophe couvre son derrière en anticipation d’un échec.

Général, je suis sûr qu’en tant qu’ intellectuel militaire vous avez lu 1984 de George Orwell, parce que vous parlez couramment le double langage. Dans le même souffle vous dites qu’il n’y a « pas de nécessité immédiate de demander que d’avantage de troupes soient déployées en Iraq" (autres que les 21.500 déjà en route), et vous demandez 2.200 policiers militaire supplémentaires pour se charger, à Bagdad, de la prochaine incarcération massive de suspects civils.

Dans le "franc parler" concernant le nombre de troupes dans le temps présent pour votre guerre, vous préparez les conditions pour une escalade dans le futur proche. "Pour l’instant nous ne voyons pas la nécessité d’autres troupes. Mais cela ne veut pas dire qu’une tâche ou une mission émergente [souligné par l’auteur], n’en nécessiterait pas, et si c’est le cas, nous les demanderons"(Al Jazeera, 8.3.2007). Tout d’abord il y a un déferlement de troupes puis il y a une "mission émergeante" et avant de se rendre compte, il y a un autre lot de 50.000 soldats qui arrivent sur le sol alimenter ce hachoir à chair qu’est l’Iraq.

Oui général, vous êtes un fin maître en "double langage" - mais au-delà de ça, vous êtes, avec vos collègues de la Maison Blanche et le Congrès, voués à suivre le chemin de la défaite comme vos prédécesseurs en Indochine. Votre police militaire emprisonnera des milliers de civils, ou même d’avantage. Ils seront interrogés, torturés et peut-être que certains seront "cassés". Mais beaucoup d’autres prendront leur place. Votre politique de sécurité par l’intimidation "tiendra" tant que vos véhicules blindés dans chaque quartier pointeront leurs canons sur chaque bâtiment. Mais combien de temps pourriez-vous rester dans cette situation? Aussitôt que vous serez parti, les insurgés reviendront , ils peuvent continuer pendant des mois et des années parce que c’est là qu’ ils vivent et travaillent. Pas vous. Vous dirigez une armée coloniale coûteuse, qui subit des pertes sans fin. Tôt ou tard, les gens de chez nous vous forceront à partir.

Vos ambitions, général Petraeus, dépassent vos compétences. Il vaut mieux commencer à préparer vos adieux aux armes et espérer une promotion à Washington. Rappelez-vous vos chances sont maigres. Il n’y a que des généreux vainqueurs ou ceux qui ont resquillé leur service militaire qui peuvent être élus à la présidence. Mais y a toujours un professorat à l’École Kennedy de l’Université de Harvard pour un "intellectuel guerrier", qui est bon dans les livres, mais un désastre sur le terrain.


James Petras est l’auteur et éditeur de 67 livres en 31 langues. Son dernier ouvrage est The Power of Israel in the United States (Clarity Press). Ses écrits peuvent être consultés sur www.petras.lahaine.org

Original en anglais: http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=2195

Traduit de l’anglais par Alexandre Moumbaris et révisé par Fausto Giudice, membres de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est en Copyleft pour tout usage non-commercial : elle est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner sources et auteurs.

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jeudi, mars 15, 2007

Fiasco latino-américain pour le président des états-Unis

Amérique Latine . Le voyage de cinq jours de Georges Bush a été émaillé de nombreuses manifestations. Sur le plan diplomatique, le bilan est maigre.

Empoignant son bâton de pèlerin de la liberté et de « la générosité américaine », George Bush a sillonné l’Amérique latine du 8 au 14 mars. À l’heure où le président des États-Unis quitte le Mexique, ultime étape après le Guatemala, la Colombie, l’Uruguay et le Brésil, on peut s’interroger sur les retombées de cette tournée officielle émaillée de nombreuses manifestations. Une chose est sûre, si Bush a gagné quelque chose, c’est une forte dose de discrédit.

Même dans les deux pays d’Amérique centrale visités, pourtant dernier bastion de l’arrière-cour des États-Unis, le bilan n’est pas très reluisant. Comme ce fut le cas dans le sous-continent, George Bush a eu droit à des comités d’accueil hostiles, conspuant le néolibéralisme et l’impéralisme américain. Deux mille personnes ont manifesté lundi dans le centre de la capitale guatémaltèque contre l’accord de libre-échange de l’Amérique centrale (CAFTA) avec les États-Unis, et ont été violemment réprimées.

Comme convenu, le président des États-Unis, et son homologue guatémaltèque Oscar Berger, tout aussi impopulaire, ont abordé l’épineux dossier de l’immigration. Le premier a avancé la nécessité d’adopter d’ici août une réforme sur l’immigration, visant à durcir les conditions d’obtention de la fameuse carte de résident permanent, la « green card » (carte verte) autorisant à séjourner mais surtout à travailler sur le sol américain. Bush a défendu mordicus la construction d’un mur de séparation de plus de 1 000 km entre les États-Unis et le Mexique, censé contenir les flux migratoires. Le second, à l’instar de son voisin mexicain, ne s’inquiète tant pas du projet coercitif visant les sans-papiers (12 millions de Centre-américains se trouveraient actuellement aux États-Unis) mais de ses impacts économiques. Car, les immigrés, par l’intermédiaire de l’argent envoyé à leur famille, permettent aux économies régionales de se maintenir à flot. Quinze milliards ont été ainsi injectés au Mexique.

Autant dire qu’à Merida, dans l’État du Yucatan, où Bush a rencontré hier le président mexicain, Felipe Calderon, le temps n’était pas au beau fixe. Avant même sa venue, le chef de l’État mexicain, dont on sait combien l’accession au pouvoir a été laborieuse, ne s’est pas privé de dire que les relations entre leurs deux pays ne pouvaient pas être basée sur « la subordination ». Ces propos augurent d’un certain fléchissement, alors que le Mexique est considéré comme un pays allié de Washington. Il faut dire que les relations bilatérales ressemblent au baiser
de la mort.
Les retombées sociales et économiques de l’ALENA, la zone de libre-échange promue par Washington et regroupant aussi le Canada, sont épouvantables. Treize ans après sa création, l’unilatéralisme des échanges commerciaux au profit des États-Unis a miné les industries et les exploitations agricoles traditionnelles. En janvier dernier « la crise de la tortilla » - nourriture de base de la population - en raison de la hausse des prix liée à la diminution de la production de maïs alimentaire aux États-Unis a montré l’ampleur de la dépendance du pays. C’est cette même crise sociale, qui contraint chaque année plus de 400 000 Mexicains à rejoindre les États-Unis.

Felipe Calderon s’était également chargé de rappeler que « le crime organisé existe en fonction de la consommation de drogues des voisins du Nord ». Mais sur ce terrain de la lutte contre la criminalité et du narcotrafic, les discours l’ont, semble-t-il, une fois de plus emporter sur les actes. Finalement George Bush s’en est tenu à ses thèmes de prédilection - les vertus du libre-échange - en dépit du rejet qu’il provoque chez les populations locales et régionales, soumises aux ravages des politiques néolibérales dictées par le consensus de Washington.

Au terme de cette visite mouvementée, impossible de taire « l’autre tournée » entreprise par Hugo Chavez. Le président vénézuélien a pris un malin plaisir à parcourir le continent en plaidant pour l’intégration des peuples fondée sur la solidarité réciproque. Ainsi, Haïti, Cuba et le Venezuela ont signé lundi à Port-au-Prince, un accord de coopération tripartite portant sur la santé, l’énergie et le pétrole. « Ma présence ici c’est pour rembourser une partie de la dette du Venezuela envers Haïti », a déclaré Hugo Chavez. La « perle des Caraïbes » recevra 14 000 barils de pétrole vénézuélien dans le cadre du programme régional PetroCaribe. Cuba, pour sa part, a annoncé la venue de nouveaux médecins et formera gratuitement près de 800 étudiants haïtiens à l’école de médecine de La Havane.

Cathy Ceïbe / mercredi 14 mars 2007 / http://www.humanite.fr/

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mercredi, mars 14, 2007

Publication du rapport annuel 2006 de l'Observatoire

14/03/2007Rapport annuel 2006 / L’Obstination du témoignage

Le rapport annuel 2006 de l’Observatoire présente une analyse de la situation des défenseurs des droits de l’Homme dans chaque région du monde.
Ces analyses sont suivies de compilations regroupant l’ensemble des cas traités par l’Observatoire en 2006, ainsi que des mises à jour des cas figurant dans le rapport 2005.
Outre la présentation de cas de répression individuels ou collectifs, ce rapport s’attache également à analyser les tendances répressives visant les défenseurs et les stratégies mises en place par un certain nombre d’acteurs, au premier rang desquels se trouvent les Etats.
Les cas présentés sont le reflet des activités d’alerte, de mobilisation et d’appui menées par l’Observatoire sur la base des informations reçues d’organisations membres ou partenaires de l’OMCT et de la FIDH.
Cette nouvelle édition, préfacée par Kofi Annan, ancien Secrétaire général des Nations unies et qui coïncide avec les 10 ans d’existence de l’Observatoire, met à l’honneur ces femmes et ces hommes qui, chaque jour, et souvent au péril de leur vie, luttent pour que le droit l’emporte sur l’arbitraire. Les intervenants aborderont, notamment au travers de leur cas personnel, les difficultés auxquels ils doivent faire face chaque jour, ainsi que les menaces auxquelles ils sont confrontés.
.rapport annuel 2006 de l’Observatoire présente une analyse de la situation des défenseurs des droits de l’Homme dans chaque ...

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mardi, mars 13, 2007

Printemps des poetes


Poèmes sur l'Espoir
chante ce que personne encore n’a chantéLa guerre ni la paix des empires et la gloireD’un héros à sa charrue ...

13.3.07 14:58

basta / 14:58


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dimanche, mars 11, 2007

« Non seulement on absout la Cia, mais on revendique son impunité »


Entretien avec Claudio Gava par Il Manifesto
Mondialisation.ca, Le 9 mars 2007
Il manifesto
« Déséquilibré, sans application et pas juste », c’est ainsi que John Bellinger, porte-parole officiel de Condoleeza Rice qualifie le rapport sur les activités de la Cia en Europe, signé et approuvé par le Parlement Européen le 14 février. Tandis qu’augmentent les preuves d’activités illégales et, parallèlement, les signes de nervosité étasuniens : Human Rights Watch dénonce la disparition de 38 prisonniers et Washington répond par un coup de semonce préventif à toute éventuelle requête d’extradition, de la part de l’Italie, des 26 agents de la Cia impliqués dans l’enlèvement d’Abou Omar. Face à cette nouvelle offensive « diplomatique » étasunienne, l’Europe des gouvernements donne une nouvelle preuve de mutisme, l’Italie in primis. Entretien avec Claudio Gava (député européen, du Parti de Refondation Communiste, président de la commission d’enquête du Parlement européen et auteur du rapport, NDT).
Comment répondez-vous aux accusations de Bellinger ?
Il dit que le rapport est déséquilibré, fait sans application, et pas juste, mais ne répond pas sur ce qui est écrit dans mon rapport : il ne dit pas ce qu’il pense des 21 cas de rendition (extraordinary rendition, terme conservé en anglais par les journalistes italiens, signifie remise, consigne, livraison, de personnes enlevées, à un pays tiers, ici l’Egypte, où ces personnes sont généralement emprisonnées et torturées, NDT), que nous avons scrupuleusement reconstruits, des récits des 200 témoins, des documents de travail qui témoignent de l’activité clandestine et illégale de la Cia en Europe, des opérations couvertes, faites en violation totale des lois et des conventions internationales. Je voudrais comprendre quelle est l’évaluation du Département d’état sur ce sujet. Je ne voudrais pas que, de leur point de vue, les opérations justes, soignées et équilibrées ne soient que celles que nous appelons nous rendition. Je soupçonne que leur lecture des activités de la Cia est non seulement une absolution mais aussi une revendication, comme pour dire que cela « est » la façon de combattre le terrorisme : en passant par-dessus le droit international, en créant une deuxième voie pour les accusés de terrorisme, en réduisant à zéro les procédures judiciaires légales et les garanties processuelles pour les suspects, et en prétendant avoir sur cela une couverture légale totale ou une délégation entière de la part des gouvernements alliés. Le fait que quelqu’un leur dit que ça ne fonctionne pas, ou du moins que ça ne fonctionne pas en Europe, leur fait probablement un peu bizarre
Mais à part ta réaction et celle de quelques autres eurodéputés ou ONG, en Europe, c’est le silence.
Les gouvernements se taisent, regardent ailleurs, sont bâillonnés et aveugles là-dessus depuis des années. Ils se sont tus pendant les années de l’impunité absolue et manifeste, les années où les rendition se faisaient au grand jour et où les aéroports étaient des lieux de transit ordinaire pour la Cia, ces années où les prisons clandestines, bonnes à stocker les détenus avant de les envoyer en Egypte ou en Syrie, étaient organisées dans les aéroports européens. Mais c’est aussi le silence qui a accompagné l’année de travail de notre Commission. Au début, on pouvait lire dans ce silence un désintérêt, un agacement, puis de façon croissante, un embarras, un malaise et ensuite le besoin de se taire face à la demande d’explication et de cohérence qui arrive de notre commission. Cette question même qui est posée au gouvernement italien sur le cas Abou Omar.
Il y a ensuite ce saut qualitatif qui est fait par la presse Us. Le Wall Street Journal et le Washington Post demandent l’application d’un droit nord-américain à agir contre le Parquet de Milan et quiconque enquête ou entrave les opérations de la Cia….
Si je devais choisir entre protéger le directeur des services secrets Pollari ou l’autonomie du procureur Spataro (qui a demandé l’inculpation des agents de la Cia, NDT), je n’aurais aucun doute sur le côté où je me rangerais. Au contraire, Spataro est en quelque sorte renvoyé devant la Cour constitutionnelle et Pollari est récompensé par une place de consultant à Palazzo Chigi (siège de la présidence du Conseil, NDT). Le problème est en amont, il réside dans une sorte de droit revendiqué à l’impunité dans la lutte contre le terrorisme parce qu’il s’agit avant tout d’une guerre étasunienne et parce que ce sont eux qui ont payé le prix le plus fort. En un certain sens ils ont raison, à cause des 3.000 morts des Tours Jumelles, mais ils ne sont pas d’accord avec sa conséquence juridique : en Sicile aussi nous avons eu plus de 3.000 morts de mafia mais personne n’a jamais songé à y établir un droit à l’exception (oui, pendant le régime fasciste, NDT), à la suppression des garanties processuelles. Bellinger a dit au contraire que ce conflit a rendu inutilisable le droit international et une bonne partie des traités internationaux.
Ça ressemble aussi à des termes qui voudraient intimider les gouvernements alliés et bloquer les enquêtes.
Plus de la dissuasion que de l’intimidation. L’Italie a retiré ses troupes d’Irak, une bonne et juste chose, et maintenant ils nous font comprendre qu’il serait inutile d’ajouter d’autres gestes hostiles, comme la demande d’extradition pour les agents de la Cia. Je lis dans le silence italien l’embarras de ceux qui ont des difficultés à ajouter d’autres éléments de conflictualité politique avec les Usa. Sur le plan politique ce malaise peut se comprendre, mais pas se justifier, parce que nous nous trouvons face à une violation des lois italiennes, à une opération illégale de soustraction à la justice italienne ; mais nous sommes surtout devant une tentative de légitimer l’impunité dans la lutte contre le terrorisme.
Edition de vendredi 2 mars 2007 de il manifesto.

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio.
11.3.07 12:49

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